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Record Store Day : 10 raisons d’acheter (encore) des vinyles en 2017

Cette année, le Record Store Day a lieu le 22 avril. | © Ina Fassbender/dpa

Musique

Le retour du vinyle, on n’en finit plus d’en parler. Mais au juste, qu’est-ce qui pousse les amateurs de musique à acquérir ces précieuses galettes noires ? Tentative de réponse avec le fondateur de Biologic Records et DJ bruxellois DC Salas, et un jeune mélomane.

 

En dix ans, le rendez-vous s’est installé, voire institutionnalisé, auprès des diggers – ces collectionneurs de vinyles prêts à creuser des heures dans les bacs des brocanteurs, comme des petites boutiques spécialisées. D’initiative visant à soutenir les shops indépendants à immanquable du calendrier des mélomanes, le Record Store Day, qui a lieu cette année le 22 avril, a fait du chemin. Le secteur du vinyle aussi : pour la 9ème année consécutive, le nombre de « galettes » vendues en Belgique continue à augmenter (+35,9%), selon les chiffres de BEA Music, qui représente les producteurs et distributeurs de musiques belges. Soit un chiffre d’affaires de près de six millions d’euros, rien que pour l’année 2016.

Mais quand on aime, on ne compte pas. Encore moins quand il s’agit de vinyles, produit extrêmement sensible à la collectionnite, objet d’adoration totale de la part d’une communauté de plus en plus importante. Des hommes et des femmes, jeunes, vieux, blancs, noirs – et tous ceux entre les deux -, attendent désormais chaque année le Record Store Day avec un mélange d’excitation et d’appréhension mêlées. Un doux mix de files devant les disquaires et d’achats compulsifs de raretés musicales sorties pour l’occasion.

Mais ce 22 avril, comme tous les jours du reste de l’année, pourquoi remplit-on ses étagères Ikea Kallax de vinyles ? Un début de réponse en 10 raisons.

1. Parce que c’est un beau rituel

Ôter délicatement l’enveloppe de plastique, caresser et retourner la pochette en carton doux. Faire glisser le disque de carbone noir entre ses doigts et le déposer doucement sur la platine. Lever le petit bras et le poser sur les premiers sillon de l’album. Respirer. S’installer. Écouter un vinyle, c’est une autre histoire qu’appuyer sur le bouton de l’auto-radio ou sur l’écran de son téléphone – c’est une expérience active. Ça prend un peu de temps. Et en musique, qu’il est bon de prendre son temps.

2. Parce qu’on ne zappe pas

De la même manière, sur une platine, il n’y a pas de bouton « marche », « pause », encore moins de moyen de sauter directement à la plage suivante si celle-ci n’a pas immédiatement accroché l’oreille. Une limite précieuse, à l’heure du zappage éffrené, dans tous les domaines. Le vinyle, c’est l’obligation, ou presque, de laisser le temps à la musique de faire ses preuves, de se dévoiler au fil des titres. On redécouvre ainsi le formidable pouvoir de la narration musicale, de ces moments doux et de ces pics fous qui font qu’on aime tant un album.

3. Parce c’est aussi visuel

Force est de constater qu’en 2017, une pochette de vinyle, ce n’est plus que très rarement un portrait un peu kitsch éclairé façon eighties. Non, en 2017, les disques ont l’art et la manière de séduire et interpeller en un coup d’œil.

« Je fonctionne beaucoup à la pochette » , admet Diego Cortez, alias DC Salas. Ce DJ bruxellois est l’un des (plus en plus) rares à venir en soirée avec sa valisette à vinyles. Chez lui, l’un des murs est recouvert du sol au plafond de disques, alignés sur ces étagères que les collectionneurs connaissent si bien. Il est aussi le fondateur de Biologic Records, un label international de musiques électroniques. « Parfois, c’est bêtement un cachet sur le macarron du vinyle [la partie centrale, ndlr]. Quand je suis chez un disquaire à l’étranger, j’essaie d’abord d’attraper les disques que je ne connais pas, mais dont les pochettes m’inspirent un truc. Généralement, les disques qui m’ont plu visuellement me plaisent musicalement » . Artwork travaillé, galette colorée, macaron siglé : le 33 tours s’écoute aussi avec les yeux.

4. Parce que c’est un souvenir

Mieux qu’un aimant sur le frigo, le vinyle ? « Quand je vais à l’étranger, les plus beaux souvenirs que je ramène en général, ce sont des disques« , lâche Sébastien Desprez, un amateur de vinyles dans la belle vingtaine, en route pour un disquaire à Gand à l’occasion du Record Store Day. « Chacun a son histoire. C’est un moyen d’imprimer un moment, musicalement« .

Rapporté chez soi, perdu entre deux autres pochettes carrées pendant quelques temps et enfin retrouvé, le disque à sillons à un potentiel nostalgique intense. C’est le souvenir d’une époque, d’un voyage et d’un style qu’on peut tenir entre les mains. « Ce que j’aime, c’est le plaisir de fouiller et de retomber, quand je fais une sélection pour jouer, sur des disques que j’ai acheté il y a quatre ou cinq ans« , confesse le DJ. « C’est vraiment un plaisir de les retrouver, alors que quand on a perdu un morceau sur un disque dur, en général, on ne le retrouve pas. Il y a aussi ce côté collection que j’aime bien » .

5. Parce que c’est chaud et imparfait

Il y a le fameux débat, bien sûr : lequel, du vinyle ou du format digital, possède « le meilleur son »  ? Loin de vouloir trancher – les paramètres liés au matériel sont trop nombreux -, on avoue quand même être séduit par ce petit grain naturel qu’il est le seul à posséder. « Ce n’est pas forcément que le vinyle soit mieux » , explique DC Salas, « c’est très subjectif, en fait. C’est un son qu’on aime ou qu’on n’aime pas – mais c’est plus chaud » .

6. Parce qu’il faut digger

« Digger » , comme « creuser » . Mettre les pattes dans un bac rempli de pochettes plus ou moins déteriorées à la quête de perles, sans savoir en même temps ce que l’on recherche. C’est un plaisir incertain, souvent déçu, mais parfois incroyablement récompensé. De cette pochette inconnue dont on n’attendait trop rien sort un disque précieux, même acheté une bouchée de pain. Et le plus beau, c’est qu’il est différent pour chacun.

7. Parce qu’on soutient concrètement des artistes…

On a acheté sa place, pas très chère, parfois gratuite, pour ce petit groupe relativement méconnu qui passe dans le coin – et le concert est une véritable claque. La torgnole musicale nous guide irrémédiablement vers le stand de merchandising, là où la formation suante en question étale son matériel promotionnel : t-shirts, autocollats, CDs et vinyles, le plus souvent. « Quand on achète un vinyle, on a vraiment l’impression de participer à financer les artistes » , témoigne Sébastien. « C’est un beau moyen d’acheter de la musique, ce que je ne faisais plus avant de me lancer dans les vinyles » . En plus d’une conversation idéalement intéressante avec les artistes, on repart avec un disque sous le bras, et eux, avec un peu d’argent dans la caisse pour financer vos prochaines mandales.

8. … et des passionnés

On n’a pas malheureusement pas toujours l’occasion de voir les musiciens qui font battre notre cœur de visu, mais après avoir découvert un groupe sur une plateforme de streaming, le mur Facebook d’un ami ou la chambre de son grand frère, on peut toujours se diriger vers un disquaire. Son travail, plus ingrat qu’il n’y parait et financièrement difficile, c’est justement de sélectionner, d’orienter et de conseiller.

9. Parce que ça influence nos goûts musicaux

Passé le pas de la porte pour la première fois, on peut être étonné de ne pas tomber sur le top 5 rituel de la Fnac. À la place, des tonnes de pochettes en file dans des bacs, plus ou moins abstraitement étiquettés en fonction du genre musical. On ne sortira forcément pas avec un vieux Garou ou un sempiternel dernier tube d’Ed Sheeran.

À la place, on aura peut-être eu une conversation décisive avec le disquaire ou un autre acheteur de passage – de quoi s’ouvrir l’esprit et qui sait, sortir avec un vinyle de nü-jazz ou de math-rock. « Ce que je trouve super important chez les disquaires indépendants, c’est qu’ils agissent comme un filtre. Ce sont les goûts musicaux du disquaire qui font que ça vaut la peine d’aller chez chacun d’entre eux, puisqu’ils n’ont pas forcément la même sélection. Ça pousse à découvrir de nouveaux artistes » .

©AFP PHOTO / PAUL ELLIS – Ce commissaire-priseur tient entre ses mains le disque original de « Till There Was You » des Beatles. C’est ce vinyle qui a persuadé le producteur de génie George Martin de signer avec les quatre garçons dans le vent.

10. Parce que c’est un investissement (sur l’avenir)

Alors oui, un 33 tours, ça coûte cher. Plus cher en tout cas que deux clics sur une plateforme de torrent – généralement de 20 à 40 euros pour des éditions standards. Forcément, avec le temps, l’objet prend de la valeur à nos yeux, et parfois même sur le marché.

Le premier album de DC Salas, The Unspoken, sortira le 16 juin… en vinyle, chez tous les bons disquaires.

 

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