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Chris(tine and the Queens) : La superstar au désir ardent

Vidéo Musique

Armée de son style si inclassable et de danses toujours endiablées, Héloïse Letissier ne s’arrête plus de conquérir les scènes de la planète entière. Elle présentait son nouveau show lors du Primavera Sound à Barcelone. Scotchant, tout simplement. Entre la ville et l’océan, petite pause avec Chris, celle que tout le monde s’arrache.

« I’m tiny, I’m French and I’m angry » (traduisez « Je suis petite, je suis Française et je suis enragée »). C’est dans ces mots que Chris s’est séparée d’un public catalan gonflé à bloc, le week-end dernier sous le soleil irradiant de Barcelone. Encore plus que l’étoile de feu, c’est bien elle qui irradie son public et tous ceux qui croisent son chemin. Il est de ces personnalités dotées d’une aura, de ce « truc » qui en impose et qui tout à la fois dégagent une profonde humilité. Héloïse Letissier est de cette veine-là. Vous pourriez être de la pire des humeurs qu’elle arriverait tout de même à vous décrocher un sourire. Énergique, bavarde, accessible et dotée d’un caractère bien trempé, Chris n’est définitivement plus la « Christine » mélancolique de son premier album, Chaleur humaine, opus qui l’a instantanément révélée aux oreilles de tous. Nouveau look, nouveau nom, nouvel album, la jeune femme s’est réinventée.

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L’amour du risque (et du jeu)

Sur scène, elle se bat, joue, s’amuse et partage au maximum. Chris est une « performeuse ». « Je ne brûle pas de l’encens sur scène, mais mon rapport à celle-ci est très spirituel, c’est clair. C’est l’endroit où je me sens bien, l’endroit où je peux arranger les choses, réparer mes grandes tristesses », se confie-t-elle. Elle clame son « besoin de scène », espace qu’elle fréquente depuis très jeune. Car avant la musique, Héloïse s’amusait en tant que comédienne : « Avant de me produire en concert, j’ai fait beaucoup de théâtre. La scène a toujours été pour moi un espace cathartique dans lequel je me libère et où les vérités éclatent ». Cet amour du jeu, on le prend de plein fouet lors d’un set quasi habité au Primavera.

Mon rapport à la scène, c’est comme celui d’un boxeur avec son ring.

Un show électrique et littéralement enflammé

Chris et ses six danseurs s’écharpent, se cherchent dans des mouvements chaloupés et langoureux alors que le soleil se couche tout doucement sur Barcelone. Le désir est palpable et les frottements se font nombreux. Les corps se défont sur « Comme si » et « Girlfriend », issus de son deuxième projet bien plus funk et pop, Chris. Une superstar en devenir se produit devant nos yeux sous une tension érotique qui fait grimper la température. Et puis on observe. Le public très cosmopolite semble happé par la frenchie. Elle n’est plus en devenir. Christine est devenue « Chris » la popstar qui a conquis le monde. Des feux d’artifices jaillissent sur la scène, comme pour mieux faire briller l’aura qui se dégage de l’artiste. Même « iT », issu du premier album, sonne bien plus pêchu qu’à l’accoutumée. « ‘Cause I’ve got it / I’m a man now » résonne. Poignant et spectaculaire à la fois. Ça claque, ça tremble et les hanches sont soumises à rude épreuve. L’ombre du « roi de la pop », Michael Jackson, véritable inspiration de la chanteuse, plane au dessus de la scène. « Avec mes six danseurs, on veut raconter tout l’album (‘Chris’) avec nos corps. C’est un spectacle quasi narratif où le travail d’interprète est primordial », s’épanche Héloïse d’un ton passionné. Elle assure : « Je ne veux pas juste être une chanteuse décorée par des danseurs ». L’idée, c’est aussi de se mettre « en danger » face à son public. Chris veut s’eloigner des évidences et ose, cherche le rugueux, brouille les pistes. Loin, très loin des gros shows millimétrés et sans reliefs.

On a vraiment voulu éviter d’aller dans des chorégraphies qui sont des ‘routine pop’.

Alors qu’elle entame une grande tournée des festivals européens, et ce pour tout l’été, Héloïse exprime son excitation de se retrouver dans des lieux où elle n’est pas forcément attendue : « En festival, les gens ne te connaissent pas forcément et tu dois les happer, les attraper. Je ne suis pas forcément attendue et du coup il y a le challenge de devoir ‘choper’ les gens. Parfois même, j’ai plus peur quand je me sais attendue, car je n’ai pas envie de décevoir. Alors que quand personne ne te connaît, tu ne peux pas décevoir les gens ».

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Quelques heures plus tard après son show démentiel, l’infatigable Chris a fait une apparition surprise sur la même scène mais durant un autre set, celui de Charli XCX. Les deux stars ont entonné un titre inédit intitulé « Gone », morceau paré de sonorités funky et sur lequel la Française s’est amusée de quelques petits pas de danse, ce qui a eu le don de rendre le public totalement hystérique. La soirée n’était que plus belle pour celle qui débute les festivals de l’été de la meilleure des manières. On la retrouvera au Brussels Summer Festival le 14 août prochain. On ne sait pas pour vous, mais nous on y sera à coup sûr. Pour faire cramer la Place des Palais ?

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