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AaRON : « La musique ne doit surtout pas rester figée »

AaRON : "La musique ne doit surtout pas rester figée"

Olivier Coursier (au clavier) et Simon Buret (au chant), le 15 août 2021 au Ronquières Festival. | © Vincent Dufrane

Musique

Nous avons discuté avec le groupe de leurs retrouvailles avec le public et de l’esthétisme de leurs clips. Interview.

 

Révélé en 2006 avec leur tube « U-Turn (Lili) », le groupe de pop-électro français AaRON a su se constituer au fil des années une solide base de fans. Présents à chaque rendez-vous, ils étaient en nombre dimanche dernier au Ronquières Festival. Dans un décor poétique et rempli de légèreté, le groupe a repris ses tubes et a fait découvrir ses nouveaux morceaux. Repoussé à cause du premier confinement, leur quatrième album Anatomy of Light est finalement sorti en septembre 2020. Comme à son habitude, le duo alterne entre musiques électroniques rythmées et chansons poétiques plus douces. Un subtil mélange qui reste efficace. Rencontre avec Simon Buret et Olivier Coursier.

Après cette longue attente, comment se passe la reprise des festivals cet été ?

Simon Buret : Ça a été une surprise merveilleuse. En fait, on ne savait pas du tout comment on allait apprécier ça. Comme pour tous, c’est une grande première de sortir un album et de le décaler une fois, deux fois, trois fois… et de se demander « est-ce qu’on va y arriver ou pas ». Surtout quand on a été un groupe apprécié…

 

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Vous ressentiez une attente du public ? Vous en aviez peur ?

Simon Buret : Oui, mais du coup il y a un isolement d’autant plus fort quand on sait ce que ça pourrait être, et ce que ça a été.

Olivier Coursier : Il y avait une partie virtuelle qui prenait beaucoup trop de place. Quand on fait un album, on le fait vraiment à deux, pendant plusieurs années. Mais à un moment donné, on sent que la création est terminée. Et il faut la partager, sinon ça ne sert à rien.

Simon Buret : Et la surprise fut d’autant plus grande de voir les gens au rendez-vous et tous ces concerts complètement dingues. Enfin, ce qu’on vit en ce moment, c’est assez surprenant et merveilleux.

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Votre album a été décalé à cause du confinement, comme s’est passé cette période pour votre création artistique ?

Simon Buret : On a eu cette chance de rester très créatifs Olivier et moi. Et je crois que c’est ce qui nous a sauvés. C’était plus la sortie de confinement qui a été compliquée pour nous, parce que d’un coup, il a fallu reprendre des trains qui avaient été lancés et qui roulaient tout seuls. Je ne sais pas si on s’en est tous vraiment remis, physiquement dans l’action, mais là tout le monde commence à digérer l’émotion. Aujourd’hui, c’est le premier concert sans masque, c’est le premier gros festival en Belgique, et on est ravis de faire partie de ça. Quand on voit l’affiche qu’il y a avec nous, ce sont des groupes que j’aime beaucoup et c’est beau de faire partie de ce mouvement de vie commun.

Justement, durant le confinement, vous avez notamment sorti une reprise de « I Wanna Dance With Somebody ». Ça vous a permis de vous évader un peu ?

Olivier Coursier : Ça nous a permis de tenter d’autres choses surtout. C’est vrai que les reprises, on n’en fait pas souvent, et là on avait envie de tenter l’aventure en transformant des choses existantes.

Simon Buret : Il y avait ce sujet tellement évident de la peau de l’autre qui manquait. Et Olivier avait cette idée de chanter du Whitney Houston depuis longtemps.

Olivier Coursier : (rires) Je voulais prendre le contre-pied, il y avait autre chose à faire.

Simon Buret : Je suis quelqu’un qui sort beaucoup, qui danse beaucoup (Olivier aussi d’ailleurs). Enfin voilà, une vie urbaine active. Et tout à coup, cette phrase simple de « I wanna dance with somebody » (je veux danser avec quelqu’un, ndlr) quand plus rien n’existe… Il y avait la Seine qui était montée en crue, l’eau sortait de son lit, il y avait de la neige, on était dans ce moment assez merveilleux. Et c’est là où Paris devient une carte postale aussi, l’hiver comme ça dans des moments précieux, quand les arbres sont dans l’eau. Et tout à coup, on s’est dit « tiens, on va filmer ce clip-là, on va chanter cette chanson-là ». Ça résonnait parfaitement, le silence cathédral qui régnait dans toute la ville, et ces phrases-là. Et voilà, ça nous a permis de faire ce genre de choses. On a eu d’autres moments fantastiques, comme de pouvoir tourner le clip de « The Flame » dans le Musée Bourdelle : avoir un musée juste pour nous deux, avec des monuments en face de nous…

Comment vous est venu l’idée de tourner cette version piano-voix dans ce musée ?

Olivier Coursier : « The Flame » est une chanson entourée de beaucoup de sons électroniques et on voulait aller à l’inverse de ça. Avoir une version ultra épurée. On compose beaucoup comme ça en fait, c’est-à-dire qu’il faut que les versions tiennent juste au piano-voix ou guitare-voix. Pour nous c’est une manière d’avoir le cœur du morceau.

Simon Buret : La volonté de faire « The Flame » en piano-voix, c’était aussi pour la boucle de l’album. Anatomy of light commence avec « The Flame », qui est comme un craquement d’allumette, la première étincelle. Ça parle du feu, de la première rencontre, de ce qu’il va se passer entre deux personnes juste avant cette seconde-là de possibilité. Et de terminer l’album avec la même chanson en piano-voix, c’était vraiment l’allumette cramée, ce qui reste de cette allumette statue, comme Giacometti. Tout le propos était là : dans le chemin de l’allumette et du feu. C’est ce qui nous importe, de raconter « l’après ». Ensuite, pour le mettre en lumière, en clip, de pouvoir tourner à Bourdelle devant le Centaure mourant qui avait inspiré beaucoup de cet album, ça nous permettait de raconter encore une autre couche de lecture. C’est ce qu’on fait un peu dans tous les clips d’ailleurs. On cherche à rajouter une couche de lecture à nos morceaux, emmener les gens un peu plus loin. Ne pas juste faire un outil promotionnel, raconter un peu de poésie en plus.

Vous avez repris d’autres chansons comme « Shades Of Blue » de votre précédent album. Ça vous procure quoi de refaire vos propres morceaux en piano-voix ?

Olivier Coursier : C’est une autre émotion alors que c’est le même morceau, et que ça veut dire exactement la même chose, mais c’est une autre lecture. C’est hyper important pour nous : la musique ne doit surtout pas rester figée. C’est comme une matière vivante, c’est plusieurs couches que l’on peut enlever ou ajouter. Et il faut s’amuser avec ça. On a des morceaux qui datent du premier album (en 2007, ndlr) que maintenant on a remodelé avec ce que l’on est et ce qui nous correspond aujourd’hui.

On voit que vous accordez beaucoup d’importance à vos clips. Comment vous viennent ces idées ?

Simon Buret : Ça vient de nous deux. On est assez bordélique dans nos cerveaux. On réalise nous-mêmes nos clips, on les monte nous-mêmes, même l’étalonnage … Alors on fait appel à des gens à chaque fois pour nous aider à réaliser la chose, mais il y a tellement de possibilités. Une chanson c’est avant tout une série d’images qui arrive dans l’invisible de l’auditeur, et c’est ça que l’on cherche à pousser. C’est un trait, une émotion.

Pour le clip d’« Ultrarêve », vous avez fait appel à Jean-Claude Van Damme. Comment ça s’est passé la rencontre, l’idée… ?

Simon Buret : Le « monument national » ! (rires) Jean-Claude était l’un de nos auditeurs depuis quelques années et on avait déjà eu des petits rendez-vous téléphoniques avec lui. Et au moment de faire « Ultrarêve », on cherchait un ambassadeur de ces paroles (comme pour le troisième album où on avait fait appel à John Malkovich). « Ultrarêve » raconte que l’on est tous une somme d’erreurs et qu’il faut oser manger ses démons. Il faut s’accepter. On ne sera jamais cette perfection d’Instagram, tout le monde a des combats invisibles ou visibles. Voilà, on est une somme d’erreurs, et c’est peut-être ça la perfection. Chacun a sa place, en gros.

L’important pour nous, c’était de ne pas schématiser ça en une phrase un peu simpliste. Jean-Claude, c’est un des rares à avoir ce statut d’icône qu’on accorde à un humain. Et l’icône pour moi (comme l’est Tina Turner et d’autres monstres sacrés), c’est avant tout des gens qui ont eu des vies tellement écorchées, c’est des « plus plus » dans tous les niveaux quoi. Jean-Claude est ce phénomène de muscles, de force, de beauté, d’invincibilité inouïe, et en même temps, il est plein de faiblesses et de fragilité. Et je pense que c’est pour ça que les hommes et les femmes l’aiment à ce point-là. Donc on s’est dit : si on prend un chef d’orchestre comme ça, si cet ambassadeur-là prend ces paroles et qu’il dit « N’aie pas peur / Y a pas d’erreur », on le suivra. Les gens comprendront le message si on arrive à le mettre en porte-drapeau.

Le clip ensuite c’était de faire partir Jean-Claude d’un endroit ultra-urbain, ultra-humain, loin de la nature, et d’emmener des gens aussi loin que cette liberté-là, où il fait danser les vagues. Parce que si lui fait danser les vagues, toi aussi tu peux.

AaRON sera le 19 octobre à La Louvière et le 3 novembre à l’Ancienne Belgique

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