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L’album à redécouvrir : Lauryn Hill et sa leçon de hip-hop magistrale, classique du genre

the miseducation of lauryn hill

Une pochette de légende. | © Columbia.

Musique

The Miseducation of Lauryn Hill, seul album en solitaire de la chanteuse et véritable chef-d’œuvre, sortait le 25 août 1998. Il fera de l’artiste une icône mondiale et lui permettra de remporter sept Grammys au total dans sa carrière. Un opus qui se voit touché par la grâce, mêlant rap et chant avec une justesse folle.

 

Il faut croire que Lauryn Hill aime les histoires qui ne durent pas. En 1996, les Fugees se séparaient quelques mois à peine après la parution de The Score, leur deuxième opus sublime et rassembleur, et seulement trois ans après la création du groupe. La chanteuse sortira deux ans plus tard son seul projet solo, The Miseducation of Lauryn Hill, immense succès qui n’aura jamais de suite. La vie de « Ms. Lauryn Hill » n’est en fait que fulgurance, de ses débuts dans Sister Act aux côtés de Whoopi Goldberg, son enfant avec Rohan Marley (le fils de Bob), sa collaboration avec Aretha Franklin sur A Rose Is Still A Rose ou encore ses études à l’université de Columbia. Tout ça accompli à seulement 23 ans.

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Après la douloureuse séparation des Fugees et les sales coups de l’industrie musicale, Lauryn veut à tout prix lâcher tout ce qu’elle a en elle dans « son » album. Elle orchestre alors son coup de maître, embauchant une bande de musiciens inconnue, les New Ark, pour produire le projet, dénommé The Miseducation of Lauryn Hill, en référence au livre de Carter G. Woodson, The Mis-Education of the Negro (1933), qui aborde notamment le contrôle social exercé par les blancs sur les noirs aux États-Unis.

Ecrit au studio Attic de South Orange (New Jersey) et enregistré dans les studios Chung King en Jamaïque, l’album rencontrera un succès planétaire et quasi-unanime : il se vend à 423 000 exemplaires dès la première semaine, s’installe tout en haut du classement Billboard pendant près d’un mois, puis est nommé à 10 reprises aux Grammy Awards. Il y glane cinq récompenses, dont celle du meilleur album de l’année… Il faut dire que pour préparer sa sortie, Lauryn Hill avait dévoilé deux singles très efficaces, « Lost Ones » puis « Doo-Wop (That Thing) » qui ont rythmé l’été 1998.

Meilleur album rap de l’histoire ?

La grande force des 16 titres proposés, c’est qu’ils sont truffés de tous les genres aimés par la chanteuse. Voguant avec panache entre rap et chant, il redéfinit le hip-hop, le croisant au RnB mais aussi au reggae, comme dans « When It Hurts So Bad », à la soul et au gospel. Le titre éponyme, par exemple, s’inscrit comme une quête spirituelle entre la soul et le piano à coup de superbes envolées mélancoliques. Quand « Lost Ones » est une pure track hip-hop au flow acéré, « Ex-Factor » se veut être une réjouissance RnB géniale. On passe d’un style à l’autre avec une aisance magnifique, tout en gardant cet aspect quasi surnaturel à l’album. Du grand art.

La diva y défend aussi avec une coolitude renversante les valeurs apprises au fil de son éducation : le respect de soi, la sagesse engrangée, la patience et surtout le pouvoir de l’amour. Le débat sur l’amour, c’est le fil rouge de l’opus : dans chaque interlude, un professeur joué par le poète Ras Baraka discute « love » de manière engagée avec ses élèves.

The Miseducation va énormément influencer la génération qui suivra, et sera samplé à tort et à travers : Drake sample « Ex-Factor » pour « Nice for What » (2018)  ; J.Cole avec « Nothing Even Matters » et « To Zion » pour « Cole Summer » et « Can I Holla At Ya » en 2013  ; Kanye West sample le mythique « Doo-Wop (That Thing) » dans « Believe what I say » (2020) ou encore Cardi B sur « Be Careful » avec « Ex-Factor » (2018). Pas pour rien que l’opus est considéré par Rolling Stone comme le meilleur album rap de l’histoire de la musique.

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