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Barbara Pravi : Regardez-là !

"Sur scène, je suis comme possédée, habitée par ce que chante, et j’en ressors vidée"... nous explique l'interprète. | © Olga Andriese

Musique

Il aura fallu d’un soir d’Eurovision pour que les compteurs émotionnels s’enflamment aux quatre coins de la planète. Pourtant, Barbara Pravi, tenace, trace sa route depuis plusieurs années. Auteure-compositrice-interprète, la « Voilà » dans la lumière. Éclatante mais pas aveuglante.


Elle a composé pour bien d’autres, de Yannick Noah à Chimène Badi, et connaissait déjà bien les contours du Concours de la Chanson pour en avoir écrit certains titres. Mais à 28 ans, la voix affirmée et le geste vibrant, Barbara Pravi impose son style. Et se positionne pour le droit à l’affirmation de toutes les femmes. A la fin de cet entretien, concours pour vous permettre de remporter un album de Barbara Pravi !

Paris Match. Ce premier album est-il comme un hymne à la liberté ?
Barbara Pravi. Exactement, il est le fruit de 6 ans d’introspection d’une petite nana qui apprend à se poser les bonnes questions et à faire les bons choix, à devenir une femme, en tout cas celle que j’ai envie d’être. J’ai appris que la liberté se situait à l’intérieur de moi et que je pouvais la trouver en détruisant mes peurs. Il fallait en finir avec la crainte du regard des autres. Une chanson comme « Voilà » assume celle que je suis aujourd’hui. Mais le diptyque des titres « La Femme » et « Mes Maladroits » expose aussi ma réflexion féministe. Je suis ici et accompagnez-moi si vous le désirez. Cet album est l’histoire d’une rencontre avec le public, un truc 100% brut. Je déteste tricher.

Était-il temps de défendre vos propres mots ?
J’ai beaucoup écrit pour les autres mais écrire pour moi est un exercice très différent, j’essaye de mettre, le plus précisément possible, des mots sur mes émotions. Je tape la pierre pour en sortir ce qui brille plus à l’intérieur de moi. Je ne peux donc travailler qu’avec des gens qui me comprennent parfaitement et sont capables de mettre leur ego de côté, d’accepter le fait que j’aurai de toute façon le dernier mot. Mais je suis pour l’échange et le dialogue constructif. Comme dans la vie, je ne supporte plus qu’on m’impose quoi que ce soit mais suis ouverte à la confrontation d’idées. J’ai besoin du regard de l’autre mais c’est moi, c’est ma vie que je livre dans mes chansons.

Revendiquez-vous une rage teintée de douceur ?
Je cherche toujours à atteindre un équilibre, même s’il est difficile à trouver. Les extrêmes me font peur. Je pense que tout humain tend vers cela, la quête de nos forces personnelles pour les utiliser au mieux. Par exemple, la colère est un défaut quand elle emporte tout mais utile quand elle est saine et nous pousse à refuser ou à s’opposer.

Le refus

Un jour, vous avez dit « non » à une situation qui n’était plus acceptable. Cette étape a-t-elle été décisive ?
En fait, j’ai toujours eu beaucoup de caractère. Mais un jour, j’ai compris l’influence négative qu’avaient sur moi certaines personnes et j’ai enfin refusé qu’on contrôle qui j’étais. Je m’affirmais de plus en plus mais, professionnellement, j’avais peur et m’en remettais à ceux qui me semblaient connaître le métier. Pourtant, créer est le domaine où vous devriez vous sentir le plus libre au monde. Mais je suis tombée, à mes débuts, sur des gens qui ne pensaient que business et ne voyaient en moi qu’un produit à façonner, des gens débiles qui ne pensaient qu’au fric et à mon apparence. Du coup, je me sentais complètement illégitime tout en étant sûre que je voulais faire de la musique. Beaucoup d’artistes ne se relèvent pas de ce genre de rapport destructeur, notamment les nanas. Durant 3 ans, j’au cru que je n’existais que grâce à eux. Mais quand le déclic se fait, tout bascule. Le jour où on dit « non », c’est comme si on entendait pour la première fois le son de notre voix. J’ai pris le droit de poser mes limites. Bien sûr, on peut rechuter mais jamais je ne reviendrai en arrière et n’accepterai qu’on m’humilie encore. Je suis désormais consciente de mes qualités comme de mes défauts.

« Je tape la pierre pour en sortir ce qui brille plus à l’intérieur de moi. »

Vous êtes passées de l’ombre à la lumière, et quelle lumière ! De quoi se brûler les ailes ?
J’avais bien balisé mon chemin. Quand j’ai pris la décision de faire l’Eurovision, une bonne partie de l’album était prête, j’avais trouvé ma voie et ma voix ! J’avais une idée assez sereine de l’artiste que j’étais devenue. J’ai utilisé cette incroyable visibilité qu’on me proposait pour servir la suite de mon expérience. Il ne faut pas se leurrer, la TV a besoin des artistes pour faire le show et je joue le jeu. Cette opportunité, je la vois dans une continuité. Je suis en mouvement, j’ai horreur de stagner.
Sur scène, je suis comme possédée, habitée par ce que chante, et j’en ressors vidée. C’est plus grand que moi, je ne peux pas faire autrement. Si la lumière est le pendant obligatoire de mon métier, je ne la recherche pas à tout prix. Je veux juste que mes mots et ma musique existent et je sais qu’ils n’existent et n’existeront que par le public. Avant, personne ne voulait de moi en radio ou en TV.

 

©Olga Andriese

Votre phrasé, votre gestuelle, votre interprétation ne sont pas sans rappeler les Barbara, Piaf, Brel, Aznavour et pus récemment Stromae.
J’ai une théorie, je ne sais pas si elle est juste. Avant, les grands artistes n’étaient pas confrontés au culte de l’image et de l’apparence tellement pesant aujourd’hui. Ils chantaient, écrivaient et composaient par passion. Seuls comptaient les mots, la mélodie et le contact au public. Sur scène, ils avaient une attitude franche et compacte. J’ai le sentiment qu’aujourd’hui, on regarde plus les artistes qu’on ne les voit en concert. Ils doivent travailler leur image, avoir un avis sur tout. Bien sûr, vous avez aux USA des stars incroyables comme Beyoncé ou Kanye West. Mais le show l’emporte parfois sur l’essence même de l’artiste. Quand j’ai annoncé que je ne voulais aucun effet pour l’Eurovision, juste moi dans mon petit ensemble, on a cru que j’étais folle. Les paillettes ce n’est pas ma vie et ne le sera jamais. Et puis, il y cette proximité avec le public. Je ne me vois pas approcher Kim Kardashian dans la rue ! Stromae oui.

Êtes-vous à l’aise avec la féminité et la beauté que vous dégagez ?
Jeune, j’étais une fille en colère, persuadée d’être bête car mauvaise élève. J’étais très sociable mais sous le masque se cachait une fille en plein doute. Alors je me dissimulais derrière ma beauté car j’avais l’impression qu’elle était ma seule qualité. En seconde, je débarquais à l’école perchée sur des hauts talons et je faisais gaffe à être la plus stylée et jolie. Je draguais en utilisant les codes que je pensais être ceux obligatoires d’une femme. Il a fallu que je creuse et que je réalise l’abîme existant entre ce que je proposais et ce que je voulais être. Seules mes meilleures amies me voyaient telle que j’étais réellement. Quand j’ai pris mon envol en tant qu’auteure-compositrice, j’ai refusé qu’on me prenne encore pour une idiote. De toute façon, je n’ai pas l’impression de me positionner dans une extrême féminité, je recherche juste ce qui me correspond le mieux. Il y a des jours où je me sens moins jolie que d’autres, comme tout le monde. La féminité, comme la liberté, résident en nous.

Votre famille a-t-elle encouragé vos désirs d’artiste ?
Mes amis y ont toujours cru et mon père voyait en moi un être libre. Mais il y a une différence entre avoir du talent et en vivre. Je pense qu’on ne devient pas artiste, on l’est. Cela va de pair avec une certaine façon de voir le monde et les autres, ni mieux ni moins bien, juste différente. La fulgurance de mon succès actuel les réjouit mais ne les étonne pourtant pas. Ils me voient travailler depuis tellement longtemps. Désormais, plus personne n’a peur pour moi car je suis apaisée. Je ne vois pas ce qui m’arrive comme un tourbillon dévastateur. J’ai moins de temps à passer auprès de mes proches mais je reste moi, je ne change pas.

Vous préparez une tournée mondiale durant 2 ans. Vous chantez en français et vos concerts sont pour la plupart sold-out partout, comme aux Pays-Bas. À part l’Italie qui boude depuis l’Eurovision. Estimez-vous avoir une responsabilité par rapport à la langue française ?
Oui, c’est drôle, j’espère qu’on va dépasser cette pseudo-rivalité avec nos amis latins. J’aime les gens qui parlent bien, je suis une gourmande de mots. On a la chance d’avoir une langue extrêmement riche et de nombreuses artistes portent haut ses couleurs comme Clara Luciani ou Juliette Armanet. Nous avons une belle génération qui s’attache aux textes et a dépassé le règne de la facilité. Et Stromae, je n’en parle même pas tellement il est trop bien.

Comment arrivez-vous à décompresser ?
J’ai un amoureux formidable qui cuisine super bien, qui me prépare des petits plats. Je suis l’anti-mondaine, j’ai une vie très équilibrée. J’aime rester à la maison, boire des coups avec mes amis, lire… Me ressourcer passe par un retour à la normale.

A GAGNER : L’ALBUM DE BARBARA PRAVI !

  • Barbara Pravi prépare une tournée qui durera longtemps… Mais combien de temps ?
  • Avec quel titre Barbara Pravi a-t-elle représenté la France à l’Eurovision ?

Album : Barbara Pravi, On n’enferme pas les oiseaux, Universal Music
En concert : le 29 mars 2022 à La Madeleine à Bruxelles, le 30 au Trocadéro à Liège et le 26 novembre à De Roma à Anvers.

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