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Gaël Faure : « J’espère que ma musique pourra soigner un peu les gens et les accompagner dans des moments difficiles »

Gaël Faure : « J'espère que ma musique pourra soigner un peu les gens et les accompagner dans des moments difficiles »

Gaël Faure nous offre un opus réussi, très riche dans sa musicalité et sincère. Une tournée est prévue pour l'automne 2022. | © Thomas Laisné

Musique

Dans son nouvel EP L’Eau et la peau, Gaël Faure nous rappelle la valeur du temps et l’importance de vivre sa vie comme on en a vraiment envie.

 

Trois ans après son dernier album Regain, Gaël Faure revient avec un nouvel EP puissant, sobre et sincère. L’Eau et la peau questionne notre rapport au temps et notre nature profonde. Bien qu’il n’y ait que cinq titres, c’est un opus réussi, très riche dans sa musicalité. On passe d’une ballade mélancolique à une musique plus rock, en passant par une chanson pop rythmée. Les chansons abordent différents sujets qui sont pourtant tous parfaitement en symbioses. D’où le nom de l’EP : « l’idée de choses qui se rejoignent, qui coulent sur nous, et se rejoignent ».

Le parcours musical de Gaël Faure commence en 2006 avec la « Nouvelle Star », aux côtés de Christophe Willem. « Ça a changé ma vie, c’est indiscutable. Maintenant, je ne pense pas que je continue à faire de la musique grâce à la Nouvelle Star », confie le chanteur. Et même s’il participe à l’une des premières saisons du télécrochet, le jeune homme – alors âgé de 18 ans – était déjà très pragmatique. « C’est un peu violent ces émissions, c’est extrêmement éphémère. Mais honnêtement, ce n’est pas la notoriété qui m’intéressait. »

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Après sa sortie, une grande maison de disques lui propose des projets qu’il refuse. Tout comme les propositions pour jouer dans des téléfilms ou des comédies musicales. « J’étais en construction de moi-même à l’époque. Je commençais à trouver beaucoup de plaisir à chanter et à composer. Je ne savais pas exactement ce que je voulais faire, mais je savais ce que je ne voulais pas faire. » Suite à ses refus, la maison de disques lui « montre la porte » sans écouter ce qu’il avait à proposer. Une vraie désillusion après une rapide notoriété qu’il prend aujourd’hui avec philosophie. « Comme dit Jean Giono, c’est nécessaire de passer par le désert de la désillusion. C’est assez sain en fait, même si c’est violent. »

 

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Et même si le chemin n’a pas été facile, Gaël Faure a toujours pu vivre de sa musique durant ces quinze dernières années. « Pour moi, elle est là la vraie réussite », confie-t-il. « J’aime bien suivre mon instinct, mes convictions. Je veux juste me faire plaisir, en faisant de la musique honnête, qui me fait du bien à moi déjà en premier. Et j’espère qu’elle pourra soigner aussi un peu les gens, et les accompagner dans des moments difficiles. On est tous uniques, mais on traverse à un moment donné plus ou moins les mêmes épreuves, et on a besoin de comprendre plus ou moins les mêmes choses. C’est ça qui est génial et qui nous relie en fait. C’est ça le pouvoir d’un livre, d’un film, de la musique, d’une photographie… d’un coup ça te rappelle quelque chose, ça te fait du bien, ça te change ton regard sur le monde. »

En cinq chansons, Gaël Faure arrive à chanter en trois langues. L’occasion de s’émanciper de toute limites. « J’adore ce que ça me procure en bouche de chanter en anglais, parce que les sonorités ne sortent pas pareilles. C’est une surprise à chaque fois. C’est hyper agréable, les émotions ne sont pas les mêmes. J’adore faire ces voyages à travers la voix, et ce serait dommage de le colorer que d’une certaine manière. Mon rêve serait de faire un album qui ne veut rien dire, où la langue serait inventée, parce que je pense qu’on peut clairement avoir des émotions sans comprendre ce que ça raconte. » Et pas besoin de langue imaginaire pour ne pas comprendre les paroles. « C’est comme quand on est enfant et qu’on ne comprend pas les chansons en anglais. Et c’est une bonne chose, parce que ça évite de cérébraliser trop les choses. J’aime bien imaginer que ça puisse voyager et que ça ne s’arrête pas à un mot. L’espagnol nous semble beaucoup plus léger, ça nous fait du bien, c’est une langue qui nous réchauffe. » Sachant que la plupart des artistes composent leurs chansons en chantant une mélodie en yaourt avant de trouver des paroles, « pourquoi ne pas aller jusqu’au bout ? »

« C’est quand même dommage de ne pas y aller, de ne pas tenter, de ne pas se risquer. On passe à côté de sa vie tout simplement. »

L’Eau et la peau c’est « prendre du temps pour soi » explique l’artiste. Loin d’être une phrase mégalomane, cet EP permet surtout de faire une pause dans notre vie trépidante pour se recentrer sur soi-même. Un voyage intérieur qui permet de « savoir qui on est », comprendre ses émotions, mais aussi « oser des choses ». Dans « Tu risques quoi », l’artiste nous incite à suivre nos propres envies et faire confiance à notre instinct. « Quand on a une acuité ou une facilité avec quelque chose, je pense que c’est quand même dommage de ne pas y aller, de ne pas tenter, de ne pas se risquer. On passe à côté de sa vie tout simplement. Et vivre avec des regrets, non merci. »

Et s’il faut prendre des risques, c’est parce que le temps passe et qu’il est précieux. Une prise de conscience que Gaël Faure – originaire d’Ardèche – a eue il y a quelques années en quittant la capitale française. « J’étais très malheureux les dernières années à Paris. Je ne me retrouvais plus, j’étais en perdition. J’en avais marre de m’entendre dire que Paris c’était de la merde. Je ne voulais plus faire partie de ces gens qui malmènent cette ville en fait. Au bout d’un moment, il faut savoir se barrer. Je crois que c’est plus courageux de partir que de rester à Paris. » Une décision d’autant plus courageuse quand on est dans le milieu de la musique, et que tout est centralisé à Paris. « C’est difficile, mais ta vie doit passer avant ton boulot en fait. La plus grande des richesses c’est notre temps et il est compté. Quand j’étais à Paris, je sentais que le temps passait et que je n’étais pas optimal dans ma joie de vivre. Je sentais que je perdais du temps de bien vivre en fait, et je ne voulais plus subir ma vie. »

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En quittant la capitale française, Gaël Faure a aussi l’ambition de ramener la culture dans les campagnes. Il monte alors le spectacle pluridisciplinaire Le Bruit du Blé, qui allie des textes de Jean Giono et certaines chansons de son album Regain. « J’aimerais faire une tournée qui a du sens dans les régions, jouer dans des fermes en transition avec des débats participatifs, des ateliers, et un concert le soir. J’ai envie de m’inscrire politiquement et proposer quelque chose de nouveau. On doit ramener l’art dans les campagnes, et je sais maintenant que ma voix doit servir à ça. » Et bien que le spectacle (écrit en 2018) ait été mis sur pause à cause de la pandémie, l’artiste ne perd pas espoir et sa motivation. « Ça prendra le temps que ça prendra, surtout que les textes sont intemporels. Mais bon, la vie est longue et remplie d’espoir. »

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