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Pomme a renoué avec la Belgique lors du Ronquières Festival: « Mon ambition c’est de continuer à faire perdurer mon public »

interview pomme ronquières

S’aimer sois-même, sa quête personnelle. | © Belga image

Musique

Le Ronquières Festival, le premier événement musical « grandeur nature » depuis le début de la crise sanitaire, a fait vibrer le coeur de milliers de festivaliers. Sous un soleil radieux, Pomme a retrouvé le public belge lors d’un show tout en douceur.

 

Ce samedi 14 août a été marqué par des retrouvailles musicales, entre les artistes et le public, placées sous le signe de la sécurité, puisque chaque participants devaient être munis de son précieux covid safety ticket. Un événement qui a rencontré le succès escompté et qui a même encouragé les autorités à revoir les règles en vigueur dans le secteur de l’événementiel. Comme nous vous l’expliquions hier à l’occasion d’un nouveau Comité de concertation.

Parmi les artistes à l’affiche de ce festival pas comme les autres, on a pu apercevoir Pomme. La chanteuse française a pu renouer avec le public belge après plus d’un an et demi d’absence. Lors d’un entretien exclusif pour Paris Match Belgique, la jeune femme de bientôt 25 ans, récompensée aux deux dernières Victoires de la Musique, est revenue sur son dernier album, Les failles cachées. Membre d’une nouvelle génération où les tabous n’existent plus, Pomme se sent porteuse d’une mission en tant qu’artiste.

Dès la couverture de ton album on comprend que tu nous emmènes dans un univers presque mystique. Où as-tu trouver cette inspiration ?

J’ai collaboré avec une illustratrice canadienne, Ambivalente be yours, que j’ai découverte sur Instagram. Dès que j’ai vu ses dessins j’ai compris que l’approche de son art était assez similaire avec le mien. Il y a quelque chose d’assez glauque et en même temps d’assez sensible avec des couleurs très douces. C’est un parallèle que j’ai également dans ma musique. On a travaillé sur plein de dessins et finalement on a opté pour un avatar de moi, que l’on a décliné en plusieurs versions. J’avais envie que le dessin me ressemble un peu, mais surtout qu’il soit une ouverture sur l’album et qu’il donne envie aux personnes de découvrir ma musique.

Tu abordes dans cet album plusieurs sujets assez sombres, dont la mort. N’est-ce pas un peu trop osé ?

Pour moi ces sujets sont justes nécessaires. J’avais besoin de les traiter pour me sentir mieux car cet album je l’ai vraiment composé pour moi dans un moment où j’avais besoin d’aller au plus profond de moi. C’était une thérapie. La mort est l’un des sujets qui me préoccupe le plus et donc naturellement je l’ai abordée, tout comme l’anxiété ou encore l’amour.

Te mettre à nu de la sorte face à ton public, n’augmente-t-il pas finalement ton sentiment d’anxiété ?

Et bien non, car je pensais justement que personne ne l’écouterait. Quand j’ai composé ces chansons je n’avais pas vraiment de public, je l’ai fait pour moi et je n’envisageais pas qu’il puisse y avoir autant de personnes qui écoutent mes textes. Une fois que le succès a été au rendez-vous je n’allais pas faire marche arrière. Les chansons étaient écrites et finalement c’est très bien.

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Cela te fait quoi de pouvoir remonter sur scène après autant de mois d’absence en raison de la pandémie, et surtout ici à Ronquières en Belgique ?

Je suis hyper contente d’être en Belgique. Je n’avais plus joué ici depuis mars 2020, donc avant le coronavirus. Il fait super beau, le cadre et génial et je suis ravie de pouvoir renouer avec le public belge, qui est très spécial.

Tu es connue pour tes prises de position, tu as notamment été portée par le mouvement Musictoo. Est-ce que cela ne te fatigue pas à la longue que l’on t’associe à une militante ?

Franchement, je m’en fous, je pense que c’est positif même. Je préfère être une militante plutôt plutôt que quelqu’un qui ne s’engage en rien. Aujourd’hui, il y a tellement d’urgences à tellement de niveaux. Il est justement temps d’agir, mais le problème c’est lorsque les gens ne parlent plus que de tes prises de parole et non plus de ta musique. Donc, je dois parfois centraliser l’attention sur mon art. Mais je n’arrêterai jamais de prendre position socialement parlant sur ce qui se passe dans le monde et sur les sujets qui me tiennent à coeur, comme la condition des femmes. La médiatisation que je connais aujourd’hui me convient parfaitement.

©D.R.

Est-ce que tu as compris cette attention soudaine qui a été portée sur ta sexualité ?

En fait je n’en ai jamais parlé ouvertement, j’ai juste abordé le sujet dans mes textes. Je comprends parfaitement que cela attire l’attention des gens et que certains puissent s’identifier. Je pense que la représentation et les exemples sont hyper importants. J’aurais aimé étant plus jeune avoir ce genre de chanson qui relate une histoire d’amour entre deux femmes. Mais l’interprétation médiatique c’est autre chose. En France, le journalisme ne donne pas beaucoup de place à ce sujet. Directement, cela prend tout de suite d’énormes proportions et cela fait polémique, cela devient presque malsain. Alors que selon moi, cela devrait avoir la même attention que les autres sujets. Quand les personnes sont homosexuelles, transgenres ou encore bi c’est important de les nommer, il faut que l’existence des personnes queer existe. J’ai appris à vivre avec ça. Ma manière d’occuper l’espace médiatique sur ces sujets c’est à travers ma musique, je n’ai pas besoin d’aller plus loin.

Tu es très présente sur les réseaux sociaux, comment arrives-tu à les gérer au quotidien ?

Honnêtement, je supprime Instagram hyper souvent de mon téléphone, sinon je passe trop de temps sur l’application et c’est hyper oppressant. Maintenant j’y vais juste dans un but précis, mais je ne passe plus de temps à scroller ou à observer la vie des gens, je trouve ça juste affreux.

Que peut-on te souhaiter pour l’avenir ?

Déjà plus de pandémie, pour pouvoir sortir un troisième album dans des circonstances complètement différentes. Pouvoir retrouver les plaisirs du live sans incertitude, sans l’interdiction de se rassembler. Pouvoir écrire un nouvel album qui me ressemble et me reconnecter avec moi-même et le public sans me mettre trop de pression. Je vais aborder certains sujets plus en profondeur. Je ne sais pas encore exactement où ce projet va me mener, mais je vais continuer à aborder des sujets sensibles. J’ai envie que ma musique reste vraiment moi et c’est d’ailleurs pour cela que je ne pense pas faire de featuring à l’avenir.

Mon ambition c’est de continuer à faire perdurer mon public. J’aimerais le retrouver dans dix ans avec toujours plus de monde, me tourner même vers la scène étrangère et partager ma musique sur scène. J’aimerais faire passer un message: s’aimer sois-même et avoir confiance pour faire ce que l’on a envie dans la vie sans tenir compte du regard des autres. C’est vraiment ma quête personnelle.

 

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