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Tiken Jah Fakoly : « Personne ne viendra changer l’Afrique à notre place »

Vidéo Musique

En concert au festival Couleur Café et en promo chez nous pour son dernier album Le monde est chaud, la légende du reggae africain s’est livrée à Paris Match Belgique.

Par Laurent Depré

C’est vêtu de l’habit traditionnel et muni de son bâton sur lequel il est inscrit cette phrase d’Haile Selassie « Jusqu’à ce que la couleur de la peau d’un homme n’ait pas plus de signification que la couleur de ses yeux … maintenant, partout, c’est la guerre » que l’Ivoirien est arrivé sur scène dimanche 30 juin dans le parc d’Osseghem. Il est venu présenter au public belge sa dernière galette.

Sorti il y a quelques semaines, le dixième album de Tiken a été enregistré dans le studio de l’artiste à Abidjan. Un retour aux sources du reggae mandingue après quelques albums réalisés en Europe et en Jamaïque. « C’est vrai qu’on m’a fait le reproche que mes chansons sonnaient moins comme avant. Il était important pour moi, pour le message que je veux transmettre d’aller vers d’autres publics qui ne m’écoutaient pas auparavant » explique l’artiste. « J’ai écouté ces critiques… J’en ai tenu compte et et j’ai décidé de revenir enregistrer en Afrique, chez moi. Uniquement avec des musiciens locaux comme Simon Roots et R Light… »  Et c’est vrai qu’un titre comme « Kodjougou » nous emmène au coeur du reggae africain avec toute la panoplie d’instruments comme les balafon, kora et autres cordophones.

Quel reggae écoute l’Ivoirien en 2019 ? « J’ai un coup de coeur pour des jeunes artistes qui en reviennent au reggae roots comme les Jamaicaines de Jah9. C’est ce reggae qui s’est imposé dans le monde grâce à Bob Marley et qui diffuse un message bien précis. Le ragga ou le dancehall diffusent d’autres types de messages et je m’y retrouve moins. » 

Tiken Jah Fakoly est en tournée en Europe et un peu partout dans le monde en 2019. ©PHOTO LA VOIX DU NORD / PASCAL BONNIERE

Le leader d’opinion auprès de la jeunesse ivoirienne et africaine reste un grand défenseur de l’Afrique « libérée » de toute influence des grandes puissances ainsi qu’un chanteur panafricain convaincu. Le morceau « We love Africa », toujours issu de Le monde est chaud, met en avant cette fierté d’être Africain. « We are African, proud to be African… And we are black men, proud to be black men ». « Je pense que l’Afrique ne devra son salut que grâce au panafricanisme et à l’unité de nos 54 pays. Comment la Côte d’Ivoire pourrait-elle seule se dresser face à des puissances comme la Russie ou l’Union européenne ? C’est ensemble que nous y arriverons, j’en reste convaincu. Nos terres sont riches… Prenez le simple exemple des producteurs de fèves de cacao. La Côte d’Ivoire, le Nigeria et la Ghana produisent 75% du cacao mondial ! Sans Afrique, plus personne ne mange du chocolat… »

Les rastas vénèrent la nature

Mais le coeur du message de ce dernier opus est tout à fait ailleurs puisque le titre phare de l’album « Le monde est chaud » parle en réalité de… réchauffement climatique et de l’incapacité des dirigeants politiques (africains) à fixer le problème ou à en comprendre l’urgence. Un titre chanté en duo avec Soprano comme il y a douze ans sur le tube « Ouvrez les frontières ». C’est sur ce titre que Tiken Jah Fakoly a d’ailleurs terminé son set de Couleur Café. Et il n’a pas fallu bien longtemps au public pour reprendre le refrein « Le monde est chaud, le monde est chaud….Le monde à chaud ! » 

« Je me souviens d’avoir entendu parler d’écologie, de planète qui souffre, de pollution dans des albums de Bob Marley il y a plus de 35 ans… » précise Tiken. En effet, dans la culture rasta la nature et le respect de celle-ci occupe une place importante. Il est ainsi demandé si possible au rasta de ne consommer que des légumes et fruits issus du petit potager personnnel et rien d’industriel.

L’Afrique peu mobilisée sur le volet climatique pour le moment doit d’urgence changer son fusil d’épaule. « Nous polluons moins que le monde occidental mais nous en sommes victimes directement aussi. Nous partageons la même planète, la même maison… Soyons clairs, aucun dirigeant africain n’en fait une priorité. Le développement économique est plus important pour eux. Je suis confiant lorsque je vois les futures élites occidentales se mobiliser pour lutter. J’aimerais que les jeunes africains s’emparent aussi du mouvement. C’est l’objet de mon nouvel album. » 

Le monde est chaud renferme aussi d’autres thèmes chers à Tiken Jah Fakoly comme l’exode de nombreux jeunes africains pour le monde occidental comme dans « Pourquoi nous fuyons ». Il parle aussi des pillages en règle des matières premières opérés par les classes dirigeantes ou les grands groupes industriels étrangers avec « Ca vole ». Des textes simples, limite naïfs, et efficaces supportés par du bon reggae made in Africa. Un nouvel album plutôt réussi pour Tiken Jah Fakoly. Qui monte vraiment en puissance au fil des morceaux. À écouter cet été !

 

Tiken Jah Fakoly sur la scène de Couleur Café le 30 juin 2019. ©Laurent Depré

 

 

 

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