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Girls in Hawaii : « Le public vient nous voir comme on aimerait revoir de vieux potes »

Girls in Hawaii : « Le public vient nous voir comme on aimerait revoir de vieux potes »

"Entre nous on ne triche pas, on est vraiment potes." | © Olivier Donnet

Musique

Pour leur retour sur scène, nous avons rencontré le groupe belge – toujours aussi populaire – Girls in Hawaii.

 

Il y a des retrouvailles qui sont plus mémorables que d’autres. Après deux ans sans concerts, le groupe belge Girls in Hawaii s’apprête à retrouver son public samedi à Lessines. Un retour qu’ils attendent avec impatience, même si c’est presque « un peu intimidant ». Girls in Hawaii, c’est 20 ans de musique indie-pop qui a propulsé le groupe comme l’un des plus connus du pays. Avant leur retour sur scène, nous avons pris le pouls avec l’un des cofondateurs du groupe, Lionel Vancauwenberghe.

Vous revenez sur scène pour plusieurs dates, mais vous ne présentez pas de nouvel album. Est-ce que vous vous êtes préparés d’une manière différente pour cette reprise ?

Il y a eu déjà un changement un peu structurel dans le groupe, parce que François Gustin (le claviériste) est parti du groupe pendant la période du Covid. Donc on se redistribue pas mal les rôles sur scène, c’est un peu les chaises musicales. On prendra le clavier chacun à notre tour. Donc il y a un truc un peu plus « jouette », parce que bon, on n’est pas tous méga bon au piano (rires). Et on retrouve un peu ce qu’il y avait au début, peut-être un peu plus désinvolte, moins grosse machine. On retrouve beaucoup de fun là-dedans.

Et c’est quelque chose dont vous aviez particulièrement envie, de retourner à vos débuts sur scène ?

Ce n’était pas un but, mais comme de fait on a perdu notre claviériste, on a tout de suite vu l’avantage de retrouver ce côté plus « en danger ». Et parfois, quand il y a du danger, il y a du plaisir aussi.

Créer, ça comble un trou, ça évacue des angoisses.

Comment vous avez vécu le confinement dans le groupe ?

On a eu de la chance car on était hors activité, on venait de finir une tournée. Je me souviens que l’on a beaucoup pensé à tous les groupes qui s’apprêtaient à partir, à pas mal de potes, les jeunes groupes aussi. Parce que la musique c’est toujours une question de moment, et à un moment il faut y aller. Donc nous on s’estimait heureux par rapport à ça. Après c’est clair que l’inquiétude elle a augmenté au fur et à mesure parce qu’on voyait que ça changeait vraiment en profondeur tout le panorama musical. Beaucoup de potes à nous ont décidé d’arrêter parce que c’était plus tenable financièrement. On se demande encore aujourd’hui s’il y a une habitude qui a été changée, autant dans le public que dans le secteur, qui sont beaucoup plus frileux.

Est-ce que vous pensez que la scène belge sera différente à la sortie de cette période Covid ?

C’est dur à dire, mais je pense que s’il y a une reprise plus correcte, ça va revenir. Il y aura de la frustration qui va s’évacuer dans l’art, dans la création, c’est sûr. C’est la fonction même de l’art : créer, ça comble un trou, ça évacue des angoisses. Donc je suis sûr qu’il y aura des gens qui auront envie d’exprimer plein de choses par rapport à ça. J’espère vraiment que ça va créer un rebond artistique.

Est-ce que l’actualité vous intéresse ? Est-ce que ça vous inspire d’une manière ou d’une autre dans votre musique ?

On l’a fait un peu sur le dernier disque Nocturne. Une chanson parlait de Lampedusa, des migrants, parce que c’est un moment où ça nous touchait fort en tant que jeunes papas. C’est un truc que l’on ne faisait pas avant. Mais pour le futur, ce n’est pas quelque chose qu’on va retenter je pense, parce que c’est dur à faire cohabiter avec de la pop. Il y a peu d’espace dans notre type de musique pour ne pas sonner naïf, surtout qu’on adore l’anglais pour la sonorité, mais qu’on ne le maitrise pas à 400%. Donc c’était vraiment une super expérience, mais on va privilégier maintenant le côté un peu rêveur plutôt que le sens.

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Vous pouvez me parler un peu plus de votre album qui est en cours de préparation ?

On est toujours en phase d’écriture. Avec le Covid, ça n’a vraiment pas été agréable au niveau créatif. J’ai écouté beaucoup de vieux trucs, j’ai lu des bouquins que j’avais déjà lus, vu des films que j’avais déjà vus… Et je sais que pour Antoine (Wielemans, autre cofondateur du groupe, ndlr) c’était pareil. C’était vraiment une pause, où on était plus dans l’instant présent. Je n’arrivais pas à me projeter sur des chansons. Là, c’est revenu parce qu’on recommence à voir des gens. Mais je pense être retourné à quelque chose de plus simple, de plus « fait à la main » comme on faisait au début, de plus pop, de moins grave. Il y a quelque chose de plus léger.

Si tu adores ce que tu fais, je crois que ça se transmet aux gens

Quand vous testez sur scène, vous jugez en fonction de la réaction du public ou en fonction de vous ?

Sans doute un peu des deux, mais probablement qu’on veut se rassurer, nous. C’est important de voir que tout le monde dans le groupe est encore bien dans le projet et qu’on prend une direction qui a l’air ok pour tout le monde. Dans le meilleur des cas, tout le monde adore, mais ce n’est pas si évident. Je pense que si tu adores ce que tu fais et qu’il y a du coup de l’amusement et de l’envie, je crois que ça se transmet aux gens.

Avec Antoine vous écrivez les chansons. Comment ça se passe la création ?

On est tous les deux complètement séparés. On en parle un peu, et on se connaît très bien depuis très longtemps. Ça peut arriver qu’il me téléphone et qu’il me dise : « on fait une chanson aujourd’hui, on s’envoie ça à 17h ». Parfois on se donne un thème, ça peut-être une photo ou autre chose, et à 17h on voit ce que l’on a fait. Donc il y a un petit jeu comme ça. Ce qui est génial de travailler avec Antoine, c’est qu’il y a toujours quelque chose qui match. Donc il y a toujours une grosse ébauche que l’on fait dans notre coin, et après les autres membres du groupe font un travail en studio, où ils peaufinent les idées. C’est ce qui fait que les Girls c’est très reposant : parce que tu n’es pas tout seul.

 

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Vous avez tous des projets à côté du groupe. Comment vous faites pour allier ça et le travail pour Girls in Hawaii ?

On laisse de plus en plus de place pour les projets séparés du groupe. Antoine sort son disque solo dans quelques mois. Daniel a fait de la musique de série. Moi je travaille pas mal en cinéma et en théâtre. Je fais de la musique pour la série Ennemi public. Et du coup on aménage l’agenda autour de ça. C’est une liberté qu’il n’y avait pas avant. C’était vraiment tout pour le groupe, et ça créait plutôt des engueulades (rires). Et puis maintenant, il n’y a plus ça. Pour que ce soit vivable, il faut qu’on laisse la possibilité de s’exprimer de son côté.

Ça vous permet d’expérimenter autre chose ?

C’est vraiment un truc que j’adore, travailler pour le cinéma. Ça permet beaucoup plus de libertés je trouve. Et musicalement, c’est vraiment une récréation. Il y a beaucoup de choses à expérimenter, et puis ce n’est pas un projet que je porte sur mes épaules non plus. J’essaye d’amener quelque chose de plus particulier, je suis moins doué pour de la commande très précise. C’est vraiment comme une continuité de ce que je fais pour les Girls, mais pour le cinéma. Je plaque un peu mon univers. Mais je n’ai jamais ressenti le besoin de me lancer en solo, parce que je me sens suffisamment libre en fait dans les Girls.

C’est rassurant de savoir qu’il y a un public et qu’ils sont fidèles

Votre première date au Botanique est complète, au point d’avoir programmé une deuxième date. Qu’est-ce que ça vous fait de voir un public toujours aussi fidèle ?

Ça nous a longtemps étonné, parce qu’il y a mille raisons pour lesquelles ça ne devrait pas être comme ça. Les gens changent… Mais on a remarqué que notre premier disque a fait pour beaucoup. Pour pas mal de gens, ça a installé une atmosphère : il y a un truc nostalgique, mélancolique. Donc souvent, ils aiment bien se replonger là-dedans. Et en fait c’est un peu se revoir comme on aimerait revoir de vieux potes.
Mais là, avec le Covid, on n’était pas du tout sûr : est-ce que ça a définitivement changé tout ça ? Et en fait non. Donc c’est clair que dans la pratique, dans ce que je fais tous les jours, ça me rassure. Ça me porte souvent aussi. Je me dis, c’est vraiment un coussin sur lequel je peux me rassurer. C’est parfois un peu flippant de commencer sa journée et de se demander ce que tu vas faire. T’es tout seul : parfois ce n’est pas motivant, parfois c’est carrément déprimant. Et donc c’est toujours un truc dans un coin de ma tête qui est rassurant, de savoir qu’il y a un public et qu’ils sont fidèles. C’est chouette vraiment.

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Et comment vous expliquez la longévité du groupe ?

Je crois qu’il n’y a pas eu beaucoup de tricherie par rapport à ce que l’on a proposé. On n’a pas toujours joué le jeu d’être les plus flamboyants, parce qu’on ne se sentait pas de le faire. Donc je crois qu’il y a toujours eu cette sincérité, qui donnait aussi de la fragilité parfois. On détonne des produits plus calibrés.
Et entre nous on ne triche pas, on est vraiment potes. On ne repart pas tous après un concert chacun dans notre coin. Il y a toujours ce truc qui nous lie : on est vraiment des amis à la base. Et donc même quand il y a des doutes ou quand ça se passe moins bien, on est toujours souriants et contents de se voir. En fait je crois qu’on a fait ça pour des bonnes raisons et ça se ressent, peut-être. J’espère en tout cas.

Est-ce que vous avez déjà une date en tête pour la sortie de l’album ?

Non pas encore. Ce sera un des sujets de discussion de la semaine. Comme on a déjà sorti 4 disques, il ne faudrait pas sortir celui de trop. Il faudrait vraiment du travail, de la qualité, de l’ambition artistique, essayer de faire vraiment quelque chose de bien. On n’y arrive peut-être pas toujours, mais il y a toujours cette envie. C’est un peu triste les groupes qui ont beaucoup de disques et on sent qu’ils ont un peu fait le tour.

Vous faites comment justement pour ne pas vous répéter ?

C’est vraiment de la recherche. On essaye des choses, et parfois, il y a juste ce petit truc qui est suffisamment différent pour qu’on parte l’explorer. Chez nous, c’est des tout petits changements ; on est un groupe de petits changements, il n’y a jamais eu d’évolution. Il y a un fil que l’on tend depuis nos débuts, qui n’a jamais été coupé. Peut-être que pour certains, c’est un peu chiant, parce qu’ils trouvent qu’on tourne toujours autour du même truc, mais pour d’autres pas du tout, et c’est toujours une exploration qui est fidèle.
Et c’est aussi le résultat d’un compromis entre 5 personnes. La question de la répétition se pose vraiment, parce que fatalement on est toujours un peu dans le même bois, et plutôt que d’essayer d’aller trouver une plus grande forêt, on est toujours en train de scruter notre petit bois avec nos lampes de poche, et du coup, on commence à triper sur tous les détails… C’est une façon de faire qui nous est propre.

Girls in Hawaii sera le 28 août à Lessines, le 4 septembre à Louvain La Neuve, le 11 et 12 septembre au Botanique à Bruxelles, et le 21 octobre à Namur.

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