Comment Dour veut devenir un festival plus vert

Comment Dour veut devenir un festival plus vert

Dour

La Green Brigade en train de ramasser les déchets sur le site du festival, en 2018. | © Simon Fascilla/Dour Festival

Musique

Circuit court, recyclage, mobilité douce, innovation énergétique… Au-delà de sa programmation toujours alléchante, le festival de Dour s’engage un peu plus dans le développement durable pour sa 31e édition, du 10 au 14 juillet.

 

« Dour, c’est beaucoup plus qu’une programmation », lance le directeur du festival, Damien Dusfrane. « Aujourd’hui, programmer des bons groupes ne suffit plus, c’est le concept dans son ensemble qui est apprécié par les festivaliers », poursuit-il. Et à Dour, ils sont nombreux à revenir chaque année pour cette ambiance chaleureuse qui lui est propre. Mais, à l’heure où la jeunesse descend dans les rues pour un avenir plus vert, – ou un avenir tout court -, les organisateurs s’engagent davantage pour l’environnement. Lors d’une conférence organisée ce vendredi 3 mai à Bruxelles, ils ont annoncé qu’ils poursuivent les actions menées de par le passé, tout en y ajoutant des nouveautés. Le fameux slogan « Dour, c’est l’amour » pourrait-il montrer ce même dévouement pour la planète ?

« Circuits courts, activités ludiques et écologiques, utilisation intelligente des ressources… Depuis 2014, nous avons pris ces thématiques à bras le corps en décidant de confier à une antenne, l’asbl 3D, la mission de proposer chaque année un festival toujours plus vert », explique le directeur. Et cela commence par le déplacement. Proche de la frontière française, le festival qui a déménagé l’an dernier de sa mythique plaine de la Machine à Feu pour parc éolien attire de nombreux étrangers. Des bus au départ de grandes villes en France, en Hollande, en Angleterre, en Suisse, au Luxembourg, et bien sûr en Belgique sont donc prévus, en plus des trains (plus nombreux et à prix réduit) vers Saint-Ghislain et du covoiturage. Un parking pour les voitures électriques alimenté à 100% par l’énergie solaire et pour les vélos seront également proposés aux festivaliers. Le soir venu, chacun pourra rentrer dans les meilleures conditions et sans danger grâce au label « Backsafe ». Nouveauté cette année : pour plus de sécurité, des chèques taxi seront mis à la disposition du public. D’une valeur de 5€, ils seront vendus au prix de 2,5€. Un trajet de 20€ ne coûterait donc moitié moins.

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Pour être véritablement accessible à tous, Dour s’associe également cette année à Access-I. « 40% de la population présente des besoins spécifiques », explique l’une des représentantes de l’asbl, soulignant que cela ne veut pas dire que toutes ces personnes sont en chaise roulante. « Certaines personnes âgées, des parents avec une poussette, des malentendants, sourds, malvoyants, aveugles… », énumère-t-elle. « Ces personnes présentent toutes des besoins spécifiques, rencontrent des obstacles lorsqu’elles veulent se déplacer ». Sans information, les personnes à mobilité réduite ne vont pas prendre le risque de se rendre sur le site du festival. Pour les convaincre, Access-I a élaboré des pictogrammes colorés – vert, orange et blanc – en fonction du public visé et des besoins spécifiques. « Mais Dour est déjà un très bon élève en matière d’accessibilité », souligne l’asbl.

Dour
© Dour Festival/Simon Fascilla

Dour, c’est local

En coulisses ou sur le site, Dour mettra à l’honneur des saveurs artisanales et des producteurs locaux. « Nous avons entièrement revu notre cahier des charges pour privilégier des produits issus des circuits courts. Par exemple, pour les équipes du festival et les artistes, 70% des aliments qu’ils trouveront dans leur assiette auront été produits à seulement quelques kilomètres de là où ils travaillent ou se produisent », affirme Bénédicte Billon, co-organisatrice du festival, admettant tout de même qu' »on ne peut pas faire de circuit court sur un événement de 50 000 personnes par jour, comme on en fait sur un de 2 000″. Les partenaires food devront également respecter toute une série d’obligations concernant la distribution des couverts, le gaspillage ou encore tri des déchets.

Mieux trier pour recycler plus

Par rapport à ce dernier point, Dour innove réellement pour sa 31e édition. Critiqué de nombreuses fois pour ses festivaliers pollueurs, l’événement a demandé à ses partenaires de ne lui livrer que des gobelets en PP (polypropylène) compatible avec le tri PMC déjà mis en place. Uniformisés, ils seront ainsi intégralement recyclés. En partenariat avec Fost Plus, l’asbl qui gère en Belgique les collectes, le tri et le recyclage des déchets d’emballages ménagers, cette nouveauté s’accompagne d’un système de tri simplifié : les gobelets devront, comme tout autre contenant de boisson du festival (canettes, bouteilles plastiques), être jetés dans la poubelle bleue, sur le site du festival lui-même.

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Selon Fost Plus, la récolte des déchets PMC au festival de Dour tourne habituellement, sur une édition, autour des « 17 tonnes au total ». En y ajoutant les gobelets, « on vise au moins 20 tonnes cette année », ajoute Steven Boussemaere, directeur en innovation et développement, qui laisse entendre que ce projet-pilote, en cas de succès, pourrait se voir étendu à d’autres événements du genre.

Dour
© Dour Festival/Simon Fascilla

#MaGourdeàMoi

« Si l’on veut encourager les festivaliers à trier et consommer mieux, il convient de montrer l’exemple », explique Laura Paradis, chargée de relations partenariales. C’est pourquoi le Dour festival encourage les festivaliers à rentrer sur le site avec leur gourde (vide) et à les remplir aux différents points d’eau, plus nombreux cette année. L’asbl 3D distribuera également plus de 3 000 gourdes à tout le personnel du festival. Ce qui devrait réduire la consommation de plus de 50 000 bouteilles en plastique ! C’est Roméo Elvis qui sera content.

Chaque jour, les festivaliers sont invités à déposer dans l’allée du camping leurs poubelles qui seront ramassées par des bénévoles de la Green Brigade, tels des éboueurs. « On veut vraiment dire aux festivaliers : « ce que vous faites chez vous, faites-le à Dour ! », avance Damien Dufrasne. Petit problème : originaires de pays différents, les festivaliers de Dour ne connaissent pas toujours le même système de tri. Les organisateurs ont donc décidé de mettre en place une chaîne de tri afin d’assurer que les déchets jetés par les festivaliers pourront bien avoir une seconde vie. Elle sera visible du grand public de manière à jouer un rôle pédagogique et de sensibilisation auprès du public.

Toujours dans cette optique de pédagogie, la Green Agora sera à nouveau un lieu d’échange et de débat sur des sujets d’actualité comme l’agriculture du futur, le vivre ensemble et l’égalité hommes-femmes.

Plus de sécurité

Après son déménagement l’an dernier, le festival continuera d’améliorer le confort de ses visiteurs adorés, dans un esprit écologique, tout en garantissant leur sécurité. Via l’équipe du SISU de la Croix-Rouge, une cellule de discussion et d’accueil sera mise en place pour les victimes de violence et de harcèlement « à caractère sexuel ou non » dans l’enceinte du festival. Présente depuis plusieurs années, l’équipe assez discrète, il faut l’admettre, tentera de se faire davantage connaître sur le site.

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