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Victor Solf : « J’essaye de ne pas penser à la suite ou au passé. Il faut réussir à être dans le présent »

Still. There's Hope est à la fois profond, mélancolique, et rempli d'énergie. | © Liswaya

Musique

Victor Solf présente son premier album solo Still. There’s Hope, rempli d’optimisme comme son nom l’indique. Un opus écrit pendant le confinement qui rappelle que malgré les épreuves de la vie, il faut toujours aller de l’avant. Rencontre.

 

Trois ans après la fin du groupe Her, Victor Solf revient avec un premier opus solo. Sill. There’s Hope est un album soul rempli d’optimisme. Les mélodies sont entrainantes, bien que l’on ressente une certaine mélancolie. Écrites durant le confinement, ces chansons sont comme un cri pour rappeler que même dans les moments les plus sombres, il reste toujours de l’espoir. « Je suis passé par beaucoup d’émotions et de sentiments différents, notamment beaucoup de colère et de frustration parce que je sentais qu’on me privait de colère et de libertés personnelles et artistiques. Je me suis toujours servi de la musique pour me libérer de mes émotions, qu’elles soient positives ou négatives, donc là j’en ai profité », nous confie Victor Solf. « Je pense que c’est pour ça aussi que cet album s’appelle « Still. There’s hope » : je l’ai écrit pour me rappeler que j’étais toujours quelqu’un d’optimiste et d’humaniste. Mais j’avais besoin de m’en rappeler, de me rassurer et d’écrire à ce sujet. »

Rebondir après le succès fulgurant de Her n’était pas chose aisée. D’autant plus après la fin tragique du groupe : Simon Carpentier décède d’un cancer à l’âge de 27 ans. Sans son meilleur ami, Victor Solf sort tout de même leur premier album et assure une tournée. Avec son projet solo, Victor Solf a le sentiment de « se mettre en danger, de sortir de ma zone de confort ». Malgré tout, il ne se met pas de pression concernant son succès passé, et si la magie sera toujours au rendez-vous avec les fans. « J’essaye de ne pas penser à la suite ou au passé. J’essaye vraiment de me recentrer sur mes émotions, et voir ce qui me donne des frissons. »

Pour concocter cet opus, Victor Solf s’est concentré sur trois ingrédients primordiaux : le piano, les harmonies vocales de la soul, et une touche d’électro. La recette parfaite pour composer ses chansons. « Quand je suis sur mon piano, j’essaye surtout de me détendre, de me laisser aller. Je m’imagine souvent dans une pièce qui serait dans l’obscurité totale, à priori assez froide. Ensuite, lorsque je commence à me détendre, à jouer du piano et à chanter, il y a des lumières qui s’allument et la pièce se réchauffe. » Une connexion avec l’instant présent indispensable. Faire le vide pour se concentrer sur la musique et ses émotions. « Par moments, je peux passer des heures sans idées parce que simplement je ne suis pas du tout dans le bon état d’esprit. Je suis trop inquiet, ou trop mélancolique… C’est vraiment le passé et le futur, et il faut réussir à être dans le présent. »

« C’est une invitation à se trouver et à réussir à s’aimer »

L’album commence par « I Don’t Fit » qui évoque l’affirmation et l’estime de soi. « On vit dans une société où on cherche à nous mettre dans des cases de plus en plus, et c’est une chanson qui est une invitation à se trouver et à réussir à s’aimer. » La mélodie commence par une boucle musicale au piano. La voix très légère de Victor Solf se rajoute, rapidement rejointe par des harmonies. La tension monte crescendo jusqu’à l’explosion, avec un break jazzy. Ce point de rupture est une métaphore aux chocs de la vie, et comment on continue à vivre malgré tout. « Dans le clip, on voit le rapport à l’épreuve. On voit un accident de voiture très fort, et je pense que c’est quelque chose que l’on a tous vécu à notre façon : c’est une métaphore de l’épreuve évidemment et la violence d’un choc. Pour moi, c’était important de montrer ce que l’on en fait, et qu’on décide de se relever et de repartir. »

Victor Solf se livre comme jamais dans ses chansons. « J’ai essayé d’avoir un message le plus personnel possible, parce que là c’est un projet qui est sous mon nom. » Des sujets très intimes qui parlent pourtant à tous. « J’ai moi-même été étonné par la portée universelle des thèmes de l’album qui avaient pour but à la base d’être très personnels. Comme sur « Fight For Love » qui évoque le deuil et la gestion de l’absence, et bien je me suis rendu compte qu’il y avait aussi une portée universelle derrière. Et rien que cela m’a redonné confiance et de l’espoir dans l’humanité. Cette idée de connexion dans nos sentiments, dans nos émotions, les uns avec les autres, je trouve que c’est très beau. » Une connexion avec l’humanité d’autant plus nécessaire en ces temps de confinement, où le lien sociable peut sembler rompu.

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Le titre « New Normal » est particulier pour Victor Solf. Ce piano-voix aborde la « nouvelle normalité », l’idée de sortir du système et de sortir du schéma attendu par la société. « Je trouvais que le diamant brut qu’il y avait eu dans la création de la composition était tellement touchante, que je ne voulais absolument pas mettre d’arrangements. Le texte me fait penser à certains de mes proches, et c’était très dur pour moi du coup, j’étais très très ému. Et en plus, elle est technique tout simplement. Il y a beaucoup de passages en voix de tête, il y a très peu de mots… il fallait que je réussisse à peser chacun de mes mots. »

L’opus se clôture avec « Trouble Behind », un titre solaire où l’on ressent presque la chaleur du sud de l’Italie. « Je voulais transmettre de la bienveillance et de la quiétude. » Une dernière chanson très représentative de l’album. Bien que les mélodies soient profondes et mélancoliques, elles sont aussi remplies d’énergie et d’espoir. Un opus qui fait du bien. « C’est un album d’espoir avant tout, d’amour. Je sais que c’est des thèmes qui sont un peu à contre-courant en ce moment, mais je pense qu’aujourd’hui, le vrai acte de résilience, de rébellion, c’est imaginer un monde avec plus d’espoir, plus de tolérance, de bienveillance, d’altruisme. Un peu comme John Lennon l’avait écrit dans ‘Imagine’ : « You may say I’m dreamer, but I’m not the only one ». »

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