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L’album à redécouvrir : Les sanglantes confessions d’un Bob Dylan en pleine renaissance

"Blood on the Tracks" est sorti en 1975. | © AFP

Musique

À l’occasion des 80 ans du troubadour américain, retour sur Blood on the Tracks, son chef-d’œuvre datant de 1975.

 

Juillet 1966. Bob Dylan explose sa moto Triumph T 100 lancée à toute blinde et éteint le kaléidoscope méthamphétaminé qu’est alors sa vie. Plus de peur que de mal, le dandy félin qui a révolutionné le rock en branchant sa guitare électrique en a au moins neuf. Bye-bye les tournées éreintantes de l’Australie à l’Olympia, l’ancien beatnik devenu héraut du folk prend du recul et se réinvente cette fois en bobo père de famille du côté de Woodstock. Mais le bonheur familial et champêtre où la musique passe (presque) au second plan ne dure qu’un temps. Et c’est en endossant malgré lui le rôle de l’homme quitté, du mari impuissant, que Robert Zimmerman va s’atteler au chef-d’œuvre qui donnera un nouveau souffle à sa carrière.

Sang pour sang mélancolique

Au bout de 9 ans de mariage, le couple discret qu’il forme avec l’ancienne Playmate Sara Lownds bat sévèrement de l’aile. Lui, le poète habitué à tourner les journalistes en bourrique avec des réponses sibyllines perd quelque peu le contrôle de sa vie. Traversé par un maelström d’émotions, Bob Dylan prend le chemin des studios en 1974, d’abord à New York en solo, puis dans le Minnesota avec la crème des musiciens locaux, pour cracher son coeur meurtri sur un huit-pistes : Blood on the Tracks tâtonne, prend forme et sort finalement l’année suivante.

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Tour à tour épris de mélancolie (« Tangled Up in Blue »), d’amertume teintée d’ironie (« You’re a Big Girl Now »), d’une tristesse infinie (« If You See Her Say Hello »), de colère froide (« Idiot Wind ») ou encore d’un fatalisme stoïque (« Simple Twist of Fate »), le futur Prix Nobel trempe la plume directement dans son sang et son spleen pour ce qui est sans doute l’album le plus à fleur de peau de son immense discographie. Le tout est parfaitement exécuté et sublimé par la production subtile de l’ingé son Phil Ramone qui fait la part belle au phrasé si particulier du natif de Duluth.

Fidèle à lui-même et à son art, Bobby a toujours pris le soin d’envoyer paître ceux qui y voient un disque autobiographique – « Je n’écris pas de chansons confessionnelles. L’émotion n’a rien à voir là-dedans », s’est-il déjà défendu, planqué derrière ses éternelles lunettes noires et les volutes de cigarette. Toutefois, sa rupture semble bien transpirer au travers de la plupart des 10 titres qui composent ce 15e opus en clair-obscur. Qu’importe : le testament est là et il figure désormais au Panthéon du rock et de la folk. Et joyeux 80 printemps, Mister Dylan.

À ne louper sous aucun prétexte sur Blood on the Tracks:

Shelter from the Storm

Tangled Up in Blue

You’re Gonna Make Lonesome When You Go

Simple Twist of Fate

Idiot Wind

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