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River into Lake : De l’espoir à toute épreuve

River into Lake

Boris Gronemberger, leader de River into Lake. | © Alice Khol

Musique

Leur nouvel EP The Crossing sort aujourd’hui, et colle plus que jamais à l’actualité.

 

Après avoir collaboré avec Girls in Hawaii, Françoiz Breut ou encore Castus, Boris Gronemberger revient cette fois-ci avec River into Lake. Après un premier album Let the beast out, le groupe bruxellois sort aujourd’hui son nouvel EP The Crossing. Malgré la noirceur du monde, le groupe semble toujours trouver une forme d’espoir à chaque situation. Afin de mieux connaître ce groupe qui monte de la scène belge, nous nous sommes entretenus avec son leader Boris Gronemberger. Rencontre.

ParisMatch.be. Comment se sont passés vos premiers pas dans la musique ?

Boris Gronemberger. Mes parents étaient assez mélomanes, donc j’ai beaucoup baigné dans la musique depuis tout petit. Je passais mes après-midi à regarder les clips à la télé, et après je les refaisais un peu comme ça dans mon coin, en play-back (rires). Je pense que j’ai eu la révélation à mes 12 ans. Je savais que je voulais vraiment faire de la musique. Mon père m’a mis une guitare dans les mains, et là j’ai commencé à chipoter un peu et puis ça s’est vite confirmé que c’était ça que je voulais faire.

Comment avez-vous décidé de faire carrière ?

C’était vraiment une évidence, et ça s’est plus ou moins confirmé entre mes 13-18 ans. J’ai rencontré des gens qui avait lancé une école de musique à Anvers, et je me suis dit « c’est ça que je veux faire ». Donc je me suis pressé de terminer mes humanités pour commencer mes études de musique au Jazz Studio à Anvers. Très rapidement, je me suis retrouvé mêlé au petit monde de la musique à Bruxelles, j’ai rencontré des gens, monté des petits groupes… et puis ça a commencé comme ça en fait.

Vous avez commencé en collaborant avec différents groupes – comme Girls in Hawaii ou Françoiz Breut – est-ce que c’était important pour vous de mener votre propre projet maintenant ?

C’était assez important, oui. J’ai commencé à travailler professionnellement dans la musique avec la chanteuse Françoiz Breut, et c’est vraiment via elle que j’ai mis les deux pieds dans le monde professionnel de la musique. On a voyagé, on est partis en tournée, j’ai eu plein de chouettes expériences, et ça m’a fait rencontrer plein de gens. Et puis de fil en aiguilles, j’ai rencontré d’autres personnes à Bruxelles, et c’est comme ça que plus tard je me suis retrouvé à jouer avec Girls in Hawaii à la batterie. Je pense que c’est un peu comme dans tous les milieux artistiques, que ce soit dans le cinéma ou le théâtre, les gens se connaissent, se côtoient, et puis on devient potes.

Malgré tout, sur le côté, j’avais envie de faire mes propres projets et de monter mon propre groupe. C’est comme ça que j’ai d’abord commencé sous le nom de V.O, puis petit à petit j’ai changé pour River into Lake.

Et justement, pourquoi avoir choisi ce nom de « River into Lake » ?

En fait, à la base, c’est un hommage à un groupe dont je faisais partie qui s’appelait Raymondo. « River into Lake » était le nom du deuxième et dernier album du groupe. C’était une image qui me poursuivait … j’aimais bien cette idée d’une petite chose qui vient nourrir une plus grande. Et ça correspondait bien à ce en quoi je crois dans la vie en général.

C’est aussi cette image d’un petit groupe, et de cet espoir (même s’il est moins grand que quand j’étais ado) de grandir, de devenir un groupe qui peut tourner partout en Europe. C’est un peu le rêve de tous les gens qui font de la musique je pense. C’est aussi lié à ce que j’essaye de faire dans ma vie, c’est-à-dire des petites choses au quotidien pour participer à quelque chose de plus grand. C’est aller à l’encontre du monde dans lequel on est actuellement, qui n’est pas du tout évident.

River into Lake
Pochette de l’EP The Crossing. © David Delruelle

Quand on lit les textes des chansons de votre nouvel EP, on voit qu’ils collent terriblement à l’actualité. Est-ce que c’était voulu ou c’était un hasard ?

C’est clairement un peu des deux. Je parle de mon expérience, de mon ressenti par rapport à tout ça… mais s’il n’y avait pas eu toute cette situation, peut-être que ça aurait donné autre chose.

Ces morceaux étaient déjà fait avant en fait, c’était des espèces de chutes de l’enregistrement de l’album précédent sur lesquels je suis revenu pendant le confinement. C’était une manière d’aller au bout de ces morceaux pour faire un mini-album et clôturer ce gros chapitre qui est la première étape de River into Lake. Vu qu’on était dans cette situation-là, je me suis dit « autant en tirer parti ». J’ai raconté ce que ça évoquait chez moi, en essayant que ce soit un peu plus universel.

Chaque morceau est accompagné d’un visuel signé David Delruelle, pourquoi avoir fait appel à lui ?

J’ai découvert David sur internet il y a plusieurs années, où j’ai vraiment flashé sur son travail. La première image qui m’avait marqué est celle sur la pochette de l’album que j’ai sorti l’année passée. Ensuite j’ai repéré d’autres collages, et ça m’a suivi pendant tout le processus d’écriture de cet EP. Donc je l’ai contacté pour lui demander s’il était d’accord pour que j’utilise ses images, et il a tout de suite dit oui. J’aimerais travailler avec lui de nouveau dans le futur, mais cette fois-ci en faisant le chemin inverse. Je voudrais lui soumettre ma musique et voir ce que ça évoque chez lui.

« Si on vit dans la peur, on ne peut pas avancer. C’est un peu ce que j’essaye d’appliquer au jour le jour. »

Dans The Crossing, vous abordez le passage à l’âge adulte, et la perte de l’innocence. Est-ce vous avez vous-même eu des difficultés à surmonter cette période dans votre vie ?

Ça m’est arrivé en effet, mais je pense qu’il y a pas mal de gens qui peuvent se reconnaître là-dedans. Moi j’ai vécu plusieurs choses qui ne sont pas très joyeuses, dont la perte d’amis dans des circonstances compliquées, et en parallèle, j’ai vécu la naissance de mon fils qui était vraiment la chose la plus merveilleuse qui me soit jamais arrivée. Et je pense que des événements comme ça, ça nous change, ce sont des choses qui nous façonnent. Il y a une espèce de perte d’innocence qui a été arrachée d’un côté, et en même temps, que j’ai envie de livrer encore plus de l’autre. En voyant mon fils qui a 5 ans, ça me replonge moi-même à cet âge-là, et je trouve ça chouette d’aller repuiser dans cette énergie pour justement aller contrer la morosité ambiante et le côté anxiogène dans lequel on est maintenant. C’est une manière de garder espoir et de me dire « ok, il faut continuer à avancer ». Si on vit dans la peur, on ne peut pas avancer. C’est un peu ce que j’essaye d’appliquer au jour le jour.

Dans tous vos morceaux, vous décrivez des situations assez complexes, voire sombres, mais malgré tout, il y a toujours beaucoup d’espoir. Est-ce que c’est votre manière de voir le monde ?

Oui, c’est en tout cas ce que j’essaye d’appliquer. Maintenant, ça ne veut pas dire que j’y arrive. C’est un combat quasi quotidien, surtout en ce moment. Ne pas vivre maintenant dans la peur et dans l’angoisse, c’est presque de l’ordre de l’irréel, parce que je pense que c’est normal qu’on ait peur. Au début du confinement, comme tout le monde, j’étais abasourdi quand on nous a dit « maintenant tout s’arrête ». Et puis petit à petit, le temps de m’acclimater, je me suis demandé quoi faire maintenant.

Ce qui est aussi intéressant aussi, c’est qu’on est tous plus ou moins logés à la même enseigne dans la profession, et je trouve qu’il y a un côté rassurant à ça. Il y a une espèce de bienveillance comme ça entre nous, et c’est plutôt chouette de se dire « okay, il reste quand même ça ». Une manière de se dire qu’on n’a pas basculé dans un monde apocalyptique où les gens s’entretuent pour manger le chien du voisin.

En tant qu’artiste, ce n’est pas trop dur de ne pas pouvoir jouer sur scène ?

On a eu un espoir en septembre/octobre, où on a pu faire deux/trois concerts, et c’était vraiment génial. Forcément j’adore écrire des chansons, enregistrer des albums, mais cette étape-là d’être en groupe, de jouer ensemble, de partager ça avec le public, c’est un pur bonheur. Là je retrouvais vraiment espoir, et le deuxième confinement m’a quand même un peu taclé.

Pour moi, ça aurait pu fonctionner comme ça encore un an en fait, il n’y avait pas de problème. Après c’est vrai que c’était plus problématique pour les grosses salles, mais pour les groupes à notre échelle, c’était plutôt chouette parce qu’on pouvait jouer dans des plus grosses salles comme à l’Orangerie au Botanique… Je n’aurai jamais imaginé y jouer un jour en tête d’affiche !

J’ai hésité à sortir un EP maintenant, je me suis demandé « est-ce que ça a un intérêt ? ». Et oui en fait, il faut le faire. Déjà pour moi, je dois le faire, et de pouvoir partager ça avec le public c’est chouette aussi. Après, est-ce qu’on pourra jouer ou pas, c’est une autre histoire… mais chaque chose en son temps.

Info : The Crossing de River into Lake
28 janvier 2021 au Botanique à Bruxelles
13 février au Bouillon Blanc à Sensenruth

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