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Sexe, drogue et rock’n’roll : Dans les draps des Stones

Rolling stones

Avec du recul, on se dit : “Quelle vie, quand même !” | © 04SC SC p109

Musique

Jo Wood a été pendant trente ans la compagne de Ron, leur guitariste. Elle n’a cessé de prendre des photos. Elle sort Les plus sages.

 

D’après un article Paris Match France de Romain Clergeat

C’est avec une légère tristesse dans le regard qu’elle ouvre la porte de sa maison située dans un quartier chic. Jo Wood déménage à une heure de Londres. Elle vous invite à enjamber le fouillis dans l’entrée, et on la surprend à s’attarder sur quelques cartons où s’accumulent encore des piles de photos. Toujours Ron Wood, son ex-mari, en compagnie de Keith Richards, Mick Jagger, Jerry Hall et d’autres…

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« Celles-ci ne sont pas dans le livre ? » lui demande-t-on. « Non. J’aurais pu en mettre tant… Il a bien fallu choisir ». Jo n’a probablement plus les moyens de vivre dans cette ville hors de prix. Et sans doute est-elle devenue sage, avec un fiancé moins rock’n’roll. Celui qu’elle présente comme son « compagnon » apparaît au détour d’une pièce. Sympathique mais pas du tout le look d’une rock star. Plutôt l’allure d’un homme avec qui, le soir, on lit tranquillement au coin du feu.

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Photo du livre. ©08SC SC p50

Paris Match. Pourquoi publier ce livre maintenant ?
Jo Wood. Le hasard. Le fait de me replonger dans mes cartons. Avec du recul, on se dit : “Quelle vie, quand même !” L’époque a tellement changé… Tout est interdit, tout est devenu grave ou mal interprété.

Ceux qui figurent sur les images, les Rolling Stones dans la majorité des cas, ont-ils été difficiles à convaincre ?
J’ai d’abord demandé la permission à mon ex-mari, Ron Wood, puis à Keith Richards, qui ont tout de suite été d’accord. Je les ai laissés se débrouiller avec les autres. Pour autant, je ne crois pas que Mick Jagger ait vu le livre. C’était le seul que je sentais un peu agacé de me voir mitrailler ainsi, à tout bout de champ. J’étais la seule à posséder un petit appareil photo. À l’époque, les gens étaient contents que j’immortalise un moment marrant, sans se demander si le cliché aurait des conséquences néfastes.

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Photo du livre. ©01SC SC p35a

Un matin, un type entre dans la chambre et se fait un shoot à travers sa veste. Voilà comment j’ai connu Keith Richards.

Est-il vrai que, lorsque vous avez rencontré Ron Wood, vous avez fait mine de ne pas savoir qui il était ? Il serait allé chercher la pochette de l’album Black and Blue [1976] en vous disant : “C’est moi, là ! Je suis un Rolling Stone !”
C’est vrai. Il était si fier ! Mais comme c’était le moins connu de tous, puisqu’il n’avait intégré le groupe qu’en 1975, ça m’amusait de le faire marcher. Je lui ai également dit que j’étais vendeuse dans une épicerie, au rayon biscuits. Il m’a crue, et il a passé plusieurs heures à m’attendre devant le magasin ! Cela dit, quinze jours après, c’est lui qui m’a posé un lapin, à Paris, en me demandant de venir le retrouver dans un hôtel où il n’était pas. Le réceptionniste avait gentiment accepté de me donner une chambre. Et sur le coup de 6 heures du matin, Ronnie a débarqué, suivi par un type qui, sans rien dire, est allé s’asseoir au pied du lit, a fouillé dans une mallette de médecin et en a sorti une cuillère, une seringue, un briquet et un flacon de pilules. Il en a chauffé une jusqu’à la rendre liquide et se l’est injectée dans le bras. À travers sa veste ! Il a attendu que la drogue fasse son effet puis s’est tourné vers moi, avec un grand sourire, en me disant : « Très heureux de faire ta connaissance, darling. J’ai beaucoup entendu parler de toi ». Voilà comment j’ai rencontré Keith Richards.

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Photo du livre. ©06SC SC p45

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Comment vivaient-ils leur célébrité, à l’époque ?
Personne n’utilisait ce mot. On ne se laissait pas impressionner par quelqu’un de connu. Il arrivait même qu’on fasse un bout de causette avec cette personne, sans plus. En 1977, les Rolling Stones enregistraient l’album “Some Girls” au studio Pathé, à Paris. Keith avait un appartement où nous passions nos nuits à traîner, parler, faire la fête. Et à prendre des substances pour tenir le coup, évidemment. Au bout de deux ou trois jours, on se rendait compte qu’on n’avait ni dormi ni mangé. Alors Keith se levait d’un bond en disant : “Allons au Fouquet’s !” On partait dans sa Bentley et on débarquait attifés étrangement, le teint blafard, mais tout joyeux. Ça faisait sourire les serveurs, des clients levaient la tête de leur assiette, mais ça n’allait pas plus loin. Ni émeute, ni scandale, ni paparazzis. Bien sûr, nous avions pris le volant alcoolisés et plus encore, mais cela ne se transformait pas en scandale international susceptible de ruiner une carrière ! Qui, aujourd’hui, se permettrait ça ? Personne.

Backstage, on ne savait jamais qui allait débarquer : des Blues Brothers à Bowie en passant par Jack Nicholson… C’était du lourd !

 

Quand vous avez connu les Stones, ils étaient au sommet depuis plus de dix ans. Se comportaient-ils comme le “plus grand groupe de rock du monde” ?
Jamais. Ils étaient totalement dans le présent et entièrement tournés vers ce qu’ils aimaient : écrire des chansons et les jouer au public. Je les ai vus jouer “Satisfaction” des dizaines de fois, mais jamais je n’ai senti chez eux la moindre lassitude.

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Photo du livre. ©10SC SC p111

Le meilleur endroit pour voir les Stones, ce n’est pas la scène, mais les coulisses !
Ah, backstages ! Il s’y passait toujours quelque chose. Un mélange de folie, de tension extrême… On ne savait jamais qui allait débarquer, mais c’étaient toujours des personnalités hors norme. Des peoples, comme on dirait maintenant, avec des personnalités ébouriffantes : des Blues Brothers à Bowie en passant par Tina Turner, Jack Nicholson ou Tom Wolfe. C’était du lourd ! Les gens étaient prêts à tout pour entrer dans ce monde. Et puis on a commencé à voir arriver des hommes politiques. Signe que l’époque avait changé.

Au milieu des années 1980, Mick Jagger et Keith Richards se sont gravement fâchés. Le groupe aurait pu disparaître. C’est votre mari, Ron Wood, qui les a réconciliés…
Ça, oui ! J’étais là quand il appelait Mick pour le convaincre de parler à Keith. Et réciproquement, pendant des mois. C’était aussi dans son intérêt que les Stones continuent : on était fauchés !

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Mais pourquoi, alors que Keith Richards parle de Ron comme de son frère, ne le laissait-il pas signer quelques morceaux pour toucher des droits d’auteur ?
Ron en parlait parfois. Ça le frustrait. Mais c’est ainsi. Oui, Ron était copain comme cochon avec Keith et Mick, mais cela n’empêche pas le business. Et les chansons, ce sont Mick Jagger et Keith Richards qui les écrivent. Fin de l’histoire. Il n’y a qu’au cours de leur brouille, justement, qu’ils l’ont laissé cosigner quatre chansons dans l’album qu’ils ont quand même sorti, “Dirty Work”.

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Photo du livre. ©09SC SC p144c

Le « shoot ultime » : la clameur et la vague d’énergie quand le rideau s’ouvre

C’est au cours de leur tournée de réconciliation, Steel Wheels, en 1989, que tout a changé. Les enjeux financiers étaient devenus tels que l’improvisation et les excès n’étaient plus permis…
Au début des années 1980, c’était encore folklorique. Pour autant, jamais un membre n’a raté un concert. Même si, parfois, il s’en est fallu de peu. Comme le soir où un membre de la sécurité était venu tambouriner à notre porte… pour nous réveiller. En trois minutes, j’ai mis toutes nos affaires dans des sacs-poubelle et on est partis en catastrophe. Le show a commencé avec quatre heures de retard ! Mick n’a pas du tout aimé ça, et il a décidé que ce genre d’incident ne se reproduirait pas. Du coup, l’organisation était quasi militaire. Chacun avait sa loge et il n’était plus question d’y faire la fiesta, mais de se préparer. On ne s’entassait plus à la va-comme-je-te-pousse dans la voiture de Keith. On avait chacun son auto. Impossible, désormais, de demander des invitations de dernière minute. Ni de boire en public une autre bière que la Budweiser, sponsor de la tournée. Keith répétait régulièrement : “Vivement que tout soit fini et qu’on sorte de cette prison !” Le business était devenu prioritaire, mais aucun n’avait envie de lâcher. Parce que ce qu’ils aimaient, c’était toujours faire de la musique. Ensemble.

Est-ce la raison pour laquelle, à 70 ans passés, ils continuent ?
Oui. Et toutes les drogues, tous les alcools ont été remplacés par quelque chose de plus fort et de moins nocif : l’adrénaline. Lorsque le rideau s’ouvre et que cette vague d’énergie et de clameur arrive vers vous, c’est phénoménal. C’est le shoot ultime.

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