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Fifty Lab : 5 questions à Mathieu Fonsny, co-créateur du festival qui déniche les stars de la musique de demain

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La crème de la musique émergente sera réunie la semaine prochaine à Bruxelles. | © DR.

Musique

Le festival bruxellois dénicheur de talents est de retour pour une édition survoltée la semaine prochaine, avec une cinquantaine d’artistes se produisant dans cinq lieux du centre-ville pendant trois jours. Pour le plus grand plaisir de nos oreilles, le Fifty Lab défriche ce qui se fait de mieux sur la scène musicale émergente, et va nous faire courir dans tous les sens les 17, 18 et 19 novembre.

 

Le MaMa de Paris, l’Eurosonic à Groningen ou le South by Southwest à Austin : les festivals de musique qui s’adressent principalement aux professionnels sont des laboratoires connus et réputés où l’on fabrique les futurs noms de l’industrie. Depuis 2019, Bruxelles tient son rassemblement à elle qui ne cesse de grandir avec le Fifty Lab et réunit cette année 49 showcases – des concerts de 40 minutes –  dans cinq lieux emblématiques de la capitale (l’AB Club, le Beursschouwburg, L’Archiduc, Le Bonnefooi et le Viage). Pour 25€ la soirée ou 49€ les trois soirs, n’importe qui peut déambuler d’une salle à l’autre dans le centre-ville et découvrir les pépites de demain. Des artistes choisis par les programmateurs de 20 festivals internationaux, invités par l’agence KuratedBy (qui élabore notamment les line-up du Dour festival et Marsatac), organisatrice de l’événement. L’occasion de s’asseoir avec le passionnant Mathieu Fonsny, co-créateur du festival avec son complice Alex Stevens, pour parler programmation, élaboration d’un line-up et nécessité, en 2021, de s’attacher à certaines valeurs.

Paris Match Belgique. Salut Mathieu, tu peux me dire à quels besoins spécifiques répond le Fifty Lab ?
Mathieu Fonsny. Alors pour moi il répond à plusieurs besoins. Le premier, c’est qu’on ne détenait pas en Belgique un événement officiel où les professionnels du secteur de la musique belge et internationale, au sens large (des managers, des bookers, mais aussi des labels ou des médias), peuvent se retrouver, faire leur business et networker. Deuxièmement, au niveau du public, c’est offrir à celui-ci ce qui se fait de mieux en ce moment en groupes émergents. Pour y arriver, on a demandé à des programmateurs de festivals, qui eux écument les salles de concerts toute l’année, de choisir un ou deux coups de coeur qu’on va proposer sur scène. On aime évidemment tous aller dans des gros concerts qui nous rassurent, mais on aime tous aussi être les premiers à avoir découvert certains artistes qui n’ont pas encore pris leur envol. L’idée, c’est donc de proposer le ‘nectar le plus pur‘ de ce qui se fait en groupes émergents chez nous et à l’international. Le système des choix de curateurs nous permet d’inviter le public à venir ‘à l’aveugle’ et de découvrir les grands noms de demain.

Ce qui est excitant dans ce boulot, c’est de créer des twists, attraper ton festivalier sur une scène où il ne s’attendait pas à rester.

Pourquoi le Fifty Lab se focalise uniquement sur des artistes émergents et n’offre pas quelques grands noms en tête d’affiche ?
Parce qu’on est des programmateurs, pas des promoteurs de concerts à l’année. Moi ce qui m’excite aujourd’hui, c’est moins d’aller voir Coldplay au Stade Roi Baudoin que de découvrir Gabriels à l’AB Club, qui sera très certainement un grand nom dans vraiment pas longtemps. Découvrir des nouveaux artistes, c’est ça qui est excitant. Être curieux, prendre des risques, créer une nouvelle communauté de gens qui vont se laisser surprendre et entraîner par des professionnels – les programmateurs – dont c’est le métier, c’est notre créneau. Le mec de Primavera qui a choisi un groupe, on peut espérer qu’il vise juste car c’est tout de même eux qui ont booké en premier Radiohead ou Björk. Il n’y avait pas encore de festival comme ça à Bruxelles, et on espère même que des pros qui seront sur place vont découvrir des noms – et surtout des Belges, il y en a 17 – qu’ils bookeront ensuite dans leur propre festival.

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Ton boulot c’est justement d’être curieux, de découvrir des talents, des pépites. Comment ça se passe ce processus de curation pour les festivals sur lesquels tu bosses ?
Alors nous (KuratedBy, l’agence de Mathieu), on programme des festivals qui n’ont pas le même ADN. Dour c’est un festival multi-genres où il y a 7 scènes, avec 50 ou 60 000 personnes qui viennent par jour, où on vient écouter de la drum and bass, du métal, du hip-hop, du reggae, etc… Pour Marsatac, qui est lui situé à Marseille, donc dans une toute autre réalité très méditerranéenne, il n’y a que de la musique électronique et du hip-hop. La curation c’est déjà ça : comprendre l’ADN du festival et à qui on va s’adresser. À Dour, c’est une communauté qui évolue depuis 30 ans, qui est très jeune, qui part dans tous les sens, et en plus on vient créer un festival dans un endroit qui est quand même très calme le reste de l’année. À Marseille, on est dans une grande ville, sur un site bien établi où il n’y a pas de camping par exemple. Donc d’abord, il faut s’adapter à la réalité du festival. Ensuite il faut rassurer la base, créer des moments où tout le monde va se rassembler comme avec un Tyler, The Creator sur la grande scène à Dour par exemple. Puis le public va se disperser et se déployer vers des micro-niches, des scènes moins grandes, et nous on tisse une sorte de toile avec des noms connus et moins connus. Et ce qui est excitant dans ce boulot, c’est de créer des twists, attraper ton festivalier sur une scène où il ne s’attendait pas à rester. J’élabore mes choix artistiques comme un mix entre des grands noms, des découvertes et des twists. Pour moi c’est un véritable terrain de jeu où je vais montrer la porte d’entrée au festivalier, et après il y a plein de pièces à découvrir. Certaines dans lesquelles tu vas te perdre, d’autres dans lesquelles tu vas te retrouver, et encore d’autres où des gens vont t’emmener et tu vas faire des découvertes fabuleuses.

Le mélange des genres, il est devenu quasi inévitable en festival ? 
Pas du tout au contraire. Les festivals qui ont émergé ces derniers temps, prenons l’exemple de ceux de métal comme le Hellfest ou le Graspop, ce sont des festivals qui ont une communauté extrêmement forte et très grande. Pourquoi ? Parce qu’ils ne tapent que sur un clou. Si tu regardes un festival de musique électronique comme Tomorrowland, tu vois que ne proposer qu’un genre, c’est s’assurer une base solide. Pour nous c’est plus compliqué car on doit parler à des publics divers. Notre objectif c’est de dire au public : « Même si c’est pas entièrement votre niche, vous y trouverez votre compte ».

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Revenons-en au Fifty Lab. Vous vous efforcez à représenter la multitude des genres musicaux, à créer un laboratoire de la musique de demain, mais aussi avec certaines valeurs. Quelles sont, justement, ces principes auxquels vous êtes attachés ?
On ne s’en est pas servi comme d’un outil de communication mais notre affiche est entièrement paritaire déjà. On fait aussi très attention à la mixité de genres, je parle d’avoir des hommes, des femmes, des personnes qui se revendiquent non-binaires, des artistes issus de la communauté LGBT. On met aussi l’accent sur ce qui se passe à l’étranger. Si on peut aider à faire une connexion avec le bureau d’export local d’un artiste pour payer ses frais de voyage par exemple, on va le faire. Mais si je dois résumer l’idée de notre programmation, c’est qu’on veut sortir des cases et, surtout, les déconstruire.

Toutes les infos sur le Fifty Lab (17-18-19 novembre), c’est par ici

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