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Rosalía, la « bomba » qui réinvente le flamenco

Rosalía

La chanteuse lors de son immense prestation au Primavera Sound de Barcelone. | © primavera sound

Musique

Alors qu’elle enchaîne les performances de haut-vol lors des plus grands festivals, que ce soit à Coachella ou au Primavera Sound, Rosalía est partout. Elle a conquis l’Espagne, les Amériques puis le monde. Mais où va s’arrêter celle qui allie comme personne pop, R&B, rap et flamenco ?

Personne n’aurait osé y croire. Mêler le flamenco avec les sonorités urbaines actuelles, vraiment ? Il s’agissait là d’un défi à priori impensable. Avec son regard de braise, un travail acharné et une fraîcheur savamment réfléchie, Rosalía Vila Tobella, petite fille de Barcelone, l’a relevé haut la main en devenant l’une des popstars les plus en vogues du moment. Véritable icône latina, la Catalane fait sensation. Et pas seulement sur les scènes du monde entier. Du dernier film d’Almodóvar au Time Magazine, elle est partout et suscite l’admiration générale. Portrait d’une jeune femme devenue phénomène. Et qui n’a pas fini de conquérir les coeurs.

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La « licorne » de Pharell

« Rien ni personne ne lui ressemble – Pharell l’appelle la ‘licorne’ », confiait Rebeca Leon, manageuse de Rosalía, il y a deux semaines à Variety. Pour devenir la « licorne » de Pharell, la petite Catalane de 26 ans a fait son chemin depuis son premier album, Los Ángeles, (Les Anges, pas la ville), paru en 2017. Et c’est même depuis la plus tendre enfance que Rosalía prépare sa conquête du monde. À l’âge de 13 ans, celle qui a grandi avec les Beatles et Springsteen découvre par hasard, dans une ruelle de Barcelone, l’icône du flamenco Camaron de la Isla (de son vrai nom José Monge Cruz). De là, cette acharnée de travail se met dans la tête d’étudier le flamenco, mais aussi l’art du cante et les palmas (percussions produites par les claquements de mains). Pendant dix ans, la jeune fille fait ses gammes à l’École supérieure de musique de Catalogne à Barcelone. Un apprentissage nécessaire qui va l’amener à réinventer cet art traditionnel. « J’ai appris la tradition. J’ai appris toutes les règles », confie-t-elle à Rolling Stone. « Mais je dois être transparente avec la façon dont je comprends le flamenco ici et maintenant, avec qui je suis, avec mes références, mon âge et l’époque dans laquelle je vis. »

Elle fait ce qu’elle veut

Inclassable, Rosalía s’amuse au travers de ses deux premiers albums à mixer flamenco et sonorités urbaines. En combinant les genres et armée d’une voix grâcieuse, en étant sexy mais pas sexualisée, en s’attaquant à des sujets forts (la violence, la religion, les droits des femmes), Rosalía a réussi le tour de force de s’imposer comme une star globale tout en s’attachant à ses racines mais aussi des messages forts. Réfléchie, redoutable « businesswoman » qui ne laisse rien au hasard, elle est indiscutablement la latina du moment. Refusant pour l’instant de livrer des morceaux en anglais (elle est parfaite bilingue), la « bomba » se coltine sa langue natale pour son plus grand plaisir. Féministe et déterminée, Rosalía n’est pas que chanteuse et tient à le faire savoir. Sa musique elle l’écrit, la joue (claviers, guitare, basse) et la produit aussi. Elle sait tout faire.

Amor amor

Adoubée outre-Atlantique – elle collectionne déjà les Latin Grammy awards –  la jeune Espagnole est apparue sur les radars avec « Brillo », un duo avec le très populaire chanteur de reggaeton colombien J Balvin. Son deuxième opus El Mal Querer, sorti en mai 2018, a ensuite fait exploser son aura. « Malamente », premier single issu de ce second projet, sera streamé plus de 80 millions de fois. Un concept album inspiré d’un manuscrit du 13ème siècle baptisé Flamenca (aucun rapport avec le genre musical mais la coincidence l’a toutefois interpellée) qui raconte les tourments puis l’émancipation d’une jeune femme que son mari jaloux retient prisonnière dans une tour. Rosalía se questionne : la façon d’aimer a-t-elle changé sept siècles plus tard ?

Des projets à la pelle

Plus récemment, sa présence sur le nouvel album de James Blake Assume Form avec l’envoûtant « Barefoot in the Park » a encore élargi son audience du côté des amateurs de musique électronique tandis que son second duo explosif avec J. Balvin, « Con altura », aux sonorités reggaeton acérées, résonne déjà de part et d’autre en Amérique latine, de Mexico à Buenos Aires. Alors que les featuring et projets n’en finissent plus de tomber – Pharrell Williams l’a sollicitée pour travailler avec lui, un morceau avec Billie Eilish, l’autre princesse de la pop, est également dans les tuyaux – on se demande où va bien pouvoir s’arrêter Rosalía.

 

Le cinéma lui tend les bras

Et comme si ce n’était déjà pas assez, la chanteuse se mue également en actrice. Et pas avec n’importe qui s’il vous plaît. Dans Douleur et gloire, le dernier long-métrage autobiographique de Pedro Almodóvar présenté en compétition à Cannes, on peut apercevoir Rosalía faire ses premiers pas au cinéma. Elle est une des femmes à la langue bien pendue qui vont laver leur linge à la rivière en compagnie de la mère du héros (Penelope Cruz). Elle chante même avec l’actrice une vieille chanson andalouse, « A Tu Vera ».

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Indéfinissable, Rosalía a été placée par le prestigieux Time Magazine dans son classement des dix « Next generation leaders » actuels, comprenez les personnalités qui vont faire le monde de demain. « J’espère que tous mes disques seront différents des précédents. Je pense que c’est le but non ? Pourquoi devrais-je répéter quelque chose que j’ai déjà trouvé ? », racontait-elle à Variety. Rosalía cherche, explore et n’en finit pas de fasciner. On est impatients de découvrir les chemins sur lesquels elle va nous emmener ces prochaines années.

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