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Avec Elton John sur sa tournée d’adieu

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Elton John, en concert à Amsterdam le 8 juin 2019. | © Ferdy Damman / ANP / AFP

Musique

Le rocketman a décidé de mettre un terme à ses concerts. Nous avons retrouvé Elton John sur la route.

De mémoire de producteur, jamais l’annonce d’adieux n’avait entraîné un tel engouement. « La dernière fois qu’Elton a joué à Lille, il y avait 4 000 personnes au Zénith, raconte Gérard Drouot, l’organisateur de ses concerts en France depuis 1998. Là, au stade Pierre-Mauroy, à Lille, nous avons vendu près de 25 000 billets ! » Même remarque à Paris : le 1er décembre 2017, l’Anglais remplissait mollement l’AccorHotels Arena. Ce jeudi 20 juin, il affiche complet depuis six mois. « Elton a été très clair sur le fait qu’il ne partirait plus en tournée, souligne Gérard Drouot. Le public a entendu le message et ça, c’était avant la sortie de ‘Rocketman’, le film qui raconte sa vie. »

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En ce samedi 8 juin, nous avons donc pris la route de l’immense Ziggo Dome d’Amsterdam pour découvrir cet ultime concert. Dans les loges, l’ambiance est tendue. Sir Elton aime arriver tôt à la salle, histoire de faire une sieste, de prendre le temps de saluer son équipe. Mais, là, son avion a connu un problème technique au départ de Milan. Il a fallu trouver un autre appareil qui a dû, lui, attendre deux heures avant de pouvoir décoller, les vents violents en Hollande obligeant les contrôleurs aériens à réduire les opérations. Conséquence, la vedette n’a atterri qu’à 18 heures, 90 minutes seulement avant le début prévu du show. Keith Bradley, son manager, confirme : « Toutes ces mésaventures l’ont stressé. D’autant que nous avons un grand concert à Brighton demain, en plein air, devant 70 000 personnes [où il sera rejoint au rappel par Taron Egerton, l’acteur de ‘Rocketman’]. On va démarrer un peu plus tard que d’habitude pour lui laisser le temps de se concentrer. »

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À 19 h 33, pourtant, la salle est plongée dans le noir et les premiers accords de piano résonnent. Les 15 000 spectateurs reconnaissent l’attaque de « Bennie & the Jets ». Elton rayonne derrière son piano, vêtu d’une veste gris pailleté et de lunettes bleues qui claquent. Autour de lui six musiciens : son batteur historique Nigel Olsson, un percussionniste, un bassiste, un clavier, un guitariste et l’incroyable Ray Cooper, perché au milieu de la scène. Pas besoin de plus. Le boys band d’Elton a des années de métier dans les pattes et cela se sent immédiatement. Les garçons jouent avec vigueur, n’ont clairement pas besoin de se chauffer et attaquent déjà « All the Girls Love Alice », autre extrait du disque mythique Goodbye Yellow Brick Road. Bien avant tout le monde, en 1973, Elton chantait déjà les souffrances des filles qui aiment d’autres filles.

Place à la musique et aux tubes

Mais l’artiste n’est pas là pour lever le poing ou faire de longs discours. Place à la musique et aux tubes avec cette version toute fringante de « I Guess That’s Why They Call It the Blues », avant de plonger dans le début de sa carrière. « C’est un extrait de mon deuxième album », dit Elton pour présenter « Border Song », qui permet surtout de faire défiler sur l’immense écran géant de fond de scène des images de migrants. Elton ne se prend pas pour Bono et ne prêche ni la bonne parole ni la bonne cause. Non, il laisse les spectateurs comprendre entre les mots. D’autant qu’arrive la sublime ballade « Tiny Dancer », l’histoire d’une ballerine américaine perdue dans sa vie. Grâce aux projections, la chanson prend un sens nouveau, évoquant les fantômes de l’Amérique et ces barrières qui s’érigent de plus en plus entre les communautés. C’est pertinent, intelligent et bouleversant.

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Samedi 8 juin, nous avons pris la route de l’immense Ziggo Dome d’Amsterdam pour découvrir cet ultime concert. © Pierre Hennequin

Si « Philadelphia Freedom » permet au groupe de montrer toute sa capacité à briller, c’est sur le peu connu « Indian Sunset » qu’Elton décide de mettre dans la lumière son complice Ray Cooper. Le percussionniste l’a rejoint à la fin des années 1970 pour des concerts en duo flamboyants, et ceux qui y ont assisté en parlent encore avec les yeux embués. Pour cette dernière tournée, Cooper sort le grand jeu au milieu de ses instruments. L’homme est un show à lui tout seul, faisant résonner ses fûts avec brio. Le public l’ovationne logiquement. Mais Elton ne se laisse pas voler la vedette bien longtemps puisqu’il enchaîne aussitôt avec « Rocket Man », suivi bientôt de « Sorry Seems to Be the Hardest Word » et « Someone Saved my Life Tonight ». Soit trois ballades épiques, mélancoliques, typiques de son style. Et même après les avoir chantées des milliers de fois, Elton trouve le moyen de les interpréter avec fraîcheur. Est-ce parce qu’il s’agit d’adieux ? En tout cas, l’artiste est rayonnant de bout en bout, contrairement à ses précédentes apparitions où l’on sentait souvent une lassitude. « Levon » permet au groupe de se lancer dans une longue digression, étirée sur près de dix minutes. Qui se termine par un Elton seul au piano, le temps d’un « Candle in the Wind » sonnant la fin de la première partie.

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L’artiste est rayonnant de bout en bout. © Pierre Hennequin

Le pianiste revient dans une veste à fleurs, portant cette fois des lunettes roses en forme d’étoiles. L’épique « Funeral for a Friend / Love Lies Bleeding » met tout le monde au diapason. « Burn Down the Mission » permet au piano de s’embraser (sur les écrans uniquement, soyez rassurés) avant un « Daniel » tout en douceur. Mais la surprise arrive. Avant « Believe », chanson la plus récente de la soirée (elle date néanmoins de 1994), Elton prend la parole. « Il y a un film que j’aime beaucoup, sur ma vie, en ce moment dans les salles. Mais quand il se termine à la fin des années 1980, il ne dit pas vraiment l’état lamentable dans lequel j’étais alors, pris entre l’alcool et la drogue. Je ne savais plus qui j’étais, ce que je faisais, je n’étais plus bon à rien. Et puis j’ai vu les ravages du sida, alors je me suis soigné et j’ai créé ma fondation. Et si aujourd’hui on ne meurt plus du sida, il y a encore des lois qui empêchent la distribution des médicaments ou leur développement. C’est ce contre quoi il faut se battre. » La salle ne peut que l’applaudir et ses fans les plus anciens sont ravis de le voir enfin prendre la parole, lui qui avait trop souvent pris le parti de ne pas dire un mot. Mais quand Elton se confesse en public, il ne fait pas les choses à moitié.

Elton tombe son magnifique peignoir en satin, laissant apparaître un horrible survêtement à son nom

À peine a-t-il présenté ses musiciens qu’il se lance dans un final rock’n’roll à souhait, enchaînant à la vitesse de l’éclair « The Bitch is Back », « I’m Still Standing » et « Saturday Night’s Alright for Fighting ». On a depuis longtemps dépassé les deux heures de show. Au rappel, « Your Song » est l’occasion d’une jolie dédicace à son public néerlandais. « J’ai 72 ans et d’autres choses à faire dans ma vie, dit-il sans émotion. Mais merci pour toutes ces années où vous avez sans cesse acheté des billets ! » La ballade est l’occasion d’une dernière communion qui se termine sur un « Goodbye Yellow Brick Road » de circonstance – la tournée étant nommée « Farewell Yellow Brick Road ». Le piano se déplace vers la droite de la scène, Elton tombe son magnifique peignoir en satin, laissant apparaître un horrible survêtement à son nom. Une passerelle l’emmène dans l’écran. Le temps que les lumières se rallument, le chanteur est depuis longtemps dans sa voiture, en route vers l’aéroport. Demain, d’autres adieux l’attendent. La bonne nouvelle, c’est que la tournée s’étire jusqu’en 2021. Et que la « Yellow Brick Road » d’Elton John n’est donc pas tout à fait terminée.

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