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Viol présumé au Hellfest : Le communiqué du festival dérange

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Vue de la 15e édition du festival Hellfest, en France. | © Sebastien SALOM-GOMIS / AFP

Musique

Après le témoignage devenu viral d’une jeune femme affirmant avoir été droguée et violée au Hellfest, les organisateurs du festival ont tenu à réagir. Aux yeux de nombreux internautes, leur communiqué remet en cause la parole de la victime présumée. 

L’affaire fait grand bruit depuis plusieurs jours. Dans un texte publié sur les réseaux sociaux le vendredi 28 juin dernier, une jeune femme affirme avoir été droguée et violée au cours de la dernière édition du Hellfest, un festival français dédié aux musiques extrêmes, où elle se rendait pour la première fois. « Je suis à ma deuxième bière, donc très lucide. Le concert commence, on est de plus en plus serrés mais je sens rapidement que quelque chose ne va pas. J’ai le cœur qui s’accélère, des nausées accompagnées de sueurs froides importantes, en fait, je dégouline », raconte-t-elle, selon Le Monde. La jeune femme décide alors de s’extraire de la foule, avant de sentir que quelqu’un la suit, puis la soulève. Lorsqu’elle réalise qu’elle a été droguée, elle ne « pouvait plus parler, ouvrir les yeux et n’avait plus le contrôle de [son] corps ». « Par exemple lever mon bras était impossible, comme si tout était anesthésié. J’ai entendu la tente s’ouvrir et se fermer et j’ai été violée. » Avec ce témoignage, la festivalière souhaite recueillir des informations dans l’espoir d’identifier et de retrouver son agresseur, avant d’aller porter plainte. Tout en voulant rester dans l’anonymat, elle précise alors son physique et ce qu’elle portait au moment des faits. « Je ne sais pas si je suis la seule à avoir subi ça. (…) Ne vous taisez pas, les filles », exhorte la jeune femme. Selon Le Figaro, d’autres cas d’agressions sexuelles ont effectivement été dénoncés lors du festival.

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Dimanche, elle publie un nouveau message expliquant avoir reçu suffisamment de témoignages, parmi lesquels quatre personnes indiquant le même profil physique et la même tenue vestimentaire. « Je vais donc me munir de tous ces éléments à la gendarmerie, et j’espère que tout ceci sera confirmé par les caméras présentes sur le site », écrit-elle, avant de préciser qu’elle souhaite clore sa publication, « car mon histoire a été tellement médiatisée que je me fais littéralement harceler par la TV et la presse ».

Pas de plainte déposée, selon le festival

Fin de l’histoire donc ? Pas du tout. Mardi, les organisateurs du festival ont souhaité réagir dans un communiqué officiel. « Bouleversés » par ce « triste récit », ils indiquent avoir « déployé tous [leurs] moyens pour éclaircir » cette affaire. Si les organisateurs précisent « ne pas remettre en cause un tel témoignage », le reste de leur communiqué donne une tout autre impression, aux yeux des internautes. 

Le Hellfest indique dans un premier temps avoir tenté de joindre la victime présumée, sans réponse. Selon le festival, le compte avec lequel elle a publié son message serait même « bloqué, suspendu à sa demande, donc inaccessible ». Les tickets étant nominatifs, les organisateurs ont ensuite tenté de chercher son nom dans leur base de données. Une fois encore, sans succès. Le festival disposant d’un système de vidéosurveillance « très performant de jour comme de nuit », ils ont également visionné l’ensemble des images dans leur possession « avec attention ». « Et ce, dans une large tranche horaire correspondant au récit de cette festivalière. » Mais que l’équipe n’a « pas trouvé d’image susceptible de pouvoir correspondre à la description des faits », et tient les images à disposition des enquêteurs, « si une plainte leur est transmise ». Ce qui n’était pas encore le cas, selon les organisateurs, au moment de la publication de leur communiqué ce mardi.

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Ils demandent alors à la festivalière d’en déposer une, « afin que la lumière soit faite sur cette histoire ». « Les faits sont trop graves pour rester impunis », déclarent-ils avant de lancer une pique aux médias qui ont relayé l’histoire sans réserve. « De véritables professionnels du journalisme se doivent d’attendre que des faits tangibles soient réellement constatés et qu’ils soient corroborés par une enquête de gendarmerie ou de police, avant de titrer sur des faits aussi graves et préjudiciables pour l’image d’un événement. Et plus largement, pour l’image de toute une communauté reconnue pour son attitude exemplaire et respectueuse », conclut le Hellfest qui a lancé, avec trente autres festivals et lieux culturels des Pays de la Loire, la campagne Ici, c’est cool, visant à lutter contre les violences à caractère sexuel, sexiste, raciste et homophobe lors des concerts.

Un communiqué « toxique »

Alors que ce n’était pas leur intention, de nombreux internautes ont accusé les organisateurs de remettre en cause le témoignage de la jeune femme. « Vous me décevez. Vous remettez en cause sa parole c’est honteux », lance l’une d’entre eux. « Ce communiqué est toxique, vous remettez en doute le témoignage, ce n’est pas votre rôle. Cela fait pression indirectement sur la victime qui n’osera plus témoigner de peur de devoir se justifier publiquement. Ce n’est pas une méthode saine », écrit un autre. « Vous avez l’air [de vous] soucier bien plus de l’image du festival et de la communauté que de la festivalière », estime une troisième. « Quand on connaît le traitement fait à ces affaires par les flics, rien d’étonnant malheureusement », défend une autre à propos de l’absence de plainte.

D’autres internautes ont défendu le Hellfest, considérant que le festival ne faisait que répondre à l’appel de la victime présumée. En effet, cette dernière demandait dans son premier message à être mise en contact avec la direction et à savoir si des caméras de surveillance étaient présentes sur le festival. Mais le fait qu’ils aient mené leur propre enquête laisse tout de même un goût amer. Certains estiment qu’« un simple ‘nous restons à la disposition de la victime et nous restons vigilants quant à la sécurité de nos festivaliers’ aurait suffit ».

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