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Bon Entendeur : « On n’aime pas cette phrase ‘c’était mieux avant’ »

Bon Entendeur

Pierre Della Monica (gauche), Nicolas Boisseleau (centre) et Arnaud Bonet (droite). | © Adrien Combes

Musique

François Damiens, Serge Gainsbourg, Sophie Marceau… Bon Entendeur les a tous remixés. Rencontre avec le collectif français qui nous offre un aller-retour dans le passé et des entretiens exclusifs avec des personnalités françaises. 

« Le temps est bon, le ciel est bleu. » Sous les nuages et la pluie du mois de novembre, ces paroles d’Isabelle Pierre sont loin de décrire la météo belge du moment, mais elles font ressurgir ces doux souvenirs estivaux, les vacances, ce roadtrip en amoureux, les terrasses ensoleillées où l’on buvait un verre entre amis. Le temps où nous n’avions « rien à faire rien que d’être heureux ». Ode à la liberté et à l’amour (à plusieurs), ce morceau sorti en 1971 connaît une résurrection inattendue près de quarante ans plus tard, grâce au remix de Bon entendeur. Le collectif français, formé par Arnaud Bonet, Nicolas Boisseleau et Pierre Della Monica, y apporte une touche plus dansante, sans toucher à la « légèreté » de cette chanson « avant-gardiste ». Sorti l’an dernier, le clip récolte près de 7 millions de vues. Un succès que tout le monde fredonne.

Pour ces trois amis mordus de musique, tout a commencé derrière un écran. En 2013, ceux qui s’identifient à l’époque davantage comme des « geeks » que comme des artistes publient sur Soundcloud leur première mixtape, celle de DSK s’expliquant sur l’affaire du Sofitel. Un choix provocateur qui ne reflète en rien leur travail, mais le fil conducteur est déjà présent : une heure de musique mixée, sans se limiter à un genre particulier, sur laquelle ils posent le grain de voix d’une personnalité. Suivront alors Omar Sy, Simone Veil, Jean Reno, François Cluzet, Audrey Tautou, Jacques Chirac et bien d’autres encore.

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Du neuf avec du vieux

Comme des archéologues, ils fouillent le passé à la recherche de pépites oubliées ou méconnues, les restaurent et les remettent au goût du jour. « L’idée, c’est de marier le passé et le présent, de faire du neuf avec du vieux, explique Arnaud, l’un des membres du collectif, mais sans se dire ‘c’était mieux avant' ». « On n’aime pas cette phrase. On ne fait pas partie de ces gens qui disent ‘c’est pourri aujourd’hui’. Pas du tout. On n’est pas nostalgiques de l’époque, on parle plutôt de nostalgie heureuse », nuance Nicolas.

Avec ses mixtapes – près de 50, au total -, Bon entendeur sublime le patrimoine francophone. « Pas seulement le patrimoine français, il y a des Belges aussi : Poelvoorde, Brel, Damiens… », souligne Arnaud. « On est fiers de notre histoire. Il y a plein de belles choses en France », poursuit Pierre, « celui qui passe le plus clair de son temps sur Ableton, le logiciel sur lequel on fait les mixtapes ». « On a la chance d’avoir une culture et une histoire riches et c’est un moyen de la mettre en avant, même si elle n’avait pas besoin de nous pour ça, à notre sauce. »

« Bonjour, c’est Pierre Niney et vous écoutez Bon Entendeur »

Après plusieurs années à glaner ici et là des extraits d’interviews, le groupe originaire d’Aix-en-Provence s’est lancé un nouveau défi et réalise aujourd’hui ses propres entretiens pour obtenir du contenu exclusif, enregistré en studio. « Généralement, nos enregistrements durent une heure, et on en garde environ quatre minutes », explique Nicolas. C’est ainsi que Frédéric Beigbeder raconte sa « génération passée de l’inconséquence à la paranoïa » et perturbe le trio en modifiant leur phrase d’ouverture par « Vous entendez Bon Entendeur ». Pierre Niney regrette lui ses « sensations de séduction d’adolescent », tandis que Patrick Poivre d’Arvor parle de l’optimisme. Les trois personnalités se retrouvent sur leur premier album Aller-retour, sorti en juin dernier. « Avec PPDA, on a simplement évoqué cette phrase que l’on n’aime pas ‘c’était mieux avant’ et il s’est lui-même embarqué dans une sorte de séquence optimiste », se souvient Nicolas, qui se dit optimiste sauf sur la question écologique. « J’ai du mal à voir comment on va s’en sortir », regrette-t-il, avant que Pierre ne lui rappelle leur mixtape avec Pierre Rabhi, « le petit colibri qui fait sa part ».

Les trois Aixois ont également pu discuter avec Richard Bohringer, leur plus belle rencontre. « Tout de suite, la discussion s’est orientée de manière à ce qu’on ne puisse pas poser nos questions », se rappelle Pierre. « Il nous a juste parlé, comme un grand-père que tu n’as pas vu depuis deux ans et qui te raconte des anecdotes, des histoires de fou sur sa famille, en Afrique et à travers le monde, sur ses amis célèbres, sur ses tournages. Pendant deux heures, il a juste parlé et nous, on n’a rien dit ». « C’était un cours magistral, tu te tais et tu prends note en fait », renchérit Nicolas. « Et puis cette voix… » ajoute Arnaud.

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Avec leur style rétro-moderne, Bon Entendeur s’adresse et plait à toutes les générations. « J’aime cette idée que si je balance la mixtape à ma sœur et à ma mère, elles vont adorer toutes les deux, alors qu’elles ont 35 ans d’écart », explique Arnaud, qui qualifie leur musique d’« accessible« , « une musique qu’on n’a pas besoin d’écouter 10 fois avant de l’apprécier ». « Pour le premier album, on avait le même objectif », ajoute-t-il.

 

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Ce soir, c’est le grand soir ✨

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Après leur tournée, qui s’arrête en Belgique pour deux soirées, Arnaud, Nicolas et Pierre ne comptent pas s’arrêter là. La personne qu’ils aimeraient rencontrer et remixer ? Xavier Dolan. « C’est vrai qu’on n’a pas encore d’interviews avec une personnalité québécoise », remarque Nicolas. C’est aussi grâce à ce « jeune prodige du cinéma québécois » et à son film Amours Imaginaires que le groupe a découvert leur plus grand succès, « Le Temps est bon ».

En concert le 14 novembre à la Madeleine, à Bruxelles, et le 15 novembre au Reflektor, à Liège. 

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