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Requin Chagrin : Quand la langue française rencontre la pop anglaise

"Il y a toujours un truc où pour aller de l'avant, on doit laisser quelque chose derrière." | © Andrea Montano

Musique

Elle revient avec son troisième album Bye bye baby, et sera en concert en Belgique le 15 septembre prochain.

 

Si vous aimez la musique pop rock planante, Requin Chagrin est définitivement fait pour vous. Entre rock californien et pop anglaise, Marion Brunetto propose une musique unique en son genre… et en français ! Elle revient avec un troisième opus, Bye bye baby, dans les bacs depuis le 9 avril dernier. Et bonne nouvelle : elle sera le 15 septembre prochain aux Nuits du Botanique à Bruxelles. Nous avons rencontré cette artiste multi-casquettes, l’occasion d’évoquer ses débuts dans la musique, ses influences, et son troisième album.

Vous avez un style musical plutôt anglo-saxon mais vous chantez en français. C’est un choix artistique ?

Ce n’est pas vraiment un choix, c’est plutôt naturel d’écrire en français. Mais c’est vrai que j’ai des influences plus anglophones… C’est toujours marrant que certains notent ça et se disent : « Ah, ça pourrait être un groupe anglais ».

Qu’est-ce qui vous inspire justement ?

J’aime bien écouter plein de trucs, mais pas forcément très attentivement. Ce sont plutôt des sonorités. J’aime bien découvrir de nouvelles choses aussi. J’écoute régulièrement des playlists sur Spotify, comme les découvertes de la semaine, ou le radar des sorties. J’essaye de me tenir un peu au courant. Je me suis constitué ma propre playlist avec des titres que je connais, et comme ça après l’algorithme peut me faire découvrir des trucs qui me plaisent.
Quand j’écris, j’aime bien aussi aller sur Youtube parce qu’il y a des images. C’est bête, mais j’aime bien me laisser transporter par ça aussi. Des fois, quand j’écris, je mets une vidéo sur Youtube que j’aime bien, j’enlève le son, et je regarde juste l’image en fait. Je fais beaucoup ça, même sur Instagram : je regarde des vidéos et des images très belles qui me font voyager.

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Vous enregistrez vos chansons sur un enregistreur à bandes. Vous pouvez nous expliquer comment ça fonctionne concrètement ?

Avant j’utilisais un enregistreur cassette. C’est la même chose mais beaucoup plus compact. Il y a tout en un : la partie mixage et enregistrement est sur le même appareil.
Alors que là, sur le magnétophone à bandes, il y a l’enregistreur qui est tout seul avec ses bobines et ses huit pistes, et à côté de ça, il y a une table de mixage qui communique.
J’ai trouvé que c’était beaucoup plus confortable pour composer et enregistrer. Le son est plus généreux. Il y a plus de marges de manœuvre, donc il y a plus de plaisir à peaufiner des détails qui sont peut-être plus difficiles quand ils sont sur cassette. C’est mon compagnon de route, je pourrais en parler pendant des heures (rires).

Pour le premier album, c’était vraiment avec les moyens du bord

Vous enregistrez vous-même tous les instruments sur votre album. Pourquoi ne pas s’entourer de musiciens ?

J’ai commencé par la guitare mais j’ai très vite appris la batterie, la basse, le clavier… j’adore jouer de tous ces instruments. Quand j’ai commencé, je jouais de la batterie et de la guitare dans des groupes. Et puis j’ai rencontré des personnes qui étaient dans un groupe, mais qui menaient aussi leur projet perso avec souvent des enregistreurs cassettes justement. Et je trouvais ça hyper cool, super classe. Et je me disais « tiens, ça pourrait être trop drôle d’essayer de faire quelque chose, de me servir un peu de ce que j’ai appris pour faire des chansons et les enregistrer ».
Pour le premier album, c’était vraiment avec les moyens du bord. Et puis c’était bien de faire comme ça je trouve. C’était comme un challenge, de se dire « allez, j’ai jamais fait d’album, j’ai jamais enregistré, j’ai jamais fait de texte… ». Et puis maintenant, je ne pourrais plus jamais le dire. C’était vraiment une aventure.

Comme vous n’aviez jamais fait tout ça avant, c’est quoi qui vous a donné envie de vous lancer ?

Je ne sais pas… je commençais à évoluer dans un milieu avec de plus en plus de musiciens autour de moi, et donc je rencontrais plein de gens qui faisaient plein de musiques. Et je me suis dit « ah bah génial, je vais essayer ».
Même si je sais à peu près jouer de différents instruments, je n’ai aucune technique. Mais c’est pas grave, c’est le côté un peu « je fonce dans mon truc sans trop savoir ». Je trouvais ça drôle en fait. Et puis c’était le gros mouvement « Do it yourself », on était tous dans cette veine-là, très garage, très « c’est pas grave si c’est pas nickel, on le fait quand même ». Et j’aimais bien cette mentalité-là.

Et du coup sur scène, comment vous faites ?

Sur scène, c’est différent forcément… On est quatre et je fais de la guitare en plus du chant. Par contre, sur scène, j’ai vraiment envie d’être à plusieurs et jouer comme un groupe « plus traditionnel ».

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Qu’est-ce qui vous a inspiré pour écrire ce troisième album ? On ressent de la mélancolie dans votre musique. C’est une réponse au confinement ? Retrouver des souvenirs qui nous réconfortent ?

Je ne pense pas avoir écrit en rapport avec cette période. Après, ça nous a tous touché d’une manière ou d’une autre et ça s’est peut-être retranscrit inconsciemment. J’ai commencé à écrire mon album un mois avant le confinement. Et quand ça nous est tombé dessus, même si dehors c’était un peu l’angoisse avec une ambiance fin du monde, moi j’étais vraiment concentrée sur l’album et je me suis vraiment défoulée dessus. C’est surement la raison pour laquelle il y a un thème de voyage aussi inconsciemment. Peut-être que ça m’a influencée en ça ; je regardais beaucoup par la fenêtre, le ciel… même si je ne voyais pas beaucoup d’étoiles à Paris (rires). Mais voilà, il y avait un côté « on regarde vers l’horizon » qui est un thème présent sur l’album aussi.

Pour aller de l’avant, on doit laisser quelque chose derrière

Dans le titre « Bye bye baby », vous parlez « d’émancipation, quitter une vie terne, partir à l’aventure ». C’est une chanson très personnelle.

Des fois quand on écrit des textes, on prend notre temps, on regarde autour de nous… et là, il m’est venue directement et ça m’a surprise. Je venais juste de finir la compo, et le texte m’est venu tout de suite. C’est vrai qu’il y a un côté plus personnel car de base je viens du sud-est de la France, j’ai quitté mon village pour aller à Paris pour exercer mes passions artistiques (elle pratiquait le dessin avant la musique, ndlr). Pour pouvoir faire ça on doit dire au revoir à certaines choses.
Après c’est plus vague aussi, et ça peut s’appliquer à d’autres ressentis, d’autres histoires… Il y a toujours un truc où pour aller de l’avant, on doit laisser quelque chose derrière. C’est un peu ça que je dis dans ce texte.

 

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C’est aussi ce dont vous parlez dans le titre « Première vague » : « Même sans savoir où aller, il faut se jeter à l’eau, toujours ».

Quand j’ai composé cette chanson, il y avait comme une grosse vague de son. Du coup, instinctivement, je me suis dit que j’allais parler de vague, de surf… de se jeter à l’eau, de ne pas savoir ce qui nous attend, d’espérer des choses, partir à l’aventure quoi ! Se laisser porter…
Je n’avais pas d’idée en particulier, mais plus une image de quelqu’un qui attend une vague, un peu sur les dents, et qui a hâte de se lancer. Je trouvais que c’était un bon mood pour commencer un album, de l’ouvrir comme ça.

C’est surement difficile à choisir, mais est-ce qu’il y a une chanson qui vous tient particulièrement à cœur sur cet album ?

Chaque chanson a un petit souvenir, forcément. Mais en parlant de « Première vague », j’étais contente parce que je l’ai composé à la guitare, alors que sur cet album, j’ai plutôt composé les titres au clavier ou à la basse pour me changer un peu de mes habitudes.
Il est arrivé à la fin, et je l’ai imaginé direct en live. Il y a une image de concert qui m’est venue comme ça. En plus c’était en juillet 2020, donc c’était un peu dans une période d’entre-deux. J’ai eu comme un flash, et il y a beaucoup d’énergie dans ce titre.
J’ai un souvenir sur « volage » aussi, où lui je l’ai composé avec une basse et une boite à rythmes. Je jouais, j’étais beaucoup dans l’énergie ce jour-là, et du coup je jouais de la basse sans savoir du tout la structure du morceau. Sur la boite à rythmes, j’avais un pattern pour le couplet et un pour le refrain, et quand je sentais que c’était le refrain, j’appuyais avec mon pied. C’était comme un duo entre mon pied et ma basse, j’étais vraiment dans ma tête. C’était un peu fou, je me suis vraiment défoulée sur ce morceau.

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