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Suzane, la danse de la Victoire

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Suzane, de son vrai nom Océane Colom. | © WAGRAM.

Musique

On s’en doutait et elle l’a fait. Suzane, phénomène des festivals en 2019, a raflé le trophée de la « Révélation scène » vendredi dernier aux Victoires de la musique. Une semaine plus tôt, on rencontrait la jeune chanteuse pour parler de son premier opus Toï Toï tout juste sorti. Mais aussi de ses batailles, de ses peurs, d’une détermination à toute épreuve, et même un peu de Mylène Farmer. Rencontre.

Vêtue de sa combi bleue électrique qui lui donne des airs de super-héroïne, elle se tient droite, les mains posées sur les genoux, la coupe au carré parfaitement taillée. Ne manquerait plus qu’un sabre accroché à sa ceinture pour sembler faire face à Uma Thurman dans Kill Bill.  « J’ai abandonné à un moment, mais j’ai rapidement compris que j’étais à côté de mes pompes quand je ne faisais pas de la musique », nous confie Suzane – Océane de son vrai prénom -, battante qui a « toujours eu ça dans la peau ».

S’émanciper du passé

Du haut de ses 28 ans, la jeune Avignonnaise y dansait, y dansait sur le pont de sa ville natale avant d’en venir au chant. Chorés après chorés, l’adolescente d’alors se plie en quatre aux Conservatoire de danse pour finir en compote, lassée des remarques sur le physique, sur le poids, sur cette injonction à « être belle et irréprochable ». Océane plaque cette routine pour servir dans un diner à l’américaine puis monte à Paris, redécouvre son amour pour le chant, pour la scène. L’émancipation est en marche. Océane devient alors Suzane, un alter-égo qui s’« affranchit de certains restes de l’enfance, libre de tous blocages ». Le passé, nous ne nous y attarderons pas beaucoup, si ce n’est d’évoquer Mylène Farmer, qu’« écoutaient beaucoup ses parents ». « C’est en la voyant au Hit Machine que je me suis dit ‘c’est ça que je veux faire’ », confesse-t-elle.

Au-delà de sa grande voix digne des cabarets d’antan et de son corps paré aux acrobaties, Suzane écrit, aussi. Elle observe, couche notre quotidien sur des petits bouts de papier et tente de « raconter son époque ». « J’écris rarement sur des personnages auxquels je ne me sens pas lié. Quand j’écris sur ‘Monsieur Pomme‘, qui est un morceau sur l’addiction aux réseaux sociaux, je suis la première visée », nous confie-telle à propos de Toï Toï, son premier album. Succession de petites fables autant qu’une plongée dans l’intimité de sa créatrice, cet opus sorti fin janvier traduit les doutes et les combats d’une génération sur fond de beats électro prêts à enflammer les salles. Taillées par Valentin Marceau, les sonorités exaltées se mêlent étonnamment bien à cette voix à la Piaf et au phrasé lapidaire.

Une parole décomplexée et engagée

Avant d’avoir enfin « donné ce bout de soi », la sensation de ce début d’année a enchaîné les dates – plus de 150 – en 2019. Le phénomène se met en route lors du FNAC Live à Paris en juillet dernier. Suzane a la lourde tâche de précéder Aya Nakamura devant un public conquis à la cause de l’interprète de « Djadja ». Pas attendue, elle se sert de la pression pour livrer un show parfait de maîtrise. Ils entonnaient « Aya » avant qu’elle monte sur scène. Se font désormais entendre des « Suzane » depuis la foule. Une jeune star est née et va tracer sa route de guerrière jusqu’à conquérir les Victoires de la musique la semaine dernière. Triomphante dans la catégorie « Révélation scène », elle ne pouvait rêver meilleure suite à ce parcours sans-faute.

Au centre de ses titres, l’artiste pointe (ses) nos faiblesses. Elle sonne la révolte sur « SLT », impulsé par la naissance du mouvement #MeToo, entonnant un « bats-toi fillette » qui résonne tel un coup de feu. Prône la liberté d’être soi, l’importance d’être une femme comme on veut l’être. La liberté d’aimer aussi, comme dans « Anouchka », en nous narrant une touchante rencontre homosexuelle. S’empare du défi climatique sur « IL EST OÙ LE SAV ? » (en feat avec notre petit Belge Témé Tan), dont le clip a été tourné dans la gigantesque et apocalyptique décharge de Mbeubeuss, au Sénégal. Une vidéo saisissante qui a dépassé le million de vues sur YouTube, comme tous ses autres clips d’ailleurs.

Car Suzane c’est surtout ça, un succès qui ne se dément pas. Avec 20 millions de streams, 180 concerts au compteur et 150 à venir, l’ancienne danseuse devenue superstar tient l’Olympia en ligne de mire. Une date prévue en décembre qui clôturera une année d’ores et déjà réussie. Avant ça, l’artiste totale viendra fouler la scène du chapiteau aux Nuits Bota, le 4 mai prochain. « Est-ce qu’il y a des rêves après les rêves ? Je pense que oui, il faut juste profiter du paysage et d’autres viendront s’ajouter naturellement », professe-t-elle en fin d’entretien. Ne manquait plus que la poésie pour faire de Suzane le coup de coeur de ce début d’année.

Toï Toï, disponible sur toutes les plateformes.

Suzane sera en concert aux Nuits Botanique le 4 mai prochain.

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