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Nolwenn Leroy : « Une fille qui s’affirme est toujours considérée comme une chieuse ! »

Nolwenn Leroy : "Une fille qui s’affirme est toujours considérée comme une chieuse !"

Aux Tilleuls à Étretat, retrouvailles avec le piano, souvenir de sa formation classique. | © Patrick Fouque / Paris Match

Musique

Il y a dix ans, Bretonne lui offrait un succès phénoménal, avec plus d’un million d’exemplaires vendus. La cavale, son huitième disque, écrit et composé en partie par Benjamin Biolay, lui permet désormais de se dévoiler. Son fils, ses engagements, son amitié avec le chanteur Christophe… Nolwenn Leroy fend l’armure et s’assume, loin de l’image de beauté sage. Piquante et intarissable.

 

D’après un article Paris Match France de Clémence Duranton

Une Bretonne en Normandie, c’est presque un péché capital. Alors, comme la météo, Nolwenn Leroy fait un peu grise mine. « J’adore cette région mais, après m’avoir reproché d’avoir tourné un clip à Malo-les-Bains, les gens vont dire : “Elle vient aussi à Étretat, maintenant !” » Les passants emmitouflés s’en moquent ; l’occasion est trop belle de jouer les paparazzis. La Brestoise a pris l’habitude d’être assaillie.

Depuis vingt ans, elle a installé ses cartons dans la catégorie « chanteuse populaire ». Si certains vendent leur âme au diable, la sienne est au public, qui l’a poussée jusqu’à la finale de la « Star Academy », en 2002, l’a vue grandir et continue de la soutenir. « Le plus drôle, constate-t-elle, c’est que, pour Jenifer comme pour moi, on ne donnait pas cher de notre peau après notre victoire. » D’autant qu’au départ Nolwenn ne cochait aucune des cases du petit guide de la parfaite candidate de télécrochet. Trop appliquée, trop sérieuse, l’élève du conservatoire possédait tous les atouts pour faire bâiller la ménagère. « La nana qui ricanait devant les caméras, ce n’était pas moi ! J’étais terriblement premier degré. » Et elle n’a pas tardé à se voir apposer l’étiquette « diva » sur le front. Quand tous ses camarades disaient amen aux exigences de la production, elle se montrait plus frileuse. Comme ce jour où on lui a intimé de poser en tenue légère pour le magazine hot Entrevue. « J’ai refusé, et c’était normal, mais une fille qui s’affirme est toujours considérée comme une chieuse ! J’avais 19 ans, je ne pouvais pas commencer mon parcours en faisant n’importe quoi… »

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Quitte à être cataloguée rabat-joie de service, elle a fini par appliquer l’adage « on n’est jamais mieux servi que par soi-même ». Paroles et musique, relations avec sa maison de disques, réseaux sociaux, contrats… À l’exception de sa mère, personne n’a son mot à dire. Avec les années, sa carrière en dents de scie et le succès relatif de certains albums ont eu raison de sa forteresse de solitude. Nolwenn s’est entourée et s’est radoucie. La reine de glace n’est plus. Elle se montre même plutôt chaleureuse, drôle. Une bavarde qui ne pratique pas la langue de bois et, au contraire, partage volontiers un tas d’anecdotes délicieuses. Cette fois récente où, avec Soprano, elle a infiltré les coulisses de l’émission « Taratata » pour « tomber par hasard » sur le groupe Coldplay, ou celle où sa sœur a longuement parlé pâtisserie avec François Hollande. « Il est vraiment sympa. Nicolas Sarkozy aussi, d’ailleurs », dit-elle en gobant un crocodile en gélatine dans le van qui file vers Étretat.

À la station-service, elle se précipite au rayon jouets et s’extasie devant une figurine de « stégo-quelque chose », un dinosaure ultra-rare dont rêve son fils. « Je vais être sa star, là ! » La chanteuse est intarissable sur Marin, son garçon de 4 ans, qu’elle emmène dès qu’elle le peut à des événements, sur des séances photo et, bien sûr, en Bretagne et en Provence, ses deux terres d’attache. « Quand, plus tard, il fermera les yeux en repensant à son enfance, je veux qu’il voie la Sainte-Victoire mais aussi le granit, les crabes verts, les rochers sur lesquels il crapahute. » À cause du métier de son père, footballeur professionnel (Jean-Luc Le Magueresse, disparu du tableau familial depuis), Nolwenn a été l’éternelle « petite nouvelle » de ses différentes écoles. Ce qui explique qu’elle ait eu besoin, adulte, de renouer en musique avec la région de son enfance. « Ça faisait presque dix ans que, dans la tête des gens, j’étais la gagnante de la Star Ac. Je n’aurais jamais cru pouvoir faire quelque chose de plus fort que ça. Mon disque celte a tout balayé. »

« Mon rapport à la presse est compliqué : je n’ai pas grand-chose à donner de sulfureux. »

Et c’est peu dire… Avec plus de 1 million d’exemplaires écoulés, Bretonne a été le deuxième album le plus vendu en 2011. Même si les « talibreizh, plus bretons que les Bretons » (selon ses termes), l’ont accusée de ne pas être une « vraie Bretonne », pour elle, c’est à ce moment-là que les Français l’ont comprise. « On employait toujours l’expression “produit marketing” ou “commercial” quand on parlait de moi ; là, on a vu que j’étais guidée par le cœur. Aucun artiste ne sortirait un disque pareil en se disant qu’il va en vendre des millions. »

Sur la plage normande, elle semble un poisson qui a retrouvé l’océan. « C’est ce qui me manque le plus en vivant à Paris », dit-elle. Et comme de mer à mère il n’y a qu’une lettre, elle fait une photo face aux falaises pour l’envoyer à celle qui tient une place particulière dans sa vie. « Ma maman n’a jamais été fan de moi et ça m’a permis de garder les pieds sur terre. C’est une Auvergnate, ce sont des taiseux. Chez nous, on ne s’emballe pas. » Elle se souvient, le soir de sa victoire, de la joie sur le visage de Muriel Leroy, teintée d’une pointe de gravité. « Elle savait que le plus dur restait à venir. » Et que, pour les médias, elle allait devoir ressortir de vieux clichés poussiéreux, narrer les premiers exploits, les premières chansons, les premiers émois de sa fille. Cette attention outrancière a, par la suite, poussé Nolwenn à adopter une discrétion absolue. À commencer par son couple avec le tennisman Arnaud Clément. « On mène une vie assez normale. C’est aussi pour ça que mon rapport à la presse est compliqué : je n’ai pas grand-chose à donner de sulfureux. »

« J’ai partagé des choses personnelles avec Benjamin Biolay. C’est étonnant de ma part, mais je lui ai fait confiance tout de suite…« 

L’unique moyen de la voir au bras de son cher et tendre, c’est une fois par an, dans les gradins du tournoi de Roland-Garros. Autrement, elle n’apparaît jamais dans les soirées mondaines, très peu sur les plateaux de télévision. Elle ne s’affiche pas, non plus, avec d’autres célébrités. « J’en connais, pourtant ! Il paraît que les chanteuses se détestent entre elles… Ce n’est pas mon cas. » Elle parle du dernier album de Zaz avec passion, vante la musique et l’univers de Clara Luciani. Quant à la rivalité qu’on lui prête avec Jenifer, il suffit qu’elle évoque « Jen » pour comprendre que ce n’est pas d’actualité.

Le vrai problème de Nolwenn, c’est elle-même. Difficile à croire face à ses yeux azur et son sourire à tomber, mais le poids perdu après sa grossesse a changé son corps, modifié l’ovale de son visage ; alors elle décortique chaque photo, chaque vidéo où elle apparaît. « Mon oreille est bizarre », « on voit trop mes rides », « mon nez est trop grand »… La chirurgie esthétique lui fait peur ; elle ne se sent pas prête mais elle y pense souvent, l’envisage parfois et guette les petits changements physiques chez les personnalités de son âge. Ses complexes ont créé un filtre déformant. Pour le reste, et heureusement, à l’aube de ses 40 ans, elle avoue n’avoir jamais été aussi sereine. Comme Laurent Voulzy il y a quelques années, Benjamin Biolay lui a concocté un nouvel album élégant et intime, qui lui ressemble. « J’ai partagé des choses personnelles avec lui. C’est étonnant de ma part, mais je lui ai fait confiance tout de suite… Il m’a impressionnée par sa façon de travailler. » Le disque porte le doux nom de La cavale, seul texte qu’elle a écrit, hommage à un quartier de Brest et au chanteur Christophe, disparu l’an passé. « Quand j’ai appris qu’il était parti là-bas, ça m’a bouleversée. Il m’interrogeait souvent sur cette ville qu’il connaissait peu, et j’adorais lui en parler. » Dans un appartement parisien ou sur une plage de galets normande, il semble que, où que Nolwenn aille, son cœur sera, lui, toujours en Bretagne.

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