Paris Match Belgique

Aurel sort un premier EP léger et intime : « Avant j’écrivais des histoires, maintenant je raconte juste ma vie »

Après être passé par les groupes Lucy Lucy, Paon, et Sonnfjord, Aurel se lance maintenant en solo. | © Simon Vanrie

Musique

Aurel se livre et présente son univers dans son premier EP « Ah Ouais ». Une musique légère, authentique et optimiste. Nous l’avons rencontré pour parler de son rapport avec la musique, la peur de sauter dans l’inconnu et le fait que nous sommes tous pareils.

 

Si Aurel fait de la musique depuis maintenant plus de dix ans, il a toujours été dans des groupes. De Lucy Lucy, à Paon, en passant à Sonnfjord, Aurelio Mattern (de son vrai nom) aimait jouer de la musique en bande. Et puis il y a deux ou trois ans : un déclic. « Quand mon groupe Paon s’est arrêté, je me suis dit : « maintenant, j’ai envie de m’épanouir seul, j’ai envie de tenter un truc où il n’y aurait pas de compromis, où il n’y aurait pas quelqu’un en face de toi pour valider ta créativité ». J’avais envie de ne plus avoir aucune frontière et pouvoir faire vraiment ce que je voulais sans compromis. J’ai beaucoup aimé l’expérience de groupe, j’ai vraiment adoré, et j’ai l’impression que ça m’a formé aussi. Le fait d’être confronté à d’autres avis, ça force à penser autrement, et à sortir un peu de soi. À force de confronter mon avis avec des musiciens différents, il y a eu un moment où j’ai eu l’impression que j’étais « prêt » à me tenter à cette expérience du solo. »

Avant j’écrivais des histoires, maintenant je raconte juste ma vie en fait

Aujourd’hui, il revient donc avec un projet solo et sort son premier EP Ah Ouais. Un son léger, de la musique authentique et sincère. Aurel s’adresse directement à nous, avec un phrasé doux et direct. « J’ai envie de pouvoir lire mon texte et que ce soit comme un simple dialogue en fait, pour être le plus authentique possible. Que les gens reçoivent ça comme une confidence en fait. » C’est certainement un vent de fraicheur qu’il souffle sur la scène musicale belge. Une musique qui synthétise ses différentes influences de ses dernières années, « c’est-à-dire le côté plus psyché de Paon, le côté plus pop de Sonnfjord et le côté plus acoustique de Lucy Lucy ». Aurel a pris le temps de tester et de trouver ce qu’il voulait vraiment faire. C’est finalement avec le titre « Ah Ouais » qu’il trouve la bonne voie et le fil conducteur de son EP. « J’ai décidé à ce moment-là de chanter en français car c’est ma langue maternelle et je me sens beaucoup plus à l’aise d’écrire en français. C’est une phase que j’aime bien maintenant, alors que quand je devais écrire en anglais, je n’aimais pas ça. Ça me permet aussi d’aller plus loin dans l’authenticité. Avant j’écrivais des histoires, maintenant je raconte juste ma vie en fait. »

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par Aurel (@aurel_music_)

Celui qui était à l’origine plutôt musicien se plait maintenant à écrire des textes. Si composer reste toujours aussi instinctif pour lui, écrire lui apporte une tout autre satisfaction, même si « c’est beaucoup plus aléatoire ». « Je peux me dire « allez, aujourd’hui j’écris un texte », et puis en fait finalement, ça ne marche pas du tout. Mais par contre, je rentre d’une soirée où je me suis bien poilé, et puis je commence à écrire sur le parking devant chez moi avant de rentrer, et en trois minutes, je t’ai écrit une page A4 que je réutiliserai le lendemain. C’est comme ça qu’est né « Ah ouais » par exemple. » « L’escalier tourne toujours, il y a trop de monde, trop d’baskets blanches… » chante Aurel. Un texte écrit lors d’une soirée au bar le Belga à Bruxelles. « C’était la bonne époque où on pouvait aller dans les cafés tous ensemble, et être beaucoup trop nombreux dans l’odeur de la sueur. Et c’est vrai que cette image de baskets blanches m’avait marqué, et je me suis dit : on est tous pareils. » Aurel se met tout de suite à écrire sur un coin de table au dos d’un ticket de train, qu’il glisse ensuite dans son portefeuille. C’est quelques jours plus tard qu’il retrouve son texte et qu’il le met en musique rapidement. « Quand c’est aussi facile, c’est chouette. »

Dans ses clips, on ressent un second degré qui s’accorde parfaitement à la légèreté de sa musique. « Je pense que ça me représente pas mal. J’ai toujours été assez pudique en émotion. J’aurais du mal à faire une chanson dramatique, comme j’aurais du mal à faire une chanson ultra joyeuse. J’aime bien prendre une instrumentale qui sera plutôt joyeuse et mettre un texte avec une touche de nostalgie, de mélancolie, pour créer un brassage d’émotions. Parce que, finalement, je ne suis pas non plus quelqu’un de tout noir ou tout blanc. » Une musique qui reste douce et gracieuse, même lorsqu’il aborde des sujets plus graves. Aurel a écrit le titre « Oxygène pour deux » après le décès du cousin de sa femme. Une manière de surmonter le deuil, sans pour autant tomber dans une musique triste. « C’était quelque chose de très difficile, mais l’écrire m’est venue de manière très spontanée, ça m’a aidé à traverser cette épreuve. Quand j’ai commencé à mettre le texte en musique, à aucun moment je me suis dit que j’avais envie de faire un truc plombant, extrêmement dramatique. Même si j’étais à ce moment-là complètement KO, il y a toujours cette lueur d’espoir dans laquelle j’ai envie de croire, et que j’ai envie de retranscrire en musique. C’est très bateau de dire ça, mais la musique c’est clairement une thérapie. »

Ça doit être triste pour l’artiste qui a sorti son œuvre d’art de dire « voilà, j’ai fait ma masterpiece et maintenant je n’ai plus rien à faire »

Dans « Chagrin de nuit », Aurel explique avoir peur de « partir en ne laissant rien ». « C’est important pour moi que ma musique me ressemble, et c’est facile de se perdre, d’oublier un peu qui on est. C’est important d’avoir un cap, et ce cap je pense que tu peux le maintenir qu’à travers le regard de ceux qui t’entourent. Ce n’est pas seul que tu peux y arriver, donc c’est important d’être bien entouré. » Une crainte commune à tous les artistes, en soi, qui le pousse à se surpasser. « Chaque fois que je sors un morceau, je me dis que le prochain sera mieux. Il y a une constante recherche de sortir LE morceau, qui sera vraiment mon morceau… Mais en soi, j’espère ne jamais le trouver. Ça doit être triste pour l’artiste qui a sorti son œuvre d’art, son tableau, et de dire « voilà, j’ai fait ma masterpiece et maintenant je n’ai plus rien à faire ». »

En parlant de sa vie personnelle, Aurel aborde aussi des situations que l’on connait tous. Dans « Krang », il parle notamment du stress de se jeter dans l’inconnu, avec en même temps l’envie de réaliser ses rêves. Une peur qui prend au ventre. Pour lui, c’est le rêve de partir dans une longue tournée pour jouer sa musique, mais avec ce désir casanier de rester chez soi. « J’avoue que ce stress me manque. J’ai écrit « je veux rentrer à la maison » il y a deux ans, en imaginant être en tournée, et maintenant, j’ai plus qu’une envie : c’est de partir en tournée. » Alors, comment surpasser cette peur ? « Je n’ai pas encore de réponse, et c’est vrai que cette peur elle me prend au ventre directement, d’où l’image de Krang qui avait un cerveau dans le ventre (un personnage des Tortues Ninja, ndlr). En général, c’est le temps, se laisser aller, un peu moins penser, essayer de se détendre… Ce qui est important, en tout cas dans mon cas, c’est de ne pas se freiner à ça. Même si tout ton corps te dit « n’y vas pas, ne le fais pas », ne l’écoute pas. Car si tu ne le fais pas, c’est sûr que ça se transformera en regrets. » Un morceau qu’il qualifie facilement d’être son préféré de l’EP. « C’est la chanson qui me ressemble le plus. S’il y a un morceau qui me ressemble sur cet EP, je voudrais que ce soit celui-là. J’adore les instruments qui sont dessus, la basse est incroyable. Le son de ce morceau est dingue. J’aime bien mon phrasé, j’aime bien le texte, j’aime bien le refrain. Et j’adore le clip qui va sortir : c’est ma plus grande fierté de clip des dix années de musique que j’ai faite. C’est un clip d’animation et j’ai moi-même écrit l’histoire. Quand j’ai reçu le clip fait par Luc Journot, j’étais juste sans voix tellement que j’étais heureux. »

Ah Ouais est un EP qui plaira à ceux qui aiment la chanson française, rythmée, et optimiste. « C’est un premier chapitre, comme une introduction au projet. J’ai invité les gens chez moi avec le clip d’ « Hier, la plage ». J’ai montré un peu qui j’étais, et j’essaye d’embarquer les gens avec moi sur ce bateau, dans cet univers, pour venir avec moi jusqu’à l’album qui est en préparation. J’ai vraiment essayé de me montrer le plus authentique possible à travers cet EP. Quelqu’un m’a dit : « j’ai l’impression de te connaître sans même t’avoir rencontré ». Et si des gens peuvent se retrouver dans mes textes, ça c’est clairement un cadeau. C’est une invitation à me découvrir, et surtout, à réaliser qu’on est tous pareils : on a tous les mêmes doutes, les mêmes craintes, et on a tous des baskets blanches. »

Aurel sera en Belgique le 15 août au Ronquières Festival, le 9 septembre aux Nuits Botanique à Bruxelles, le 27 octobre au Delta à Namur, le 19 janvier 2022 au Cirque Royal à Bruxelles, et le 24 mars 2022 au Manège à Mons.

CIM Internet