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Silly Boy Blue signe un premier album rock mélancolique extrêmement réussi

Silly Boy Blue signe un premier album rock mélancolique extrêmement réussi

Ana Benabdelkarim, alias Silly Boy Blue. | © DR

Musique

C’est une entrée en matière pour le moins remarquable. Le premier album de Silly Boy Blue est une véritable pépite. ParisMatch.be a rencontré la talentueuse chanteuse Ana Benabdelkarim, avec qui on a parlé du syndrome de l’imposteur, le mélange de sentiments qui nous habite, et la force de la musique pour nous forger. Entretien.

 

Teintée de mélancolie et d’espoir, la musique de Silly Boy Blue est superbement portée par cette voix douce et puissante à la fois. Breakup Songs raconte, comme son nom l’indique, les déboires amoureux d’Ana Benabdelkarim, mais pas que. C’est aussi un album qui nous encourage et nous rend plus fort.e. Pour s’exprimer le plus librement possible, Ana Benabdelkarim avait besoin d’un alter ego qui lui corresponde. Et son nom d’artiste n’a pas été choisi au hasard puisque c’est le titre d’une des premières chansons de David Bowie. « Je suis très fan depuis toute petite. Je cherchais un nom de scène, et je voulais que ça ait du sens pour moi. Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est un hommage, parce que ce serait un peu présomptueux de ma part, mais c’est une sorte de clin d’oeil de quand il était tout jeune avec sa guitare et sa coupe au bol, et qu’il n’était pas du tout la méga star flamboyante qu’il est devenu ensuite. Il répète plein de fois « One boy breaks a rule, Silly Boy Blue », et j’aimais bien cette idée de briser les règles. »

Lorsqu’elle était encore adolescente, Ana Benabdelkarim trouvait son échappatoire dans la musique, et elle y puisait également sa force. « Ça m’aidait à fond au lycée parce que j’avais déjà cette grande nostalgie en moi, quelque chose de très sombre, et je n’arrivais pas à savoir pourquoi. C’est grâce à la musique et des chansons que j’ai pu écouter que je me suis dit : « je ne sais toujours pas pourquoi j’ai ce sentiment en moi, mais ça va mieux car je ne suis pas toute seule ». » À travers la musique, la jeune artiste découvre aussi un formidable moyen d’expression. Elle s’inspire de nombreux artistes, comme Lana Del Rey, Daughter, ou encore Joan Jett, mais aussi de B.O de films. « C’est assez fou d’arriver à faire qu’une BO soit presque plus importante que le film lui-même. »

 

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Cette passion pour la musique passe aussi par l’écriture. Très vite elle commence à écrire ses premières chansons vers 13 / 14 ans. « À l’époque, j’ai commencé à écrire sur une peine de cœur… donc ça n’a pas trop changé depuis (rires). Ça m’aide énormément, parce que quand je ne peux pas écrire, c’est très dur de canaliser ce que je ressens. Et quand je prends du temps pour écrire une chanson, je prends aussi du temps pour moi, pour m’écouter. Ce sont des moments qui sont devenus essentiels pour assimiler les sentiments dans ma tête, et pour comprendre un peu plus ce que je vis. »

« C’est très dur de combattre ce syndrome de l’imposteur quand tu as été éduquée toute ta vie à te mettre en retrait par rapport à des garçons »

Ce premier album est aussi une manière de s’affirmer en tant qu’artiste. Et si elle est toujours victime du syndrome de l’imposteur, la jeune femme essaye pourtant de s’en défaire. « Je l’ai complètement ce syndrome, comme pas mal de gens, et pas mal de meufs, que ce soit dans la musique mais aussi dans d’autres milieux. Je m’en rends compte maintenant et j’essaye de le déconstruire. » Une peur irrationnelle de ne pas être à la hauteur dont elle est aujourd’hui consciente, mais ce n’a pas toujours été le cas. Si elle a commencé à écrire des chansons très jeunes, elle n’est pas pour autant monté tout de suite sur scène. « Au lycée, je faisais de la musique et pourtant, j’ai mis du temps avant de sortir de ma chambre et faire un concert. Alors qu’il y avait des mecs qui le faisaient sans problème, qui jouaient à la fête de fin d’année alors qu’ils n’étaient pas forcément très bons. Ce que je trouve génial ! Je dis juste que les mecs ont la chance qu’on ne leur demande jamais d’être prêt à 100%. Ils peuvent se tromper, et c’est ok. Alors que nous, les meufs – dans la musique et dans plein d’autre milieux – j’ai l’impression qu’on nous a mis énormément de barrières. Et en plus, nous-même on s’en met, parce qu’on ne monte pas sur scène avant d’être complètement nickel, avant d’être complètement sûre qu’on ne va pas faire de conneries, parce qu’on sait qu’on peut s’en prendre 10 fois plus dans la gueule qu’un mec qui va faire 15 pains dans le même concert. »

Une remise en question perpétuelle qui n’est pas toujours facile à vivre au quotidien, encore maintenant. « C’est très dur de combattre ça quand tu as été éduquée toute ta vie à te mettre en retrait par rapport à des garçons, par rapport à mes frères, ou mes camarades. Mais aussi par rapport à des ex que j’ai eus et qui se permettaient d’avoir un avis beaucoup plus important que ce que je demandais, parce qu’ils avaient écrit une chanson il y a 5 ans et qu’ils se permettaient maintenant de juger ma musique. Et je me suis rendu compte assez vite que les mecs n’avaient pas forcément besoin de légitimité pour avoir des avis et avoir une place dans la musique. Et là je me suis dit « ce n’est pas ok », parce que j’ai vu des meufs dans mon entourage mille fois plus talentueuses que certains mecs, et qui n’ont jamais rien osé dire parce que pour elles, elles n’étaient pas légitimes. »

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Pour surmonter ce manque de confiance en soi, Ana Benabdelkarim a produit trois chansons de son album, « pour justement essayer de contrer dans ma tête ce sentiment d’imposteur ». Elle essaye de trouver également d’autres « mécanismes pour contrer ça », comme le soutien auprès d’autres artistes féminines. « Ça passe aussi par la sororité qu’il y a avec d’autres artistes. Récemment, Barbara Pravi – que j’admire pour sa musique et pour avoir fait l’Eurovision – m’a dit qu’elle adorait mon album. Et de me dire qu’elle adore mon album, alors que moi je l’ai mise sur un piédestal dès l’instant où elle a sorti son premier morceau, ça me fait un peu compenser. Et ça marche avec plein d’autres nanas de cette scène française. Et quand je rentre chez moi et que je me dis « unetelle a trop aimé mon album alors que pour moi, elle est incroyable », ça m’aide beaucoup. »

« Je trouve que la tristesse n’est pas du tout valorisée, alors qu’en fait, c’est un sentiment qui est nécessaire »

Dans Breakup Songs, on ressent de la mélancolie mais également de l’espoir et une forme de joie. Des émotions que l’on imagine pourtant contradictoires. « Cet album je l’ai appelé « Breakup songs » parce qu’il y a plein d’émotions dans les ruptures : il y a la tristesse, de la colère, de la joie, de l’espoir, du renouveau… et aussi de la mélancolie. Pour moi, un sentiment de joie peut être aussi à moitié triste, et un sentiment de colère peut être aussi à moitié de peur. Et la mélancolie peut être aussi heureuse. Il y a un terme en portugais qui s’appelle « Saudade », c’est une espèce de mélancolie heureuse. Et moi, c’est comme ça que j’écris ma musique. Il y a des morceaux qui sont très tristes, mais il y a toujours cet espèce de mélange, et je pense que c’est très dur d’arriver à un sentiment pur de tristesse, de colère ou de joie. Il y a toujours des petites passerelles à mi-chemin entre plusieurs sentiments. » Pour Silly Boy Blue, il faut accepter les émotions que l’on ressent, et ne pas les rejeter. « Je trouve que la tristesse n’est pas du tout valorisée, ce n’est pas forcément okay de pleurer alors qu’en fait, c’est un sentiment qui est nécessaire. Heureusement qu’il y a des moments où j’accepte d’être triste, parce que sinon j’emmagasinerais tout et ce ne serait pas sain. Chaque sentiment tu l’extériorises, que ce soit en écrivant des chansons, en faisant du sport, en le disant, en pleurant ou en criant… ça veut dire que tu ressens quelque chose. Il n’y a rien de pire que de ne rien ressentir. Être vide d’émotion. Et pour moi, c’est ça qui est terrifiant, ce n’est pas d’être triste ou d’être en colère : c’est de ne rien ressentir du tout. »

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Dans cet opus, les styles s’alternent, entre guitare/voix et morceaux plus arrangés. Un mélange important pour l’artiste qui souhaitait un premier album qui lui ressemble, avec aussi bien des morceaux calmes avec un seul instrument, que des morceaux plus rythmés pour profiter pleinement sur scène. On retrouve notamment « Lantern » qui est une somptueuse ballade en guitare/voix, où son timbre nous prend instantanément. Bien que ce soit la 8e piste, c’est pourtant la toute première chanson écrite de l’album. « J’ai commencé à écrire les paroles en 2013 et je l’ai terminé en 2020. Elle parle de revoir quelqu’un après des années et que chacun a eu des chemins différents, mais pourtant, certaines choses ne changent pas et restent super fortes. Et surtout, parfois, il y a besoin de temps, de 6 ou 7 ans, pour arriver à se comprendre enfin. C’est la première chanson que j’ai commencé à écrire quand je suis partie de chez mes parents, et que j’ai terminé quand j’ai fini l’album quasiment. »

« Riddle » nous incite à lâcher prise quand la personne que l’on aime ne nous correspond plus. Un conseil pas toujours facile à appliquer. « J’écris ces chansons pour me répéter que ça ira mieux et qu’il va falloir passer à autre chose. C’est un peu ma manière de me secouer. Et j’écris ces chansons quand je suis dans des moments de lucidité, où je me sens suffisamment forte, pour justement contre-balancer avec les lendemains où je vais me dire « on va réessayer une dernière fois de le contacter ». C’est vraiment essentiel de profiter de ces moments de « up » pour contrer la suite. »

Si cet album aborde les relations amoureuses, il s’adresse avant tout au public. Avec « Teenager », Silly Boy Blue semble boucler la boucle en écrivant une chanson qui parlera directement aux adolescentes. « Je n’ai pas la prétention de dire que ça aidera des jeunes filles, mais en tout cas j’espère. Moi il y a trop de chansons sans lesquelles je sais pas ce que j’aurai fait. Ou des artistes qui m’ont tellement aidé. Et du coup, je me dis que si cette chanson peut aider une jeune fille à se dire « moi non plus je ne suis pas complètement silencieuse, je suis un peu bruyante et j’ai toujours peur qu’on m’oublie », et bah je me dis que ce sera tout gagné. »

• L’album Breakup Songs en deux-deux … •

Quelle est la chanson la plus rythmée ?
« 200 Lovesongs », celle-là c’est sûr. C’est la plus costaud. (rires)

Quelle est la chanson la plus joyeuse ?
Je pense que c’est « Goodbye », pour les paroles et pour les accords. C’est une des premières que j’ai écrites quasiment que en majeur, alors que je fais tout le temps en mineur normalement.

Quelle est la chanson la plus profonde ?
Je pense que c’est « Lantern » en vrai. C’est celle qui m’a demandé le plus d’introspection.

Quelle est la chanson la plus personnelle ?
« Creepy Girl »

Quelle est la chanson la plus mélancolique ?
« Cecilia Part II »

Quelle est la chanson que vous aimez jouer en concert ?
Il y en a deux. « Teenager » que j’aime trop jouer en live, et « 200 Lovesongs » que j’ai quasiment écrite pour le live.

Quelle est la chanson que vous préférez dans votre album ?
Je peux pas choisir entre tous mes enfants… (rires). Il n’y en a pas une que je préfère, mais celle qui me ressemble le plus en tout cas c’est « Teenager ».

Celle dont vous êtes le plus fier ?
Il y a les trois que j’ai produites et j’en suis fière, donc « Cecilia Part II », « Lantern » et « Creepy Girl ». Mais je suis fière d’avoir réussi à écrire « Be The Clown », parce que c’est un énorme aveu de faiblesse, j’admets vraiment que j’ai été le jouet de quelqu’un pendant plusieurs mois et du coup je suis fière d’avoir osé la mettre sur l’album.

Silly Boy Blue sera en Belgique le 12 septembre 2021 aux Nuits Botanique à Bruxelles.

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