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Damon Albarn, éternel touche-à-tout

rdv avec damon albarn et abderrahmane sissako au théâtre du châtelet pour les répétitions du spectacle le vol du boli , le 22 septembre 2020

Damon Albarn. | © Hélène Pambrun / Paris Match.

Musique

Entre un opéra au Châtelet avec Abderrahmane Sissako et un nouvel album de Gorillaz, le musicien anglais continue de brouiller les pistes en se réinventant. Rencontre.

D’après un article Paris Match France de Benjamin Locoge

C’est un jour de répétition. Damon Albarn est arrivé à Paris début septembre pour finaliser « Le vol du Boli », un opéra commandé par le Châtelet autour de l’Afrique, mis en scène par le cinéaste Abderrahmane Sissako et dont il signe la bande-son. Mais, cette fois, Damon est sur scène, entouré de musiciens maliens, de danseurs, de comédiens. Il est planqué sur une estrade mais observe tout, tel un grand manitou distillant subtilement ses conseils. « Jean-Luc Choplin m’avait demandé d’adapter un poème malien célèbre. C’était resté dans un coin de ma tête. Quand Ruth Mackenzie est arrivée à la tête du Châtelet, elle m’a reparlé du projet. Nous avons commencé à bosser en février. Malgré son départ, nous avons décidé de poursuivre l’aventure. »

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« Le vol du Boli » est une parabole sur l’histoire de l’Afrique, sur l’esclavage, formidablement menée, au propos éminemment politique, dénonçant aussi l’asservissement des pays du « sous-continent » aux puissances européennes. « J’ai rencontré Abderrahmane à Bamako, lors d’une soirée fort agréable, se souvient Damon. Nous avions ce poème comme base du spectacle, avec son sorcier, son roi, ses griots, ses phénomènes paranormaux. » Le show a pris son envol, malgré l’épidémie de Covid, lors de trois soirées exceptionnelles à Paris, début octobre, en attendant une reprise au long terme en 2021. « J’ai beaucoup bossé pour qu’il y ait une magie sur scène. Nous avons réussi à conserver l’ésotérisme africain, à nous inscrire, je l’espère, dans une tradition africaine. Je ne voulais surtout pas être l’Anglais de service venant s’approprier une culture, c’est une aventure collective. »

« Le vol du Boli »
« Le vol du Boli ». © Hélène Pambrun / Paris Match.

Avec des structures musicales bien loin de la pop, Albarn réinvente chaque soir les musiques qu’il a composées. Une manière de faire peu étonnante au regard de son parcours. De Blur à The Good, The Bad and the Queen, en passant par ses disques solos, ceux de Gorillaz, qui refait surface cet automne avec un septième disque. Un joyeux fourre-tout, plein d’invités prestigieux, d’Elton John à Robert Smith en passant par Fatoumata Diawara. « J’ai terminé ce disque pendant le confinement. J’ai la chance d’avoir une maison près du phare de Start Point dans le Devon où j’ai aménagé un studio. Tout s’est fait par mails, ça reste un disque d’échanges », sourit l’Anglais.

Quel est le point commun entre tous ses projets ? Un sens du combat ? Une idée politique de la musique ? « La politique c’est une question parmi tant d’autres… Le ‘Boli’ est politique d’une certaine manière, car ce n’est pas une leçon d’histoire. C’est un projet vraiment à part. Parce que entre nos premières répétitions en février et maintenant, le monde a complètement changé. »

SONG MACHINE, SEASON ONE : STRANGE TIMEZ , de Gorillaz (Warner).

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 Le vol du Boli » est diffusé sur France 5 le 11 décembre à 20 h 50 et sera repris au Châtelet en 2021.

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Damon déplore surtout l’attitude du gouvernement de Boris Johnson, qui a annoncé dès le mois de mars qu’« un tiers des musiciens anglais devront changer de métier », une fois l’épidémie vaincue. « Quand on sait le rôle qu’a joué la musique dans l’histoire contemporaine du Royaume-Uni, je ne comprends pas. C’est très insultant, de la part d’une administration qui a fermé les écoles mais laissé les pubs ouverts. » Damon Albarn n’écrit plus pour autant de chansons sur son pays, lui qui ricanait sur les siens dans « Country House » au milieu des années 1990. « Sans l’Afrique, j’en serais peut-être encore là. Lors de mon premier voyage au Mali, j’ai compris que c’était quelque chose qui allait me changer. Pour toujours. ‘Country House’ c’est un savoir-faire. Mais j’avais clairement besoin de ressentir la musique. Cela m’a ouvert un nouveau monde. Et je le mesure encore chaque jour. »

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