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Woodkid au Ronquières Festival 2021 : « L’image et le son sont mes deux grandes histoires d’amour »

Woodkid : "L'image et le son sont mes deux grandes histoires d'amour"

Woodkid sur scène. | © Ronquières Festival / Chris Photo

Musique

Sept ans après son premier album, Woodkid revient avec S16. Il était sur la scène du Ronquières Festival dimanche pour présenter un show avec une scénographie spectaculaire.

 

Il y avait comme un air de liberté qui soufflait dimanche dernier à Ronquières. Le festival a maintenu son édition 2021 malgré les restrictions liées à la pandémie, et le public était au rendez-vous. Un bonheur de retrouver des concerts pour les spectateurs, mais aussi pour les artistes. C’était notamment le cas de Woodkid – Yoann Lemoine de son vrai nom – qui a présenté un incroyable spectacle, accompagné par un orchestre sur scène, le tout sublimé par une scénographie léchée. Cet artiste complet, réalisateur de formation, mise aussi bien sur la musique que sur le visuel pour proposer un tableau riche et puissant. Un spectacle qui a visiblement conquis le public, qui a repris à tue-tête la mélodie de la dernière chanson « Run Boy Run » – sous les yeux d’un artiste très ému. Avant qu’il ne monte sur scène, nous lui avons posé quelques questions. Rencontre.

 

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Qu’est-ce que ça vous fait de remonter sur scène après autant d’attente ?

C’est très émouvant d’être de retour sur scène. La machine a déjà repris sa vitesse de croisière. Ça fait maintenant deux mois qu’on tourne un peu partout dans le monde, en Europe… Et de voir le monde se réanimer comme ça, c’est très émouvant. Du coup j’en oublie presque sur scène de référencer à ce que l’on a vécu (la longue période de confinement due à la pandémie de Covid-19, ndlr). Je pensais au début que tout allait prendre beaucoup de poids, beaucoup de sens, et en fait, pas tant que ça. C’est aussi ça la magie de la scène, c’est une échappatoire et le monde disparaît pendant un moment. Et en fait je pense assez peu à tout ça quand on est sur scène, et j’espère que les gens aussi oublient un petit peu tout ça.

En octobre 2020 est sorti votre deuxième album S16. Ce n’était pas trop difficile de le sortir à ce moment-là, en plein confinement ?

Ce serait très ingrat de dire que c’était difficile de sortir un album durant le confinement. J’ai de la chance de pouvoir le faire, ça c’est déjà extraordinaire. Je suis quelqu’un de très privilégié à plein de niveaux. J’ai juste essayé de préserver mes équipes, c’était le sujet le plus important pour moi, en particulier mes équipes de tournée parce que tout a été décalé. Et j’ai essayé d’utiliser ce temps pour parfaire le travail qui était déjà en route et de pouvoir se concentrer d’autant plus à la scène quand elle allait arriver.

Dans votre musique, il y a une orchestration que l’on n’a pas l’habitude d’entendre dans la pop. Comment êtes-vous venu avec ces arrangements ? Qu’est-ce qui vous inspire ?

J’écoutais beaucoup de musique de films quand j’étais jeune, et je crois que ça a forcément influencé ma musique. Il y a pour moi avec l’orchestre des possibilités émotionnelles qui sont très larges, et puis c’est un outil qui est très pluriel. On peut faire beaucoup de choses avec un orchestre. Ce n’est pas simplement un arrangement de cordes, ou juste un support, ça peut être une matière en fusion, ça peut être une matière très contemporaine, ça peut être un pulse… ça peut être beaucoup de choses que l’on n’imagine pas, et ça, ça me plaît beaucoup. J’ai encore énormément à apprendre, et à chaque session d’orchestre j’apprends un peu plus à m’en servir.

Et donc sur scène, il y a toujours un orchestre qui vous accompagne ?

J’ai mon quintette, qui est un peu le noyau dur, qui est là tout le temps avec moi. J’ai cinq musiciens extraordinaires – un violon, un alto, un violoncelle, une clarinette basse et un trombone –, qui sont eux-mêmes des instrumentistes très versatiles, donc qui peuvent vraiment porter le son et lui donner une qualité très particulière quand j’en ai besoin. Et autour de ça, j’ai une formation plus électronique. Et c’est vraiment la rencontre des deux qui crée l’esthétique de ma musique.

J’ai envie que ma musique soit au service de quelque chose de plus large

Quand vous produisez votre musique, est-ce que vous pensez déjà aux clips ou aux concerts ?

Oui, tout le temps. J’ai envie que ma musique elle soit aussi au service de quelque chose de plus large que simplement une musique d’album. J’ai toujours envie que ce soit une musique qui puisse prendre des trains différents. J’aime bien dire ça, qu’elle puisse être mise à l’image, qu’elle puisse être le support d’un événement, qu’elle puisse être quelque chose de très pluriel.

Comment naissent vos clips ? Les images vous viennent directement en tête quand vous créez une musique ?

Il y a des mondes, des univers, des esthétiques, des concepts, des idéologies qui sont là, très vite. Après je peaufine beaucoup une fois que la musique est là. Je fais rentrer dans cet univers-là une histoire, un casting, un repérage, un endroit, une image, une texture, une couleur, une lumière… tout ça vient par la suite. Et puis il y a aussi la magie de la préproduction, on rencontre des gens qui nous amènent des idées, et tout ça fait murir le projet. Donc non, je n’ai pas une idée extrêmement précise de ce que va être le clip d’une chanson, mais j’ai son univers et l’idéologie.

Est-ce que vous pouvez me parler justement du clip de « Goliath » qui est très impressionnant ?

J’avais envie de machines un peu titanesques, j’avais envie de raconter la folie humaine dans ce qu’elle a de fascinant et d’effrayant. Mais très vite, j’ai eu l’impression qu’il y avait quelque chose de rotatif dans cette percussion qui rythme le morceau. Et en faisant les repérages de sites industriels, je suis tombé sur ces excavatrices en Europe de l’Est, et j’ai fini par choisir de tourner autour de ces machines-là parce que j’ai trouvé qu’elles racontaient le mieux cette chanson et ce que j’avais besoin de raconter autour de cette chanson.

Le visuel a énormément d’importance dans votre travail, vous dites même que c’est 50/50 avec la musique.

Oui parce que à la base je suis réalisateur, c’est mon métier. Ce sont mes deux grandes histoires d’amour, l’image et le son. Et il n’était pas question d’abandonner l’un ou l’autre dans ma vie, donc j’ai trouvé l’endroit où je pouvais me permettre de mélanger les deux, et que ça devienne un peu mon ADN. Ce sont des choses que l’on voit beaucoup dans l’art contemporain, où des artistes dans l’espace muséal se permettent d’associer le son et l’image. C’est quelque chose que j’essaye de faire mais à mon échelle sur scène, dans mes films, dans mes clips.

Vous avez été le directeur artistique de Pharrell Williams pour le clip « Happy », mais aussi le réalisateur de « Teenage Dream » de Katy Perry, et bien d’autres. Ça vous plaît de travailler pour d’autres artistes ?

Bien sûr. C’est ma nature. Quand on est réalisateur de clips, on est souvent au service d’autres artistes, ça fait partie de mon ADN.

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« Iron » avait été utilisée dans Assassin’s Creed. Est-ce que ça vous plairait de créer de la musique pour un jeu vidéo ?

Oui, c’est un sujet qui m’intéresse beaucoup. Il y a eu plusieurs collaborations avec le monde du jeu vidéo. J’ai moi-même travaillé dans le jeu vidéo pendant longtemps en tant que graphiste. C’est quelque chose qui m’intéresse et c’est possible qu’il y ait des projets qui viennent par la suite autour de ça. Il y a des choses très concrètes qui arrivent et des choses que j’aimerais faire.

Vous avez fait la musique prologue des JO de Tokyo, pour annoncer la passation aux JO de Paris qui auront lieu en 2024. Comment c’était de travailler sur ce spot ?

C’est extraordinaire. C’est une collaboration qui – pour moi – est un rêve d’enfant : j’ai toujours été passionné par les valeurs de l’olympisme. La cérémonie d’Albertville en 1992 est quelque chose qui m’a beaucoup marqué quand j’étais jeune (Yoann Lemoine est originaire de la banlieue de Lyon, ndlr). C’est un événement qui permet artistiquement de créer des œuvres assez maximalistes et qui en même temps racontent l’humanité et le monde. Et pour moi c’est ça le grand enjeu de l’olympisme, d’un point de vue artistique : c’est d’utiliser le véhicule du sport et de la cérémonie comme un véhicule à parler de son époque. C’est une grande rencontre de l’humanité, ce sont des vrais moments qui sont censés parler d’union et de diversité, et ça, ce sont vraiment des thèmes qui me bouleversent.

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