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Zaz : « J’en ai fini avec la cigarette, l’alcool, le café… »

La chanteuse de 41 ans a appris les vertus de la patience pour enfin canaliser ses excès. | © Yann Orhan

Musique

Un cinquième album en 11 ans et un titre sobre, « Isa », qui en dit long sur le chemin personnel accompli par la chanteuse jonglant avec les disques de platine et les tournées internationales. Isabelle s’est posée, amoureuse, tendre, apaisée. L’énergie a changé de tempo.

 

Adorée en Russie comme en Allemagne, Zaz se prépare pour une année folle de tournée dans des salles un peu plus petites, pour retrouver la proximité « Et jouer comme des artisans en offrant plein de magie ». La jeune fille impatiente s’est muée en femme attentive. Avoir 40 ans a du bon.

Paris Match. Isa s’était-elle un peu perdue durant 10 ans ?
Zaz. Le plus dur dans la vie est d’arriver à un équilibre. Je dois reconnaître que Zaz avait fini par prendre beaucoup de place. J’étais constamment sur scène, tournée vers l’extérieur, à travailler sur un nouveau projet. Le succès m’apportait tellement de belles opportunités que je ne voulais pas passer à côté. Comme je suis d’une nature assez excessive, je n’arrivais pas à prendre du temps pour moi. Je ne regrette rien et cet album n’existerait pas si je n’avais pas vécu et compris tant de choses. J’avais choisi de ralentir le rythme juste avant le confinement mais les circonstances ont favorisé cette décision. J’ai dû affronter mes propres sentiments, une forme d’instabilité et de dysfonctionnement, et remettre en question certaines structures de ma personnalité. Je suis encore sur ce chemin de changement. J’en ai fini avec la cigarette, l’alcool, le café… De toute façon, je n’avais plus l’énergie de continuer sur le même mode de vie. Au moment du single « Imagine » de ce nouvel album, j’étais comme en chute libre mais il fallait y aller, me faire confiance.

Justement, vous avez proposé un premier titre très dansant pour un album beaucoup plus doux et intimiste.
Je voulais revenir avec une chanson joyeuse et pleine d’espoir. Certes à mon image, celle que le public a de moi, mais ma personnalité comporte d’autres facettes. Je suis la nana qui avance et continue d’y croire, même les jours sombres. On a pu croire que j’étais naïve et vivais dans un monde de Bisounours. Mais non, au contraire, je suis très consciente de la réalité des choses, d’où mon désir de ne pas me laisser entraîner vers des énergies négatives. C’est mon choix d’aller vers des projets qui font sens, de m‘engager pour la planète, de chercher à faire du bien. Et il y a plein de gens comme moi qui choisissent la lumière plutôt que les ténèbres.

 

©Yann Orhan

Avez-vous été plus directive dans le choix de vos chansons ?
Ah mais grave ! Je recevais beaucoup de propositions mais beaucoup étaient des copies de « Je veux ». Ça va, cette chanson je l’ai faite, je ne me lasserai jamais de la chanter, elle est devenue un hymne qui exprime bien ce qui est à mes yeux l’essentiel de la vie. Mais cela n’aurait aucun sens de rechanter toujours le même thème. Du coup, j’ai fait un gros débriefing avec mon équipe pour expliquer mon état d’esprit et les sujets que je désirais aborder afin de travailler au mieux avec les auteurs-compositeurs. Pour qu’ensuite j’apporte ma touche finale avec des mots, des phrases, des pensées. Comme tant d’autres, j’ai envie d’exprimer clairement mes positions. La parole s’est libérée avec les mouvements comme Black Lives Matter ou Me Too, pas seulement libérée mais surtout écoutée.

« Le bonheur n’est pas quelque chose que vous enfermez dans une boîte à vie. »

Êtes-vous aussi plus douce et bienveillante envers vous-même ?
En tout cas, j’ai l’impression de m’être enfin incarnée. Avant, j’étais facilement absente, j’arrivais à m’échapper de mon corps, des mécanismes de défense mis en place depuis l’enfance. En prenant soin de moi, en devenant totalement végétarienne, tout en ne portant aucun jugement sur les autres, j’ai réalisé à quel point j’étais restée longtemps dans le contrôle. En fait, j’avais un côté assez rigide, à vouloir être parfaite tout le temps. Alors oui, aujourd’hui je suis plus douce, à moins me taper dessus à la moindre erreur. Je suis plus à l’écoute des plaisirs de l’existence. Le bonheur n’est pas quelque chose que vous enfermez dans une boîte à vie. Il surgit par moments et ça se travaille chaque jour. En plus, je suis d’une nature très impatiente mais à vouloir sans cesse gagner du temps, on en perd. De nombreux grands sages l’ont dit et répété, ce n’est pas le but qui compte mais le chemin.

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Avez-vous hésité à mettre vos peintures et dessins sur votre album et à les partager sur Instagram ?
J’ai toujours dessiné depuis que je suis enfant mais cette impatience qui me caractérisait fait que je me suis interdite de poursuivre à l’adolescence. J’ai rencontré récemment au Québec un peintre génial, Bob Desautels, qui m’a expliqué une technique au couteau où je laisse parler mon énergie, comme si je sculptais. Je ne me sens pas encore légitime mais j’accepte l’idée qu’on peut aussi faire les choses par plaisir. J’ai osé montrer mes peintures et les mettre sur l’album. Il y aura toujours des gens qui peignent mieux que moi mais tant pis, la peinture me procure une joie infinie, une forme de méditation intense où mon inconscience se lâche sur la toile. Une vraie dose d’énergie.

C’est justement cette énergie que le public attend de vous. Trop parfois ?
Je pense que le public est comme moi, il évolue et heureusement. Mais mon envie demeure de donner de la joie, de la force, du courage. Cette énergie est toujours en moi mais j’y apporte des nuances. Désormais, je sais que je ne sais rien. J’en ai fini avec une attitude de super-héros à vouloir porter tout le poids du monde sur mes épaules. C’est en prenant soin de soi qu’on peut vraiment se tourner vers les autres.

Que peut-on vous souhaiter pour 2022 ?
De la patience, encore et encore ! Et de garder foi en l’avenir, ne pas sombrer dans la peur. Au contraire, nourrir le beau et le bon. La vie se construit avec, pas contre. Ce à quoi tu résistes, persiste.

Album : Zaz, Isa, Warner Music
En concert le 5 mai 2022 au Palais Des Beaux-Arts de Charleroi, le 6 au Cirque Royal à Bruxelles et le 7 au Forum de Liège.

©DR

 

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