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Aloïse Sauvage : « La jeunesse qui arrive est décomplexée personnellement et musicalement »

Aloïse Sauvage

Aloïse Sauvage. | © Julot Bandit

Musique

Artiste aux multiples casquettes, Aloïse Sauvage se donne et se dévoile toujours à fond. C’est le cas encore dans son premier album Dévorantes, sincère, sensible, humain. Rencontre.

 

Rien n’arrête Aloïse Sauvage. Poignet accroché à un filin, elle s’envole, elle tournoie et continue tout de même à chanter. Cette acrobatie a marqué plus d’un esprit aux dernières Victoires de la Musique. Il faut dire que c’est l’effet qu’elle produit sur chacun. À 26 ans, l’artiste nommée dans la catégorie Révélation Scène est une véritable performeuse. De la danse au théâtre, en passant par le cirque et le cinéma, Aloïse Sauvage se donne corps et âme dans tout ce qu’elle entreprend. Depuis près de trois ans, elle a ajouté une corde à son arc : la musique. « Non pourquoi ça ferait beaucoup ? C’est difficile à gérer dans un emploi du temps d’être humain. Des fois, j’aimerais être une extra-terrestre ou pouvoir me téléporter, plaisante-t-elle. Mais finalement tout peut s’assembler facilement et de manière fluide. »

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Plein d’appétit

Ne l’appelez pas pour autant « artiste touche-à-tout » ou « boulimique », cela ne ferait pas honneur à l’artiste passionnée, (à part) entière, qu’elle est. « Artistiquement, j’ai envie d’être la plus complète possible pour pouvoir m’exprimer plus précisément », confie la jeune chanteuse, remarquée en tant qu’actrice dans le film 120 battements par minute. « Je trouve que dans le terme ‘boulimie’, il y a quelque chose d’un peu négatif, comme si je ne savais pas m’arrêter, comme si je m’éparpillais ou n’allais pas jusqu’au bout des choses. Oui, j’ai une espèce de rage positive qui m’emmène vers l’avant et c’est vrai que je suis très active, voire hyperactive. Mais si je le fais, si je m’implique dans la chanson, c’est parce que c’est nécessaire pour moi, c’est évident. Ce n’est pas une énième chose ou une lubie », explique celle qui fonctionne à l’instinct.

Après une année 2019 déjà bien remplie – dont son EP Jimy, les films Les Fauves avec Lily‑Rose Depp et Hors normes, nommé aux prochains César, ainsi qu’une tournée -, Aloïse Sauvage continue sur sa lancée. Vendredi, elle sort son premier album, Dévorantes. Un titre logique lorsque l’on connait le poids de ses passions dans sa vie, mais aussi celui de ses doutes et de ses peurs.


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Artiste sincère et authentique

Dans ce premier opus, la Française ne cache rien de sa vie. Elle veut raconter ce qui la touche, ce qu’elle traverse, ce qu’elle digère, ce qu’elle vit, tout simplement. « Parfois j’ai un peu plus de facilités à écrire sur des choses qui sont douloureuses, parce que j’ai envie de les sortir directement », confie l’artiste, et ce, depuis toujours. Son premier texte : un poème sur son cochon d’Inde, Noisette, attaqué par un chat. « Une histoire tragique. » Aujourd’hui, elle explore des sujets qui peuvent résonner en chacun de nous : l’anxiété, l’acceptation de soi, la liberté ou la disparition d’un être cher.

Dans « Méga Down », la jeune femme se questionne justement sur ce besoin de crier haut et fort ce qui ne va pas. « Est-ce que c’est un risque que je prends ? Est-ce que ce n’est pas ça aussi la ‘mission’ d’un artiste ? En tout cas, je le vois tellement comme un acte plein, un acte sincère que je n’arrive pas à le faire autrement », explique-t-elle, remarquant que tout le monde pouvait se réapproprier sa chanson, assez représentative de notre époque. « C’est vrai que notre génération en a peut-être marre de fermer la bouche, on l’ouvre et on dit ce que l’on pense. Tant mieux », sourit-elle. « La jeunesse d’aujourd’hui est plus décomplexée, elle s’assume davantage. On est en 2020 quand même. Elle prend la parole pour défendre quelque chose qu’elle trouve normal parce qu’elle le vit au quotidien », poursuit-elle, avant de faire référence à la nouvelle scène musicale : « la jeunesse qui arrive est décomplexée personnellement et même musicalement ». 

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Comme d’autres artistes français – comme Eddy de Pretto ou Suzane -, Aloïse Sauvage s’affranchit des codes de moins en moins établis du rap, de la pop et de la chanson française. Influencée par différents genres, notamment grâce à la multitude d’artistes qu’offre les plateformes de streaming, cela se transmet inconsciemment dans sa musique. « Je ne suis pas sûre que cela va tenir encore longtemps les genres musicaux », lance-t-elle sans que cela n’étonne personne. « Je ne suis pas la seule qui a du mal à décrire sa musique très clairement. Appelez-moi comme vous voulez, mais appelez-moi. » 

Aloïse Sauvage sera de passage en Belgique le 8 mai prochain, aux Nuits Bota, à Bruxelles, ainsi que le 29 août au Festival Solidarités, à Namur.

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