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Grand Corps Malade : « mon duo fantasmé ? Avec Bob Marley sur des rythmes reggae »

Fabien Marsaud honore les femmes et ça lui réussit.Il s'essaye enfin aux plusgrandes salles et vivra son 1er Forest National en avril. | © Caroline Bazin

Musique

Avec « Mesdames », disque certifié de diamant, Grand Corps Malade a fait exploser son compteur de fans. Dans l’euphorie d’une tournée dense qui ne lui laissera que peu de répit toute cette année, Fabien Marsaud nous a accordé une conversation sous le signe de la poésie.

 

« Bonsoir, c’est Fabien ». La voix aux graves reconnaissables entre mille s’annonce franche et directe. L’artiste connaît la valeur de son écriture mais, quinze ans après la sortie de son premier album, observe quelque peu médusé le raz-de-marée provoqué par son dernier opus dédié aux femmes. La première édition, portée par le titre « Mais je t’aime » avec Camille Lellouche, Victoire de la chanson originale en 2021, et l’édition Deluxe augmentée de nouveaux titres, se posent en écrins de velours pour ses textes d’un romantisme moderne assumé. Plusieurs concerts sont annoncés en Belgique dont son premier Forest National : « J’ai des souvenirs merveilleux aux Francos de Spa, au Cirque Royal de Bruxelles. Je ne dis pas ça pour vous brosser dans le sens du poil mais les Belges mettent l’ambiance. »

Paris Match. Ressentiez-vous le désir de réaliser un album concept émotionnel en mettant les femmes à l’honneur ?
Grand Corps Malade. Je voulais en effet un album de duos avec des femmes très différentes afin de rendre un hommage vraiment global. Des femmes de divers horizons que ce soit la chanson, le cinéma, la musique. L’un des privilèges de mon métier est de pouvoir faire et provoquer de belles rencontres, d’aller vers des artistes que je ne connais pas comme les sœurs Bertholet ou la jeune chanteuse Suzane dont j’aimais l’univers. Je pense que c’est la diversité de cet album qui fait son originalité. Et mettre ces femmes à l’honneur me permettait d’aborder une multitude de thèmes. Le but était de réaliser du sur mesure à chaque fois, de discuter, de dégager un sujet.

 

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On met volontiers en avant votre esprit positif, votre bienveillance, votre sens de la solidarité et du respect. Ce qui n’empêche aucunement les coups de gueule. Naissent-ils toujours d’une impulsion ? J’en veux pour exemple récent « Des gens beaux » en réaction aux critiques affligeantes subies par la chanteuse Hoshi.
Il n’y a pas de règles en ce qui concerne l’écriture et l’inspiration. Il peut s’agir d’un processus qui mature longuement par rapport à un thème que je désire aborder. Mais, de temps en temps, je peux réagir sur le moment : une phrase, une situation, une injustice qui me procurent une émotion. Alors, en effet, « Des gens beaux » sonne comme un coup de rage face aux propos hallucinants d’un certain monsieur. Mais je pense également au titre « Pas essentiel », une chanson enregistrée en deux jours hors album, au moment où des commerces dits essentiels rouvraient pendant que la culture fermait.

Peut-on considérer le slam comme une philosophie de vie en termes de liberté, de volonté, d’audace ?
Je pense, et heureusement, qu’il n’y a pas que le slam qui permet cette liberté de ton et de parole. L’écriture en général offre cette richesse. « Mesdames » n’est pas du tout un album de slam car l’exercice de genre doit se faire normalement a cappella, en live, dans des petits espaces. Je revendique évidemment être un slameur, je viens de là, mais cet album est plutôt à considérer dans le registre de la variété ou de la pop. Quand l’écriture s’apparente à un acte d’existence, voire de résistance, n’importe quel style convient. Je n’ai jamais été fan des étiquettes, je fais de la chanson tout simplement. Il est vrai qu’étant sans support musical, le slam apparaît très justement plus accessible. N’importe qui peut s’y essayer du jour au lendemain sans rien connaître à la musique.

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Déclaration en duo. La chanson « Mais je t’aime » a foudroyé les fans. Grand Coprs Malade et Camille Lelouche ont remporté en 2021 la Victoire de la meilleure chanson originale de l’année. ©DR

Au-delà des femmes, vous touchez à l’humain en général.
Même quand je parle de moi dans mes textes, je parle de tout le monde. Quand je fais part de mes émotions de père de famille ou d’homme amoureux, chacun peut s’y retrouver, homme ou femme et à n’importe quel âge. Être féministe c’est être avant tout humaniste.

Quel serait votre duo rêvé, même surréaliste ?
Un duo demande une alchimie qui n’est jamais gagnée d’avance, il ne s’agit pas de juxtaposer deux talents. Il faut trouver le bon équilibre entre les voix, les textes, les attitudes. L’exercice, que ce soit sur un album ou sur scène, décuple mon énergie, renforce mon élan. Si je peux imaginer un duo fantasmé et impossible, ce serait avec Barbara, pour sa voix et sa plume incroyable. Plus surprenant peut-être, un duo avec Bob Marley sur des rythmes reggae. Bien sûr, j’aurais pu vous dire Brel aussi.

Pensez-vous laisser une trace ?
Sans fausse humilité, je n’en suis pas sûr, du moins je ne me pose pas la question. Évidemment, je laisse des albums, là est toute la magie de la musique. Mais cette trace restera-t-elle juste pour mes proches et ceux qui m’ont connu ou traversera-t-elle les générations ? L’existence m’a appris à vivre surtout l’instant présent ou à me projeter dans un avenir très proche. Par contre, je ne vais pas ignorer les réactions du public sur les réseaux sociaux. Je vois des profs de français qui étudient mes textes avec leurs élèves, certains titres figurent au Bac, je reçois des témoignages… Du coup, j’ai une forme de responsabilité quant à la suite mais j’essaye de rester moi-même et dans la même urgence d’écrire qu’à mes débuts, quand j’allais slamer dans des petits bars près de chez moi. J’ai toujours animé des ateliers de slam dans les écoles, les maisons de repos, les prisons. Moins aujourd’hui du fait de mes différents projets et de la tournée mais je tiens à le faire encore ponctuellement. J’assiste toujours à des moments forts quand un jeune ou un adulte ose, au bout de deux heures, nous pondre un bout de texte juste incroyable.

Peut-on vous qualifier de poète romantique ?
Ça me va, je ne vais pas cacher ma part de romantisme, indéniable dans des textes comme « Les voyages en train » et « Mais je t’aime » avec Camille Lellouche, ou encore des titres plus personnels tels « Comme une évidence » et « Dimanche soir ». Poésie et amour vont bien ensemble et j’aime écrire sur ce sentiment sous toutes ses formes. Alors certes, l’amour est le thème le plus abordé dans l’art mais on trouve toujours des choses à dire. J’aime chercher un nouvel angle pour l’exprimer, parler de l’amour heureux ou malheureux. Je suis, je l’espère, à la fois un artiste engagé, drôle, sombre, mélancolique et, sans conteste, romantique.

Seriez-vous un révolté apaisé ?
Il y a de ça, apaisé certainement. Quel que soit mon propos, je le partage sur un ton calme. J’ai toujours eu le sentiment de ne pas être obligé de crier fort pour que le message passe. Il a même d’autant plus de force en prenant du recul et en abordant les choses de façon sereine. Je suis quelqu’un de posé même dans la réactivité. D’ailleurs je suis un type plutôt à l’écoute. Dans une grande tablée, je ne serai pas forcément le plus bavard, j’aime observer les uns et les autres, m’en émouvoir ou m’en amuser.

« Je suis, je l’espère, à la fois un artiste engagé, drôle, sombre, mélancolique et, sans conteste, romantique. »

Avez-vous déjà connu des épisodes « Cyrano » ? Des situations où on vous sollicite pour écrire des textes d’amour joliment tournés ?
Oh oui, c’est le lot de beaucoup d’auteurs, notamment via les réseaux sociaux. Je reçois des messages d’inconnus qui me demandent de l’aide pour écrire un message à leur père, leur mère, qui me racontent leur histoire d’amour ou me proposent de parler de telle ou telle cause. Beaucoup plus drôle, je reçois des demandes d’élèves à-propos de devoirs de slam à rendre en classe sur un thème bien précis ! Y en vraiment qui ne doutent de rien, je pourrais vivre exclusivement de commandes de ce genre et y passer tout mon temps. Mais je n’y réponds pas car mes textes doivent venir d’un sentiment personnel et intime.

Réussissez-vous à transmettre le goût des mots à vos enfants ?
Je suis un papa très présent pour mes fils, même en tournée. Je les emmène au sport, je passe un maximum de temps avec eux dès que je suis à la maison. Ils écoutent pas mal de musique, le grand surtout du rap. Le plus jeune m’a dit récemment qu’il avait écrit une chanson. Je vois bien que ce que je fais leur donne des idées même si je n’exerce aucune pression ou influence.

Une journée sans rire est une journée perdue a dit Chaplin.
Je partage avec plaisir la formule. Une bonne ambiance, des rires, du partage en famille ou avec les potes restent les gages d’une bonne journée. Et comme j’aime vraiment beaucoup écrire, je dirais qu’une journée ponctuée par un texte dont je suis plutôt content me procure une vraie joie.

Album : Grand Corps Malade, Mesdames, Caroline Records
En concert : Les 2 avril et 3 novembre à Forest National à Bruxelles, le 23 juillet aux Francofolies de Spa, le 26 août aux Solidarités à Namur.

 

©DR
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