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Taylor Swift : « Ma vie était devenue totalement hors de contrôle »

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Taylor Swift. Désormais, sa voix compte aussi en politique. | © Valheria Rocha.

Musique

Elle est la plus grande pop star du moment aux États-Unis. Et Taylor Swift n’a plus peur de s’engager politiquement. Interview. 

 

« Je n’ai pas oublié que vous étiez venu me voir à Nashville quand je faisais de la country et que peu de gens s’intéressaient à moi. » Taylor Swift nous accueille avec charme ce samedi 25 mai. Depuis trois ans, la jeune femme de 29 ans a battu tous les records de l’industrie musicale en termes de ventes de disques, de places de concert, de vues sur YouTube. Elle est à Paris pour parler de son nouveau single, annonciateur d’un prochain album. Mais elle est surtout prête à se raconter et à revenir sur son parcours exceptionnel. Avec une simplicité désarmante.

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Paris Match. “Me !”, votre nouveau single, est une rupture par rapport aux chansons de “Reputation”, votre dernier disque. Vous revenez à quelque chose de plus pop, de plus accessible ?
Taylor Swift. Absolument. Avec cette chanson, je voulais montrer une nouvelle palette de ma musique. Mon dernier album a marqué une vraie rupture dans ma carrière en termes d’image et de sons. J’étais dans une autre ambiance musicalement et personnellement. Là, je reviens avec quelque chose de plus ouvert afin que mon public comprenne cette nouvelle direction.

Que s’est-il passé ces trois dernières années ?
“Reputation” était un disque sombre et compliqué parce que je traversais une période sombre et compliquée. [Elle rit.] Je vous rassure, le prochain sera beaucoup plus lumineux, même si émotionnellement toujours complexe. Mais j’ai l’impression d’avoir traversé une tempête. Il s’est passé tant de choses inexplicables dans ma vie … Je n’ai pas donné d’interviews pendant trois ans pour justement ne pas avoir à répondre aux journalistes sur les choses intimes que je racontais dans mes chansons. J’en étais tout simplement incapable.

Pendant longtemps, je n’ai pas su me protéger des paparazzis.

Pourquoi, selon vous ?
J’ai toujours écrit des chansons pour me raconter. La chose qui a changé, c’est cette quête effrénée du clic sur Internet qui fait que n’importe quelle phrase peut être sortie de son contexte, reprise en boucle et déformée. Ma vie était devenue totalement hors de contrôle. La seule manière de la reprendre en main, d’arrêter cette spirale, de ne plus apparaître dans les tabloïds était de me taire. La seule solution pour continuer à me raconter a été de le faire uniquement en chansons. Je craignais, si je parlais trop dans les médias, que cela se termine en un gros titre avec trois points d’exclamation … Je voulais que ma vie comme ma carrière prennent une autre direction.

Pourtant, depuis vos débuts il y a quinze ans, vous avez toujours eu la main sur votre carrière. 
Pendant longtemps, je n’ai pas su me protéger des paparazzis. Aujourd’hui, je sais exactement comment passer inaperçue, je suis quasiment devenue un agent secret qui sait se fondre dans la foule. [Elle rit.] Mais je n’ai jamais oublié qui je suis une musicienne et une “songwriter”. Si c’est la seule information dont le public dispose à mon propos, c’est très bien. À partir du moment où l’on photographie mes tenues, mes cernes, mon fiancé, je deviens un objet de curiosité qui n’a plus rien à voir avec le métier que j’exerce. On vit dans un monde où le clic est devenu un indice de popularité et de notoriété. Donc, pour que l’on s’intéresse uniquement à ce que je fais, il m’a fallu ne montrer que ce que je fais.

Si ma popularité m’autorise à mettre l’accent sur des sujets politiques, c’est mon devoir de le faire.

Vous agissez en vraie stratège ?
Absolument. Mais encore à notre époque, les gens n’aiment pas voir les femmes comme des businesswomen ou comme des stratèges. Or, pour construire une carrière, il faut avoir un minimum de vision et penser sur le long terme à ce qu’on propose au public. Sinon, on est balayé au bout de deux ans. Dès mes premiers pas dans la musique, je disais que je souhaitais faire ce métier dans quinze ans. Je suis toujours là, je n’ai jamais baissé les bras, même quand j’étais fatiguée, même quand j’étais malade. Je n’ai jamais annulé de concert.

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« Aujourd’hui, je sais exactement comment passer inaperçue ». © Valheria Rocha.

Est-ce que cela s’est fait au détriment de votre vie privée ?
Il m’est arrivé de me demander si j’existais vraiment en dehors de la musique. Mais quand on réfléchit un instant, d’où vient la reconnaissance ? Des réseaux sociaux ? Je ne crois pas. Des titres des journaux ? Des accroches sur Internet à propos des vêtements que l’on porte ? Non plus. Et si vous cherchez une forme d’approbation dans toutes ces choses, vous risquez vite d’être déçu. Je pense vraiment avoir réussi à concilier les deux, carrière et vie privée, malgré tout ce que nous venons d’évoquer.

Ai-je atteint un “climax” ? Je n’en sais rien. Mais c’est ce qui rend mon métier passionnant.

Alors d’où tirez-vous cette reconnaissance ?
De mes amis, des gens qui m’entourent et de ma famille. Je ne suis pas une actrice, je ne joue pas de rôles qui me donnent une profondeur, une gravité. Je chante la fille que je suis, je raconte mes émotions, mes histoires. Je ne fais pas vraiment de distinction entre celle que je suis en privé et la personne publique. La seule manière de ne pas devenir folle, c’est de ne pas lire les articles qui me concernent. Non parce que j’en ai peur, mais tout simplement pour éviter de douter. Un bon papier va me faire penser que ma musique est appréciée. Mais si un article violent sort le lendemain, il va me faire trembler. Je n’ai plus besoin de ça. J’arrive à passer beaucoup de temps avec mes proches, des moments que le public ne voit pas. Et c’est bien d’avoir ces instants où l’on ne parle pas de moi. Parce que ma vie est le sujet de tant de commentaires …

La plupart des articles qui vous concernent évoquent en général les records que vous ne cessez de battre.
C’est très plaisant à entendre. Mais je suis très consciente que ce qui se passe n’est qu’un moment dans ma carrière. Tout cela va finir par redescendre. Ai-je atteint un “climax” ? Je n’en sais rien. Mais c’est ce qui rend mon métier passionnant. Et si je ne faisais de la musique que pour aligner des chiffres, je serais probablement très malheureuse.

Nous, la jeune génération, nous avons besoin d’être éduqués sur des choses aussi simples que “comment s’inscrire sur les listes électorales.

L’an passé, vous avez pris position pour le Parti démocrate lors des élections de mi-mandat. Êtes-vous satisfaite du résultat ?
J’ai été très heureuse de voir combien mon public a bien réagi. Vous savez, la politique est un monde qui ne m’intéressait pas. Nous, la jeune génération, nous avons besoin d’être formés et éduqués sur des choses aussi simples que “comment s’inscrire sur les listes électorales”. J’ai pris conscience que notre système politique était très complexe et qu’on devait le connaître pour faire entendre sa voix. Donc, oui, je suis ravie d’avoir pu inciter des jeunes à voter pour la première fois.

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Vous vous êtes aussi exprimée sur le terrain législatif…
Oui, car il me semble important que l’Equality Act [loi interdisant la discrimination des LGBT, actuellement débattue] soit voté par le Congrès, puis par le Sénat. Ces problèmes sont nouveaux pour moi mais, en tant que citoyenne, j’estime que ces questions doivent faire partie du débat public et être défendues par notre administration.

Être la voix d’une génération, c’est votre job, désormais ?
Oui, bien sûr. Si ma popularité m’autorise à mettre l’accent sur certains sujets, c’est mon devoir de le faire. Je l’ai fait. Et je suis convaincue que je continuerai. Car, franchement, la situation politique actuelle aux États-Unis semble vraiment partir dans le mauvais sens …

Après les attentats de Paris, de Manchester et de Las Vegas, vous aviez exprimé votre crainte de repartir en tournée. Qu’est-ce qui vous a décidée ?
Renoncer aurait été une victoire pour le camp des terroristes. Et c’est tout ce que je ne souhaitais pas.

Son nouveau single, « Me »

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