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Jay-Jay Johanson : « La Suède offre des opportunités de nature et d’espace mais on s’y ennuie aussi beaucoup »

L'artiste suédois est mariée à une Belge avec qui il a trois enfants. "Ils sont trilingues" nous dit-il d'eux. | © Laura Delicata

Musique

Il a un public fidèle en Belgique comme ailleurs et ce depuis plus de 20 ans. Jay-Jay Johanson sort un 13e album, déjà. Et on se laisse prendre par la main à l’écoute de ses titres doucement entêtants, délicieusement mélancoliques, entre jazz et pop léchée. Conversation enjouée depuis sa Suède natale.

 

Paris Match. Avez-vous besoin de la Suède pour vous inspirer ?
Jay-Jay Johanson. Je vis dans les environs de Stockholm depuis plus de 20 ans. J’y suis revenu après mon séjour à Paris dans les années 90. Je trouve en Suède le calme propice à mes compositions car rien ne peut venir m’y distraire mais l’inspiration me vient essentiellement de mes voyages et de mon journal où je recense mes idées et souvenirs. Certes, la Suède offre des opportunités de nature et d’espace dont je profite mais on s’y ennuie aussi beaucoup ! Londres, Paris, Tokyo, New York ou Reykjavík, n’importe quelle ville est plus excitante. La Suède est un pays beau, serein où il fait bon grandir et élever ses enfants. Mais j’avoue avoir besoin de l’animation des villes, les clubs, les théâtres, les rencontres…

Vous considérez-vous comme francophile ?
La découverte de Londres dans les années 80 a été fondatrice, tout autant que celle de Paris dans les années 90. Ces deux cultures m’ont ouvert l’esprit et formé le musicien et l’auteur que je suis devenu. On peut donc dire que je suis à la fois anglophile et francophile. Il est vrai que j’ai développé un amour de la culture française, de sa musique, de son cinéma… Et ma femme est belge, nos enfants sont trilingues, je suis content qu’ils sachent parler français et j’ai un rapport très fort à la Belgique. Mais cette passion ne m’a jamais fait renoncer à mes racines suédoises. Je suis et reste un artiste suédois, je garde cet esprit, même si je ne chante jamais dans ma langue.

« En studio, nous cherchons le meilleur costume pour vêtir chaque chanson. »

Est-ce un parti pris de proposer une musique qui ne se résume pas à un seul style ?
Ma musique a toujours été pleine de contrastes, fidèle à ce que je suis. En tant que grand timide dans la vie, j’assume pleinement ce paradoxe de mener une vie sur scène, exposé. Dès le début, j’ai joué de cette dualité présente dans mes albums. L’écriture vient en premier, je chante mes textes a cappella, chez moi, dans ma cuisine ou en me promenant. J’écris des chansons que j’ai envie de chanter. Viennent ensuite le piano, les arrangements de mes musiciens et le travail sur ordinateur. Et là, tout devient possible. En studio, nous cherchons le meilleur costume pour vêtir chaque chanson. Un costume jazzy, hip-hop, électro, pop, bossa nova… Je n’ai pas changé ma façon de composer depuis 25 ans ! Faire confiance au moment présent et rester libre. Même les erreurs font partie de cette liberté artistique.

Le jazz reste-t-il à la base de tout ?
J’ai commencé par le jazz, dès mon adolescence et mon premier groupe. Il imprègne toute ma musique, me structure. Par la suite, j’ai découvert des groupes comme Portishead ou Massive Attack. En fait, j’ai toujours désiré m’inscrire dans la modernité sans renier les classiques mais en évitant absolument de copier ou de paraître ringard.

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L’un des titres phares de votre nouvel album « Why Wait Until Tomorrow ? » s’impose tel un véritable mantra, une philosophie de vie très actuelle.
J’ai composé ce titre au printemps passé mais je ne n’ai pas pensé spécialement à la crise que nous vivons. Pour moi, elle fait vraiment référence à tous nos actes manqués, aux mots que nous hésitons à dire, aux gestes suspendus. Je me souviens de cette jeune fille dont j’étais amoureux mais à qui je n’ai pas osé me déclarer par timidité. Le cours de ma vie en aurait peut-être été bouleversé, qui sait ? N’attendons pas, quelle que soient les situations que nous vivons. Vous savez, je ne suis pas un raconteur d’histoires. Mes chansons s’inscrivent plus comme des balades poétiques qui ne sont pas spécialement ancrées dans la réalité.

Album : Jay-Jay Johanson, Rorschach Test, 29 Music

©Laura Delicata
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