Paris Match Belgique

Mika : « L’idée de sortir un album, de promouvoir un single, c’est complètement obsolète ! »

Rencontre avec un homme touchant, d’une sincérité sans égal. | © Danilo D'Auria

Musique

Avec son sourire radieux, son énergie débordante et son style vestimentaire unique et coloré, Mika est celui qui incarne parfaitement Paris en folie. Véritable phénomène international, l’auteur-compositeur-interprète et musicien se confie à Paris Match Belgique et nous parle de ses projets et de son envie de surprendre, une fois de plus, son fidèle public.

 

Par Florestan Touzeau

Paris Match Belgique. La musique est votre refuge. Imaginiez-vous en faire votre métier lorsque vous étiez enfant, vous qui étiez si rêveur ?
Mika. J’imaginais que la musique deviendrait mon refuge, je rêvais que ça devienne mon métier. J’ai toujours été fasciné par la mélodie. En revanche, mes premiers souvenirs du monde artistique ne sont pas reliés à la musique mais aux lieux consacrés au spectacle. Mon premier souvenir d’une scène est un ballet à l’Opéra Garnier à Paris lors des fêtes de Noël. Depuis l’âge de 4 ans, je suis obsédé par les théâtres, par le « le mal rouge et or » comme disait Jean Cocteau. C’est une sorte de boîte magique et hors du temps dans laquelle on peut construire un monde parallèle et imaginaire…

Vous êtes aujourd’hui l’un des princes de la pop dans le monde. Est-ce une consécration ?
Je me considère plutôt comme un troubadour, libre, que comme un prince de la pop ! (Rires). Être un prince incombe plus de responsabilités, contrairement au troubadour qui raconte des histoires, s’inspire de son environnement et crée en tout liberté, au service de l’émotion.

Vos chansons sont le moyen d’évoquer des sujets profonds et appellent à la tolérance. Pensez-vous que la musique peut faire évoluer les mentalités ?
Absolument. À la sortie de la renaissance, Claudio Monteverdi était d’ailleurs la première personne à révolutionner la musique en associant la mélodie et la dissonance avec un texte triste. Si le texte était triste, la musique était dissonante. C’était un geste politique, contre-courant. Madonna ou Georges Moustaki ont eu le même regard, avec un retour à la puissance de la musique et à l’importance des messages transmis.

Quelle est la chanson la plus marquante de votre répertoire ?
Deux chansons sont très spéciales pour moi. La première, Blue, puisqu’elle parle du moment où j’ai découvert que ma maman était malade. Ce jour-là, nous en avons parlé et j’ai transformé son regard en chanson. Ce moment triste, grâce à une interprétation artistique, est devenu plus paisible. La seconde, Grace Kelly, est très importante pour ma carrière puisqu’elle est liée à une frustration omniprésente. Celle de devoir être plus commercial, moins gay, moins mélodique, moins féminin pour plaire au plus grand nombre. J’ai écrit cette chanson en quinze minutes, en pleine rage. Grâce à cette chanson, la rage est devenue de la joie.

Vous préparez votre prochain album et nous en sommes plus qu’heureux. Pouvez-vous nous en toucher quelques mots ?
Je prépare quatre projets différents, quatre chapitres. Ce format me plait beaucoup puisque j’aime mélanger les choses : la musique symphonique, la musique qui fait danser, la musique qui fait chanter. Le travail d’un musicien, d’un interprète ou d’un compositeur doit être multidimensionnel. L’idée de sortir un album, de promouvoir un single, c’est complètement obsolète !

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©DR

Vous avez envouté la Philharmonie de Paris en octobre dernier en offrant à votre public une version symphonique de vos tubes, accompagné par plus de 120 musiciens sur scène. Ce concert avait-il une saveur particulière ?
Ce concert était extrêmement intense, sans aucun filtre, ce qui rendait le moment grandiose et très intimiste à la fois. Les moments de silence étaient à couper le souffle et les applaudissements s’apparentaient à des tonnerres. L’un de mes rêves à présent serait de me produire en Belgique au Théâtre Royal de la Monnaie !

Votre public et vos proches, qui vous ont toujours soutenu, vous aident-t-ils à repousser vos limites ?
Mon public est exigeant et enthousiaste. C’est pourquoi, après plus de 15 ans de carrière, le prochain voyage que je souhaite partager avec lui sera éclectique et plein de surprises. Afin de surprendre mon public, je travaille avec ma famille, mes premiers soutiens. On se parle et on travaille ensemble tous les jours, on s’entraide dans nos projets, on part en vacances ensemble. Nous sommes une vraie troupe. Chaque moment est une déclaration d’amour. J’ai aussi la chance d’être entouré d’amis formidables qui acceptent que ma vie soit principalement consacrée à la musique. Ma passion est comme une maison dans laquelle je les accueille avec joie.

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Le public vous apprécie pour votre originalité vestimentaire. La mode est-elle l’une de vos grandes passions, transmise par votre modèle, votre maman ?
La mode non, le style oui ! (Rires). Contrairement à la mode, le style est personnel, intime, parfait et imparfait. C’est une histoire que l’on raconte à travers nos choix. Dire que les apparences sont importantes n’est pas superficiel. En revanche être stylé ne veut pas dire être parfait, mais être unique. J’ai grandi dans un appartement à Paris avec ma maman qui était en réalité un atelier de confection de vêtements pour enfants et adolescents. Je faisais mes devoirs assis sous les tables sur lesquelles étaient coupés les tissus. Cette odeur de poussière émanée par le tissu est ma madeleine de Proust !

D’où vient cette énergie débordante qui vous caractérise à la perfection ?
Cette énergie, c’est mon amour pour la vie. Je m’amuse et je croque la vie à pleines dents à chaque instant. C’est plus compliqué pour mon conjoint, il est épuisé ! (Rires).

Ce cahier spécial est consacré à Paris en ébullition pour ces fêtes de fin d’année. Que représente cette ville pour vous ?
Paris n’est pas une ville comme les autres. C’est une ville qui a une énergie débordante, comme New York, mais qui ne sacrifie pas sa poésie. Paris est chère à mon cœur.

Si vous aviez quelques lieux parisiens à conseiller aux lecteurs de Paris Match Belgique pour les fêtes, quels seraient-ils ?
A Paris, il faut absolument marcher partout pour deux raisons : éviter le trafic important de la capitale et surtout découvrir les trésors de cette magnifique ville. Je vous conseille de vous arrêter au Café de Flore, véritable institution parisienne, ainsi que dans ma brasserie préférée Chez Georges, rue du Mail. Vous pouvez également faire un tour dans un magasin de jouets excentriques : Les drapeaux de France, place Colette. Cette boutique est un monde complètement parallèle qui me fait rêver. Pour compléter votre séjour parisien, je vous conseille d’aller voir les fresques incroyables du Palais de la Porte Dorée, édifice construit à l’occasion de l’Exposition coloniale internationale de 1931.

Quelles surprises nous réservez-vous pour l’année 2022 ?
J’ai beaucoup de surprises pour vous. J’ai décidé de prendre encore plus de risques, c’est le propre de l’artiste ! Se mettre en danger donne de l’énergie, et l’énergie est la seule chose qui peut concrétiser les rêves.

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