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Antoine Wielemans vole en solo avec un premier album: « Non, Girls in Hawaii ne se sépare pas »

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Antoine Wielemans, chanteur du groupe Girls in Hawaii sort un premier album solo. Rencontre.

 

L’air rêveur et un peu ailleurs, Antoine Wielemans nous reçoit chez lui. Chanteur du groupe belge Girls in Hawaii, il a osé sauter le pas et sortir un premier album en solo, Vattetot. Plus personnel et inspiré par le grand air de la Normandie, l’artiste suprend en chantant en français, une première. Une envie de voguer vers des contrées inexplorée, certes, mais sans pour autant délaisser le groupe qu’il a cofondé il y a 20 ans de cela.

Pourquoi sortir un album solo ?

« Tout d’abord j’avais vraiment envie d’écrire des chansons en français et ce n’était pas une envie au sein de Girls in Hawaii. Et puis cela fait 17 ans que j’évolue au sein du groupe et ça a toujours été assez chronophage. On met longtemps à écrire, on est assez difficiles et exigeants avec nous-mêmes. Et si j’avais un regret c’était celui de ne pas assez collaborer avec d’autres artistes. Car la musique c’est aussi ça, ce sont des rencontres, ce sont des projets divers et variés. Avec Girls in Hawaii on va toujours dans la même direction. Dernièrement, nous avons fait une année de pause et j’ai commencé à penser à des choses plus personnelles. J’avais déjà écrit cet album avant le confinement, mais ça été le point déclencheur. Je me suis dit: c’est le moment. À la base, ces sessions d’écriture je les ai faites pour moi, pour apprendre, je ne savais pas trop ce que j’allais en faire. »

Vous avez écrit cet album en Normandie. Pourquoi avoir choisi ce lieu ?

« Tout simplement parce que j’aime la mer, c’est un élément si majestueux. Et puis en fait cela s’est fait un peu par hasard. J’ai pu bénéficier de la maison de vacances d’un ami et le lieu est juste magnifique. Je sais que si j’avais écrit l’album depuis Bruxelles, il aurait été totalement différent. Là-bas on se sent privilégié d’être dans un tel environnement, c’est très inspirant. J’ai trouvé une certaine forme d’isolement. Ma vie quotidienne ne me permet pas de travailler plus de trois heures par jour en général, me retrouver quinze jours dans ma bulle m’a réussi. »

Avec Girls in Hawaii vous avez toujours chanté en anglais, ici vous optez pour le français. Pourquoi ?

« C’était une évidence. Avec le groupe on chantait en anglais car on avait écouté des chansons anglophones toute notre adolescence. Donc dès qu’on a commencé à composer, ça s’est fait naturellement en anglais. Mais ces dernières années, j’observe que la langue française est de plus en plus considérée comme sexy dans l’industrie de la musique. Et je me suis dit, mais pourquoi ne pas chanter dans ma propre langue en fait ? En plus, je peux être beaucoup plus juste et intime dans les mots que je choisis. »

Est-ce que finalement on peut comparer votre album à du Girls in Hawaii en français ?

« Je ne suis pas sûr. C’est vrai qu’il y a des ponts et des liens, c’est ma manière d’écrire. Mais je pense que le thème et l’approche sont complètement différents. Ici, il y a quelque chose de beaucoup plus intime. Et puis justement si j’ai écrit en français c’est dans l’idée aussi de me différencier du groupe. J’avais commencé au tout début à écrire cet album en anglais et là ça n’avait aucun intérêt, parce que ça ressemblait vraiment à du Girls in Hawaii. »

Comment le groupe a pris la nouvelle lorsque vous leur avez annoncé que vous sortiez un album en solo ?

« Tout le monde a super bien pris la nouvelle, ça ne remet absolument pas en doute le groupe. On a d’ailleurs prévu d’écrire un nouvel album cette année. Mais parfois, je suis parfois exigeant avec Lio (ndlr: l’autre chanteur de Girls in Hawaii) en ce qui concerne l’input que l’on met dans le groupe. Il a eu des enfants plus tôt que moi et il a une personnalité plus casanière. Du coup, les tournées vont plus vite le peser alors que moi pas du tout. Donc il arrive qu’on ait parfois des petits conflits. Un jour il m’a carrément dit: ‘En fait tu devrais faire un projet solo comme ça tu feras les choses à ta sauce et tu arrêtes de m’ennuyer’ (rires). »

Votre album aura-t-il le droit à sa propre tournée ?

« Oui, c’est un projet naissant. Il y a beaucoup de demandes en Belgique et même en France. Je vais sûrement prévoir une vingtaine de dates. Au départ, je voulais faire un disque et basta, mais très vite l’idée de la tournée s’est imposée à moi. Ça a été assez douloureux et compliqué d’assumer ces lives, parce que les chansons sont plus dépouillée, je suis à poils quoi. Aujourd’hui ça va, je m’y suis fait, mais comment tenir un set avec neuf chansons ? Il va falloir que je trouve des solutions, faire des reprises. Mais une chose est sûre,  je ne compte pas piocher dans le répertoire. »

Cet album solo est-ce un one-shot ?

« Je n’ai pas encore la réponse, mais ça m’étonnerait. C’est un projet qu m’a vraiment plu et la réaction du public est assez bonne. Cela encourage toujours de recevoir un retour positif, donc il y a des chances que cela continue. Mais j’aimerais en même temps continuer à écrire pour Girls in Hawaii et je n’ai jamais été doué pour faire deux choses à la fois. En vieillissant, c’est quelque chose que je veux apprendre à faire car je pense que les deux écritures peuvent parfaitement se compléter. C’est vrai, les pannes d’inspiration arrivent quand on reste toujours dans le même univers. Donc avoir écrit cet album en français me donne à fond envie de retrouver le groupe. »

©D.R.

Est-ce que la pression est la même pour vous que lorsque vous chantez avec le groupe ?

« Non pas du tout, c’est beaucoup plus complexe de sortir un album en solo en ce qui concerne la confiance en soi. La pression est déjà pas mal avec le groupe mais seul, c’est vertigineux. Il n’y a jamais personne pour te rassurer. J’ai fait cet album pratiquement tout seul. »

Vous parlez de rencontres, est-ce que faire un featuring est quelque chose qui vous plairait à l’avenir ?

« Oui tout à fait, souvent dans mes morceaux j’utilise une voix grave et une autre aiguë. Je me dis que ce serait génial de faire un duo avec une artiste féminine, ce serait beaucoup plus naturel. Après il faut trouver la bonne personne et je n’ai pas d’idée pour le moment. L’autre jour, j’entendais un morceau de Camélia Jordana et je me suis dit qu’elle avait une voix incroyable, mais ça serait un peu bizarre (rires). »

L’une de vos chansons s’appelle « Samedikea », pourquoi ce titre ?

« C’est un morceau que j’ai réécrit plusieurs fois. L’idée était de se mettre dans la peau d’un adolescent qui vit dans le monde qui nous entoure et ses perspectives. Si j’avais 16 ans aujourd’hui et que je devais décider ce que j’allais faire de ma vie, je pense que serait super compliqué. En quoi pouvons-nous croire aujourd’hui ? On est un peu prisonnier de cette société de consommation. Chaque fois que je vais chez IKEA je me dis que je ne suis pas content d’être là, mais j’y vais quand même. Il y a quelque chose qui nous attire. J’aime que mes paroles ne soient pas trop lisibles et cette chanson est assez symbolique en fin de compte. »

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