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Ce club bruxellois s’engage (concrètement) contre le harcèlement

un club bruxellois s'engage contre le harcèlement

Le C12 inspirera peut-être d'autres clubs à lutter activement et préventivement contre le harcèlement. | © Unsplash/Pim Myten

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Le C12, club bruxellois sous la gare centrale, a décidé de mettre en place une série de mesures contre le harcèlement, pour que la fête ne tourne pas au cauchemar.

Au milieu de la foule, dans la pénombre ou encore avec l’excès de l’alcool qui n’excuse rien, certains se permettent des paroles et des gestes qu’ils n’oseraient pas dans un autre contexte. Le consentement reste au vestiaire des clubs, bars et concerts, où 57% des femmes se sentent en insécurité lorsqu’elles y sont seules – contre 10% des hommes. C’est en tout cas le triste constat dressé en février 2018 par l’association française Consentis, qui lutte contre les violences sexuelles dans les milieux festifs. Pire encore, près de 60% d’entre elles disent y avoir été victimes de violences sexuelles.

Parce qu’on dit aux hommes que l’espace public leur appartient, et aux femmes d’être douces et souriantes, ces dernières subissent en boîte de nuit le harcèlement comme une fatalité, et élaborent des stratégies pour l’éviter. De quoi rendre la fête beaucoup moins folle.

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À contre-courant

Alors que certains lieux occultent cette problématique pour ne pas ternir leur image, d’autres décident de la prendre à bras-le-corps pour mieux la prévenir. C’est notamment le cas du C12, à Bruxelles. Planqué dans la Galerie Horta de la Gare Centrale, cet espace culturel pluridisciplinaire a décidé de mettre en place une série de mesures contre le harcèlement et les agressions, subis par des femmes mais aussi d’autres minorités, afin de devenir réellement une « safe place » pour toutes et tous. « Admettre que ce problème existe, c’est déjà un pas dans la bonne direction », lance Kevin Huerta, l’un des membres fondateurs du C12. « Le but c’est de renforcer ce qu’on a toujours voulu présenter : un endroit où toutes les personnes qui partagent les mêmes valeurs et les mêmes idées que nous peuvent passer un bon moment », ajoute son collègue, Tom Brus, directeur artistique du club qui vient tout juste de souffler ses deux bougies.

Des mesures concrètes

Le C12 est le premier club belge à suivre le plan SACHA, initié par le festival Esperanzah ! en 2018 et spécialisé dans la formation, la prévention et la sensibilisation en matière de violences sexistes et sexuelles en milieu festif. S’ils sont témoins d’agressions, les membres du staff sauront comment réagir. Un help desk sera également mis en place, avec une personne formée et à l’écoute des victimes. « L’idée ici c’est donc d’avoir un point de repère, un visage vers qui se tourner quand il y a un problème », explique Kevin Huerta, ajoutant que la personne en charge sera en contact direct avec leur service de sécurité « afin que les agents puissent intervenir en cas de problème et mettre dehors toute personne ne respectant pas nos règles ».

Ces règles, elles sont présentées sous la forme d’une charte et d’une brochure, qui rappellent les valeurs du club. Visibles à l’intérieur de l’établissement, elles seront également distribuées à ceux qui se font recaler à l’entrée. « On sait déjà qu’elles vont faire sourire plein de gens, mais on s’en fout », lance Kevin Huerta. « Il faut qu’ils comprennent que si on les recale, ce n’est ni pour leur couleur de peau, ni pour leur portefeuille, ni pour leur look, mais c’est parce qu’on estime qu’à ce moment-là, ils n’étaient pas aptes à respecter le projet qu’on tente de mettre en place », explique Tom Brus, même si le club ne refuse que « 3 à 10 personnes par week-end ». « Mais on sait que ces quelques personnes peuvent gâcher la soirée de cent autres et nuire à l’image du projet », surenchérit son collègue.

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Suite aux nombreux cas récents d’agressions commis par des faux taxis et des faux Uber, le C12 a également décidé de mettre en place un concept de « Safe Taxis », avec la compagnie qui gère le transport de leurs artistes internationaux. « Les chauffeurs ont été formés pour être parfaitement en phase avec nos valeurs. Les taxis sont numérotés – C12-1, -2, -3, -4  -, c’est donc plus facile à tracer s’il se passe quoique ce soit », souligne Tom Brus, qui a négocié une réduction de 10%.

L’équipe a également renforcé sa collaboration avec le collectif Laisse les Filles Tranquilles. Comment ? En plaçant de nouvelles affiches sur les barrières qui guident les noctambules vers les toilettes ou le fumoir, mais aussi en déclinant leur message pour d’autres minorités. « Laisse les Gays Tranquilles » ou encore « Laisse les Trans Tranquilles » seront ainsi également visibles par le plus grand nombre.

Work in progress

Avec cette campagne contre le harcèlement, le C12 veut faire honneur à l’histoire de la scène clubbing, créée par et pour les communautés gay et afro-américaine. « À la base, le clubbing était un lieu d’ouverture, où toutes les minorités pouvaient se retrouver et se sentir en sécurité. On a l’impression parfois qu’avec le temps, on a un peu perdu cette notion, regrette Tom Brus. Au C12, on essaie de remettre cela au coeur du projet. » Mais l’équipe ne se dresse absolument pas comme les détenteurs de la solution absolue. « On ne veut pas dire qu’on a tout compris et que les gens feraient bien de nous copier. Le but c’est vraiment de lancer la réflexion », précise le directeur artistique, ouvert à toute remarque et suggestion.

Même si la prévention contre le harcèlement dans les clubs est indispensable et indiscutable, le C12 a bien compris que le problème est bien plus profond. « C’est un processus ininterrompu. Il faudra des années, des générations avoir d’éradiquer ce problème. Il faut sensibiliser les gens, et ce dès le plus jeune âge. »

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