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Béesau remet la trompette au goût du jour avec son album « Coco Charnelle »

Béesau remet la trompette au goût du jour avec son album « Coco Charnelle »

Béesau et sa fidèle trompette. | © DR

Musique

Le premier album de Béesau est sorti vendredi dernier, un mélange de jazz, hip-hop et rap réussi.

 

Avec ses mélodies jazzy et suaves, Béesau propose un premier album dans l’air du temps. Le trompettiste français, originaire de l’Île de Ré, mélange ses différentes influences dans Coco Charnelle. Part 1, alliant jazz, rap et hip-hop. Seize morceaux éclectiques, alternant entre mélodies instrumentales et chansons supportées par la voix d’autres artistes. Il s’entoure notamment du rappeur belge Primero de L’Or du commun sur « Un jour de moins » ; un artiste dont il était « fan » et avec qui il est devenu très ami. Rencontre.

Comment avez-vous commencé la trompette ?

J’ai commencé à 7 ans car il y avait une classe avec des horaires aménagés en musique. Deux après-midi par semaine, on allait au conservatoire. Je voulais faire de la batterie à la base, mais quand je suis rentré dans le cours, le prof était en train d’engueuler deux élèves. Donc je me suis dit, « ça non ». Et au final j’ai essayé plein d’instruments qui me plaisaient, mais le prof de trompette était vraiment cool. J’aimais bien l’instrument parce que c’était doré, mais je suis parti sur ça sans trop vraiment savoir pourquoi.

Et à quel moment vous vous êtes dit que vous vouliez faire ça de votre vie ?

En vrai, pour ma toute première audition de trompette (je devais avoir 8 ans), je ne voulais pas jouer un morceau classique. Du coup, je suis arrivé avec un bout de partition en disant « je vais vous faire un morceau que j’ai écrit moi-même ». Je me souviens, ça s’appelait « Le lutin vert ». Mais autant dire que ça n’a plu aux profs de trompette. Depuis tout petit, j’adore composer, et c’est même la partie que je préfère.

Après, de mes 14 à 18 ans, j’ai totalement arrêté la trompette, parce que ça ne me plaisait pas. Et à 18 ans, j’ai vraiment redécouvert cet instrument en écoutant un album de jazz « Earfood », d’un trompettiste américain qui s’appelle Roy Hargrove. C’est aussi l’un des premiers à avoir mélangé le jazz et le hip-hop, mais c’est vraiment son album pur jazz tout acoustique qui m’a inspiré. À 21 ans, j’ai d’ailleurs sorti mon tout premier EP sous le nom de « Remy Béesau Quintette », donc très jazz, en hommage justement à cet album. Et à ce moment-là, j’ai dit à mes parents que je voulais faire ça de ma vie.

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Et ils ont réagi comment ?

Ils étaient super contents… enfin je crois. Ils savaient que je voulais faire de la musique, dans tous les cas. Depuis mes 14 ans je compose plein de productions de rap, et je les mettais sur Myspace. Et quand j’ai dit que je voulais faire du jazz, je crois que ça leur a beaucoup plu. C’est un truc un peu « noble », et c’est peut-être plus rassurant que de dire « je vais faire du rap » (rires).

Ça n’a pas été difficile comme choix de se dire : « je veux faire ça »

Comment tu as réussi à trouver ton style ? Tes productions en rap t’ont fortement influencé ?

Quand j’ai arrêté la trompette à 14 ans, j’ai acheté un ordinateur, une boîte à rythmes, et je faisais des instrumentales de rap. À 18 ans, je trainais dans les clubs de jazz car j’adorais cette musique, mais je n’y trouvais pas ma place. Je n’aime pas trop ce milieu-là, à Paris. Pendant 3 ans, 3 à 4 fois par semaine j’étais en club de jazz jusqu’à 5h du matin à attendre de jouer un morceau, un standard.

Et ça vous a dégouté du jazz ?

Non pas du tout, ça ne m’a pas dégouté, mais je me suis dit : « j’ai 20 ans, les samedis soirs tous mes potes les passent en night-club, et moi je suis là comme un con avec des gens avec qui j’ai pas du tout envie d’aller en vacances ». Je voulais faire une musique qui me ressemblait et qui avait mon âge en fait. Et vu que je faisais des instrus de rap, que j’aimais l’électro et le jazz, j’ai voulu tout mélanger pour faire un truc à moi.

Ça a été difficile pour vous de se lancer en tant que trompettiste ? Est-ce que c’est plus difficile qu’une carrière de chanteur ?

Oui, je pense que c’est plus difficile. Après ça n’a pas été difficile comme choix de se dire : « je veux faire ça ». Je le vois plus comme une vraie course de fond. Ce n’est pas un sprint : le but n’est pas de faire un hit d’un coup et que tout le monde t’oublie après. Je reste quand même un musicien, c’est-à-dire que si j’ai la chance de vivre jusqu’à 100 ans, je voudrais toujours en jouer, aller sur scène et faire de la musique. C’est plus difficile de se faire respecter dans ce milieu, parce que j’intègre un milieu qui ne fait pas partie au final du milieu instrumental, vu que je travaille avec des rappeurs ou des chanteurs. C’est plus difficile de faire comprendre ce que je fais aussi.

En tout cas, je ne suis pas spécialement pressé. Les choses arrivent comme elles arrivent et comme elles doivent arriver. Le but, c’est aussi de montrer d’autre chose. Maintenant, il y a tellement de jeunes chanteurs, et finalement, on n’est pas beaucoup à faire ce que je fais. Donc peut-être qu’au final, c’est aussi une force. C’est un peu paradoxal.

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Sur votre album, il y a des morceaux instrumentaux et d’autres avec des paroles. Vous avez une préférence ?

C’est assez drôle, parce que d’habitude, quand j’écoute l’album instrumental d’un trompettiste, je DE-TESTE quand il y a de la voix. Je déteste ça, parce que c’est toujours des chanteuses qui font des mélodies derrière un peu jazzy, et ça me fatigue. Et là, j’ai l’impression que j’ai réussi à poser ma trompette sur des chansons plus actuelles. En tout cas, ce sont des chansons que j’ai envie d’écouter. Je suis content car les deux s’allient très bien je trouve.

Coco Charnelle. Part 1 est sorti vendredi dernier. Pourquoi l’avoir divisé en deux parties ?

Il y avait beaucoup trop de morceaux. Il faut réussir à se faire entendre en étant juste musicien, et encore plus en tant que trompettiste parce que les gens n’ont pas l’habitude d’en entendre. Et vu comme on consomme la musique maintenant, la durée de vie d’un album d’un grand artiste c’est 4 mois à peu près. Donc d’un petit artiste, ce n’est pas énorme. Sortir deux albums, ça permet aussi d’avoir un peu plus d’actualité plus longtemps.
Concernant la partie 2, elle sortira au début de l’année 2022. Elle est peut-être un peu moins solaire. La partie 1 est aussi une façon d’amener l’auditeur à écouter des choses qu’il n’a pas l’habitude d’entendre. Des musiques plus écrites, plus instrumentales.

Vous avez une chanson qui s’appelle « +33 ♥ +32 ». Pourquoi ce lien entre la France et la Belgique ?

Ça ne fait pas si longtemps que ça que je viens souvent en Belgique. J’ai enregistré 5 morceaux ici, à Bruxelles, et je suis tombé complètement amoureux de cette ville et des gens que j’ai pu rencontrer. Ce ne sont pas des trucs que l’on peut retrouver à Paris, par exemple. Ce sont des choses que je ressens quand je suis en vacances chez moi, à l’Île de Ré. Donc c’était un petit hommage à cette ville et à tous les gens qui m’ont énormément apporté, sans que je leur apporte forcément quelque chose.

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