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Noé Preszow : L’ami révolté

Bruxelles est ma ville, celle où je me sens… le moins mal explique le jeune chanteur. | © DR

Musique

Alors que le printemps est étranglé par le virus et que l’été s’annonce torride mais empêché, un jeune homme débarque, sans avoir l’air d’y toucher, et nous balance « À nous ». La nouvelle sensation de la chanson française est belge. Son EP témoigne déjà d’une écriture percutante. Vite, le premier album.

 

Fête de la musique sur France 2, Fête de la Communauté française à la Grand-Place, ouverture des Nuits Botanique en première partie de Yael Naim, lauréat « découverte » des Médias Francophones Publics. Petite déferlante, méritée, pour Noé Preszow, 26 ans, qui n’est pas homme à faire des concessions. Si « la musique est un cri qui vient de l’intérieur » comme dirait Bernard Lavilliers, nous sommes désormais nombreux à écouter sa complainte. Son EP s’intitule « Ça ne saurait tarder ». De bon augure.

Paris Match. Vous êtes en studio pour enregistrer votre premier album. Avez-vous sorti cet EP vu l’accueil du single, pour faire plaisir au public ?
Noé Preszow. Cela représente, en fait, un bon exercice qui permet de faire le point après quelques chansons. J’enregistre des titres depuis plus de 10 ans mais je n’imaginais pas qu’il me faudrait un an de studio pour mettre mes idées au clair. Je vis avec le sentiment de ne pas être attendu, nulle part. Je réalise d’abord les choses pour moi. Mais, quand même, je dois bien avouer qu’être entendu, exposé, change la donne pour moi qui avais l’habitude de chanter dans des caves et des petits clubs.

En vous écoutant, on a l’impression que vous avez déjà vécu 1000 vies, vu la densité de votre propos.
Je suis conscient de mon incapacité à être léger. Le premier mot que j’ai prononcé sur cette Terre est « lourd », c’est vous dire ! J’ai une sorte d’impossibilité au pur divertissement, même si là, j’avais envie d’un album pop pour contrebalancer mes textes. J’ai toujours eu une vie intérieure assez dense. J’ai terminé l’école à 17 ans et j’ai voulu multiplier les expériences tout en composant dans mon coin. Je ne vais pas vous faire mon Lavilliers et vous raconter des voyages au Nicaragua mais j’ai vécu des trucs.

« Je suis conscient de mon incapacité à être léger. »

Bernard Lavilliers, Léo Ferré, ce sont vos références ?
Ferré, c’est ce que j’aime le plus au monde, et j’ai dû voir Lavilliers une quinzaine de fois sur scène. Ces auteurs me parlent profondément. La poésie me parle. Je ne sais pas si le public y revient de nos jours mais une certaine forme de rap a pu célébrer un retour du texte à l’avant-plan. Et certains rappeurs me permettent, aujourd’hui, de marcher la tête haute dans les couloirs d’une maison de disques. Il a fallu passer par les difficiles années 2000, et leurs chansons qui ne parlaient de rien, pour redonner enfin leur place aux mots. Ce n’est plus honteux de présenter des textes intimes. Ni de venir de Bruxelles !

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Écrire ou rien ?
Écrire pour ne pas mourir comme le chantait Anne Sylvestre. Mais je ne dis toujours pas le quart du huitième de ce que je pense. Et pourtant, j’ai plutôt une grande gueule… Je m’empêche beaucoup, je me raisonne en freinant mon impulsivité. L’écriture me permet de me poser tout en exprimant mes sentiments. Cependant, je ne suis pas un adepte du scandale et j’ai tendance plutôt à longer les murs, préférant la discrétion. Composer m’aide à faire le point sur les événements de ma vie tout en me reliant au monde.

Êtes-vous en colère ?
En permanence. Mais une colère qui pourrait m’aveugler. Heureusement que j’ai la musique.

Que penser quand la reconnaissance vient enfin ?
Que j’avais raison. Et je le dis vraiment sans aucune arrogance. Je ne renie pas les années plus compliquées car elles ont été fondatrices. J’avais raison d’y croire, de ne pas écouter certaines critiques lapidaires. Mais ceux qui m’ont parfois dit « non » avaient aussi, peut-être, raison. Maintenant, je n’ai plus qu’à bosser deux fois plus.

Quel a été votre premier public ?
Mes camarades de classe. Et mon frère avec qui j’écris également. Mes parents m’ont écouté plus tard. J’ai la chance d’avoir une famille qui n’est pas du tout consensuelle. J’avais 13 ans et je voyais mes amis qui fredonnaient mes chansons. Tant et si bien qu’à 15 ans, j’avais déjà l’impression d’être un chanteur obligé de se renouveler. À 26 ans, j’ai l’impression de revenir à mes tout débuts.

La France vous fait de plus en plus les yeux doux. Vous comptez vous y installer ?
Non, Bruxelles est ma ville, celle où je me sens… le moins mal !

EP Noé Preszow, « Ça ne saurait tarder », Tôt ou tard
Noé Preszow sera le 3 décembre au Botanique, en première partie de Tim Dup.

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