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IAM : la force du rap

IAM

De g. à dr. : Kephren, Imhotep, Akhenaton, Kheops et Shurik’n. | © Manuel Lagos Cid/Paris Match

Musique

Après deux ans de tournée pour fêter les 20 ans de l’incontournable Ecole du micro d’argent, les Marseillais reviennent avec Yasuke, un excellent dixième album.

Paris Match. Vos albums ont toujours raconté des histoires. Quelle est celle de Yasuke ?
Shurik’n. C’est d’abord la nôtre mais aussi celle de personnes coincées sur un radeau avec une destination commune malgré des préoccupations différentes.
Akhenaton. On veut dire : “attelons-nous à faire une société qui construit et pas qui détruit.” On vit avec ce combo incroyable entre la télé-réalité qui se moque des gens depuis vingt ans, des réseaux sociaux asociaux et une forme d’égocentrisme. Tout le monde pense qu’il doit avoir une opinion sur tout, que son avis compte, “je suis quelqu’un”. Et les hommes politiques n’essaient pas de se hisser au-dessus du panier, ils font pareil. Un ministre ne devrait pas tweeter toute la journée. Vous n’avez pas peur que ce soit le disque de trop ?
Akhenaton. Notre mot d’ordre est qu’on doit prendre du plaisir. Si l’un de nous en a marre ou s’ennuie, on arrêtera. On n’a jamais enregistré à cause de la pression financière. Mais si on peut enchaîner direct sur l’album suivant, on le fera. Ce sera la fin de notre contrat avec Barclay, on ne connait pas la suite.

Jamais l’ultra-violence qu’on a pu vivre n’a transpiré dans notre musique.

Après tout ce temps, comment réussissez-vous encore à tous vous supporter ?
Akhenaton. On n’est pas toujours d’accord, on s’engueule, mais à un moment donné, l’amitié devient un amour fraternel. On s’aime au-delà de tout, malgré les défauts des uns, des autres, et Dieu sait que les vieux hommes sont très chiants ! D’autant qu’à 50 ans, on doit proposer ce que des gamins de 20 ans créent en étant 24 heures sur 24 dans la musique. Nous, on n’a plus vingt-quatre heures pour écrire. C’est fini la période où ça sonnait à 2 heures chez moi – “Viens, on fait un morceau !”. Donc on va dans des studios résidentiels pour composer.
Shurik’n. Quand on croise les gens au supermarché, ils nous disent toujours : “Ah bon, vous faites vos courses ?” Non, c’est mon majordome qui les fait ! Bien sûr qu’on est comme tout le monde, et heureusement ! Du coup, à la maison, il n’y a pas de musique.

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Pourquoi avez-vous une image moins sulfureuse que d’autres rappeurs ?
Shurik’n. Au début, si on s’exprimait mal à la télé, quand on rentrait au quartier, on se faisait défoncer – “C’est comme ça que vous nous représentez ?” On s’est rendu compte que c’était un pouvoir d’être visibles et qu’il fallait bien l’utiliser pour ne pas passer pour des abrutis… Ce qui était déjà le cas puisqu’on venait de là où on venait et qu’on faisait du rap.
Akhenaton. Jamais l’ultra-violence qu’on a pu vivre n’a transpiré dans notre musique. J’aime dire : “Je suis l’élève délicat qui porte un bagage violent.” On déteste la violence gratuite.

On nous demande souvent qui on attaque, mais on oublie que le rap, à la base, c’est de la joute verbale.

Le rap se doit d’être engagé ?
Shurik’n. Pas forcément. Même nous, on ne l’est pas toujours. On nous demande souvent qui on attaque dans nos morceaux, mais on oublie que le rap, à la base, c’est de la joute verbale. Il y a tellement de culture du clash qu’on veut sans cesse mettre les gens en opposition.
Akhenaton. “Omotesando” est l’exemple parfait. On ne descend pas les jeunes, on dit qu’on n’en a plus rien à faire de la course au disque d’or. Nous, on est dans la vraie vie.

La démocratisation du rap est une bonne chose, selon vous ?
Akhenaton. C’est bien ! On l’a toujours voulue. On aime découvrir ces nouveaux artistes qui remanient le rap. Et honnêtement, on savait très bien que si le rap se démocratisait un jour, il serait tourné vers la pop. Ce n’est pas un gros mot, la “pop”, c’est la musique populaire. Le rap est magique parce que c’est la culture et la contre-culture. Internet est un outil formidable pour ça, pouvoir aller d’artiste en artiste sur – tu sais, ceux qui ne nous paient pas, là… Ah oui : les plateformes ! Ça permet de dénicher des gens que tu n’aurais jamais découvert à l’époque du CD parce qu’il fallait que tu casques 12 euros.

YASUKE (DefJam/Universal). En tournée actuellement, à Bruxelles (Ancienne Belgique) le 21 avril. Concert complet.

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