Paris Match Belgique

Lubiana : « La kora m’a donné confiance en moi, en ma musique, en ce que je voulais faire »

Lubiana : « La kora m’a donné confiance en moi, en ma musique, en ce que je voulais faire »

Lubiana et son instrument, la kora. | © JOEL SAGET / AFP

Musique

Le premier album de Lubiana Beloved est sorti en septembre dernier.

 

Avec sa voix douce et ses mélodies invitant au voyage, Lubiana s’est enfin trouvée. Avec une mère belge et un père camerounais, la chanteuse explore son métissage dans sa musique, proposant « une musique pop avec des influences traditionnelles africaines ». Le chemin n’a pourtant pas toujours été aussi simple pour cette jeune femme, toujours à la recherche d’une légitimité. Elle trouve finalement son salut dans la kora, un instrument d’Afrique occidental, qui a changé sa vie en lui redonnant confiance en elle. Elle a sorti en septembre dernier son premier album, Beloved. Tout un symbole. Rencontre.

Comment avez-vous commencé la musique ?

J’ai une famille du côté de ma maman assez sensible à tout ce qui peut être expression de soi, que ce soit la musique, la création, le sport. Vers 7-8 ans, j’ai dû choisir un instrument : le piano, et je n’étais pas spécialement fan (rires). En fait, ce qui m’a surtout bloquée, c’est le solfège. J’avais deux heures de solfège par semaine pour 20 minutes de cours de piano. J’avais l’impression de retourner à l’école après l’école.
Par contre, ce que j’aimais vraiment, c’était chanter et être en représentation. J’avais besoin au début de combler un manque d’amour, et j’avais l’impression que quand j’étais sur scène, on m’aimait, on me regardait. J’avais l’impression de trouver ma place. Je pense que ça a été une grande question dans ma vie : qui suis-je, quelle est ma place, et comment apprendre à m’aimer ? Ça a commencé un peu comme ça, et puis ça a évolué avec le temps quand j’ai découvert le jazz. Là, j’ai vraiment su que c’était ce que je voulais faire. Je voulais être chanteuse.

Le jazz a changé votre rapport à la musique. Ça a influencé votre album ?

Tellement ! J’ai découvert le jazz à 15 ans en écoutant « In A Sentimental Mood » de Sarah Vaughan. Et là, j’étais complètement en amour pour le jazz, pour les voix du jazz, pour les standards, Nina Simone, Chet Baker… Je n’avais qu’une hâte, c’était de finir l’école pour commencer des études supérieures de musique. Et puis j’ai quand même fait un master en chant jazz, donc même si mon album est influencé par beaucoup de sons, le jazz reste un style de musique qui me porte et qui est en moi.

Vous expliquez avoir fait un master en musique. Ça a été formateur ou c’était trop théorique ?

J’ai énormément grandi pendant mes années au conservatoire à Leuven. C’était hyper formateur, je me suis tellement améliorée. Grâce au conservatoire, j’ai pu travailler ma voix, ma technique, mon piano. Je suis vraiment devenue une musicienne, en fait.
Après, a contrario, j’ai vraiment dû faire mes preuves. C’était un environnement très stressant où il y a beaucoup de compétition. On m’a fait redoubler, on m’a dit d’arrêter le master et même d’arrêter la musique. J’ai vécu beaucoup d’humiliations pendant mes années au conservatoire, et j’avais constamment un sentiment d’échec. Et donc c’était très difficile durant mes 3-4 premières années. J’ai souvent pensé à arrêter mes études tellement la pression était énorme et j’en perdais mon amour pour la musique. On mettait la théorie avant la musique même. C’est très occidental en fait d’avoir codifié la musique et d’apprendre aux enfants de lire avant de jouer. C’est comme si on devait écrire avant de parler. J’ai compris cela en rencontrant mon instrument, la Kora, où il n’y a pas de partition.
Ça m’a beaucoup aidé de voyager après, de découvrir la Kora et de sortir de ce côté académique, qui en même temps aujourd’hui m’aide énormément. Parce que j’ai une grande liberté, et pour cet album aussi j’ai pu expliquer ce que je voulais. Ça vient de mon bagage académique et ça me donne aussi confiance en moi. Mais c’est très agréable maintenant de s’en détacher et de faire confiance à son oreille.

Lire aussi > Premier EP : Lubiana marie finement racine africaine et groove moderne

Vous jouez de la kora, un instrument lié à la musique africaine. Comment cet instrument a marqué votre parcours musical ?

Pour moi la kora, c’est au-delà du parcours musical, en fait. C’est ma vie. Pour moi, elle a vraiment changé ma vie. Entre le moment où j’ai eu envie de faire de la musique mon métier, et la sortie de mon album il aura fallu 10 ans. Et la kora a été l’une des pierres fondatrices et l’un des moments clés de ces 10 années de quête. Ma rencontre avec la kora a tout changé, parce que j’ai retrouvé ma passion pour la musique, et j’ai aussi appris à m’aimer. Avec la kora, j’ai pris confiance en moi, j’ai voyagé, j’ai joué partout… c’est comme si elle m’avait porté d’une certaine façon.
J’avais dit à mon professeur de piano que je voulais aller aux Etats-Unis jouer dans des bars, et il m’avait dit « tu sais toi, Lubiana, on frappe dans un arbre, il y en a 8 comme toi qui tombent ». C’est comme si pendant tout mon parcours, j’avais l’impression que je n’avais pas de légitimité et que de toute façon, ce que je faisais, il y avait plein d’autres qui le faisaient bien mieux que moi. Et quand j’ai rencontré la kora, ça a été tellement fluide, tellement singulier, tellement unique. Elle m’a donné confiance en moi, en ma musique, en ce que je voulais faire. Ma musique n’est pas que de la kora, mais c’est comme si elle avait rallumé un feu en moi, d’amour pour ce que je fais, de confiance en moi et d’estime de moi.

Lubiana : « La kora m’a donné confiance en moi, en ma musique, en ce que je voulais faire »
La kora traditionnelle est faite à partir d’une calebasse coupée en deux avec 21 cordes de pêche. C’est un instrument qui se joue face à soi, et qui est lié à une culture, celle des conteurs et des magiciens d’Afrique de l’ouest. Le son est à la fois un mélange de guitare et de harpe. Chaque joueur de kora fait sonner la kora de façon différente. © Jean-Baptiste Quentin / Belga Image

C’est un album très personnel que vous présentez. C’est votre perception de la musique ? Il faut vous livrer entièrement ?

Je voulais un album qui envoyait de l’espoir, de l’amour, de la force. J’avais envie d’un album qui était à la fois avec des titres solaires, dansants, très rythmés, qui est présent dans mes origines africaines. Et puis aussi quelque chose avec une profondeur, un désir d’élévation, de spiritualité avec des mélodies très envoutantes, qui sont plus mon rapport à l’Europe. En Europe, on se concentre plus sur les mélodies. J’avais envie de mettre ces deux éléments car ils sont très présents dans ma personnalité. Je suis à la fois quelqu’un qui adore la vie, et toutes les choses simples de la vie, et en même temps, j’ai un vrai désir de profondeur et de grandir. Et je pense que ça représente aussi mon métissage, le côté européen, le côté africain. Avec aussi des influences américaines puisque j’ai vécu aux États-Unis. Je pense que ça aurait été difficile de faire autre chose que quelque chose de personnel parce que pour moi, mon rapport à la musique il est authentique. L’album, il vient de mon cœur, il vient de tout ce que j’ai vécu, et c’est avant tout un message d’espoir pour encourager les gens à croire en leurs rêves. La thématique globale de cet album, c’est la chose la plus importante au monde : l’Amour. Un retour à la bienveillance, à la compassion, à l’écoute, à l’ouverture.

CIM Internet