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Primavera Sound Barcelone : Une expérience musicale hors-norme au bord de l’eau

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Plus de 220 000 festivaliers ont profité des 17 scènes réparties sur un site totalement unique en son genre. | © Primavera Sound.

Musique

Il est l’un des plus grands festivals d’Europe, voire au monde, et fait figure d’expérience à part dans la famille des grands événements musicaux. Immersion au Primavera Sound de Barcelone, qui se tenait ce week-end et où la démesure est partout, que ce soit sur scène ou en dehors.

Et si c’était celui-ci, le festival qu’il fallait faire au moins une fois dans sa vie ? Oubliez le très hype Coachella, la grande « party » qu’est Glastonbury ou le bruyant Tomorrowland. Et envolez-vous pour le Primavera (« Printemps » en espagnol), sorte de folie des grandeurs millimétrée sous le soleil catalan. Armé d’une ribambelle de scènes et doté d’un espace urbain impressionnant qui se jette dans la baie de Barcelone, le Primavera fait figure de rêve pour tout bon festivalier en quête d’une expérience hors du commun. Car c’est ça avant toute chose, le Primavera : une véritable expérience. Dés l’entrée sur le site, encerclé par les buildings et vieilles usines du nord de la ville, on sent l’air marin nous traverser alors que l’on foule le bitume brûlant jalonnant les presque 200 000m² qui le composent (oui oui, il faut d’ailleurs s’équiper de bonnes chaussures de sport tant les jambes sont mises à rude épreuve). En bord de mer donc, mais dans un esprit hyper urbain et visuellement à couper le souffle : un panneau solaire géant trône en son milieu, des hangars faramineux recouvrent la section « food », un pont gigantesque sert de passerelle entre les zones sud et nord. Les yeux ne savent pas où se figer tant les décors à peine croyables sont nombreux.

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Le Parc del Fòrum, où se joue le Primavera, est doté d’un décor irréel. © Primavera Sound.

Le Primavera, c’est avant tout ce cadre particulier mais bien plus encore. Fondé en 2001, il accueillait cette année là 19 artistes pour 7700 festivaliers. 18 ans plus tard, à l’occasion de sa 19ème édition qui prenait place ce week-end (du jeudi au samedi), les chiffres donnent le tournis : plus de 220 000 personnes viennent déambuler trois jours durant dans le Parc del Fòrum, 256 artistes se produisent sur pas moins de 17 scènes et l’économie catalane bénéficierait d’un apport de 120 millions d’euros directement lié au tourisme généré par le festival, selon les chiffres fournis par les organisateurs. Un mastodonte a été créé. En témoigne son penchant portugais, le Primavera NOS de Porto créé en 2012, et qui reprend quasiment la même programmation à un week-end d’intervalle dans un cadre idyllique similaire, entre ville et océan.

Rosalía, ou la grand-messe de la petite fille du pays

À ses origines, le festival s’était positionné comme une vitrine très rock, accueillant la crème de la crème de la musique indie. Mais au fil des années, le « line-up » s’est considérablement ouvert, notamment à la pop et au hip-hop. On y retrouve maintenant tous les styles et on en a pour n’importe quel goût. Et ce week-end, on a d’abord vibré devant la nouvelle princesse de la pop Rosalía, petite fille de Barcelone qui faisait l’événement en se produisant pour la première fois dans le plus grand festival de sa ville natale. C’était le moment incontournable de ces trois journées, sorte de grand-messe où la jeunesse barcelonaise s’était donnée rendez-vous en masse pour le dernier soir. Très émue, celle qui n’a que 25 ans a livré une prestation quasi-divine alors que le soleil se couchait face à l’horizon. Accompagnée par James Blake himself sur le planant « Barefoot In The Park », elle a repris ses incoutournables et, surtout, mis le feu en fin de concert avec « Con Altura », son dernier-né aux sonorités reggaeton. L’étincelle jaillissait et la fête était totale pour une édition brillante à souhait.

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Rosalía a livré une performance historique. © Primavera Sound.
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Héloïse Letissier a.k.a. Chris(tine and the Queens) et ses danses endiablées. © Primavera Sound.

Le festival avait démarré de plus belle le jeudi, quand Chris(tine and The Queens) lançait les hostilités sous un soleil de feu. Danses langoureuses, corps qui se défont sur « Comme si » ou « Girlfriend ». Le public, composé de locaux et de nombreux étrangers, semble happé par la frenchie qui a conquis le monde. Un savant mélange des titres issus de ses deux albums (Chris et Chaleur humaine) offrait un show en tous points remarquable ponctué par des reprises de Bowie (« Heroes ») et Janet Jackson (« Nasty »). À quelques kilomètres de là, le barré Mac De Marco livrait son nouvel album, Here Comes The Cowboy, sur un plateau et dans une ambiance des plus joviales. Erykah Badu, FKA Twigs ou encore Future les suivaient ici et là sur les différentes scènes qui surplombent le festival. On hésite parfois, à aller là ou plutôt là, tant les choix sont variés et alléchants. Les shows se suivent et ne s’arrêtent pas, les kilomètres de marche défilent. On est ébloui par Princess Nokia, qui envoie tout ce qu’elle a sur la Lotus Stage, scène directement située sur la plage. Les pieds dans le sable, la fête est encore plus belle. Un peu plus haut, la dj Jayda G fait danser son monde sur des sons funks et discos. Ce n’est que la première journée et le sentiment de démesure nous envahit déjà.

En ligne de mire, une édition pharaonique à Los Angeles

Vendredi, le soleil frappe encore plus sur le béton barcelonais. Les hordes de jeunes et moins jeunes passent d’une vraie ville à cette mini-ville temporaire qu’est le Primavera. Les têtes d’affiche que sont Janelle Monàe, Miley Cyrus ou Carly Rae Jepsen font le show. Les Australiens de Tame Impala viennent mettre tout le monde d’accord la nuit tombée sur le Parc del Fórum. Résonnent les classiques « The Less I Know the Better », « Let It Happen » et « Feels Like We Only Go Backwards ». Le show est total, les visuels reproduits sur les écrans géants, d’une qualité à couper le souffle, nous fusillent les yeux. Et on s’en va, tranquillement, profiter de la scène éléctro très pointue : Helena Hauff et Peggy Gou, aux petites heures, viennent nous réchauffer alors qu’une fraîche brise souffle sur le littoral catalan. Avec des artistes programmés de 16h à 6h non-stop, il faut s’armer de courage pour tenir le coup. Ici et là, des espaces lounge dynamisés par des dj’s locaux s’offrent aux festivaliers pour s’accaparer un moment de répis.

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D’un côté la mer … © Primavera Sound.

Du répis, nous n’en aurons pas le samedi tant le dernier jour est hallucinant de par sa programmation. À la prodige Rosalía s’ajoutent Kali Uchis, Solange et l’irréel show de James Blake. Toujours impeccable, l’Anglais régale la foule d’une prestation millimétrée. Lorsque « Limit to your Love » débute, une atmosphère pleine d’harmonie envahit la plaine sud du site. La foule ne semble plus faire qu’un. On ne danse pas à outrance, mais on vit un moment unique aux portes de la nuit. Une nuit pleine de promesses, surtout hip-hop. Les moins connus Slow Thai et JPEG Mafia livrent d’intenses shows illuminés. Ce n’est plus des déhanchés, ce n’est plus juste danser. Ça vibre, ça claque et l’océan derrière nous doit se demander pourquoi la terre tremble à ce point. Le Primavera, c’est cette folie permanente. Dans ses décors irréels, sur ses scènes, parmi son public néamoins très civilisé. Une joie dingue et toutefois calculée.

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Et de l’autre les gratte-ciel. © Primavera Sound.

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Ce samedi en fin d’après-midi, c’est une autre folie que les organisateurs du festival ont annoncé lors de la conférence de presse de clôture. En septembre 2020, le festival partira à la conquête de l’Amérique, rien que ça, lors d’une édition exceptionnelle à Los Angeles. Après Barcelone et Porto, c’est donc une troisième ville qui va accueillir ce petit festival devenu si grand. Et qui ne compte pas s’en arrêter là. Quelques semaines avant la tenue de cette 19ème édition, la cheffe de la communication du festival, Marta Parallès, nous confiait : « On ne sait jamais ce qui peut arriver. On pourrait organiser le Primavera partout, sur tous les continents, du moment qu’on garde notre essence. On pourrait aller en Amérique du Sud, en Afrique ou en Asie. Mais oui, clairement, cette idée de festival itinérant c’est quelque chose qui nous intéresse ! » Le Primavera s’en va donc à l’abordage du globe. À commencer par Los Angeles, ville à forte consonnance hispanique. Pour qui sait, peut-être rendre le très hype Coachella « has been » ? ‘Todo es possible’, comme on dit dans la lanque des conquistadors.

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