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Quand les artistes mettent l’ambiance dans les meetings politiques, contre leur gré

Le Premier ministre Charles Michel et le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders profitent du concert de Stromae à New York pour prendre un petit "selfie" souvenir. | © BELGA PHOTO BENOIT DOPPAGNE

Musique

Une bonne chanson au moment d’entrer en scène, cela peut faire toute la différence pour un politique… même quand on n’a pas tout à fait demandé la permission pour l’utiliser. Petit florilège des pires récupérations politiques du monde de la musique.

 

Le week-end du 21 janvier, les touristes et passants de la capitale parisienne ont pu être attirés en rue par la voix de Stromae. « Papaoutai » passait en effet à plein pot dans les haut-parleurs des dernières manifestations anti-IVG françaises.

Si officiellement, l’artiste n’a pas prononcé d’objection à retardement, il y a fort à parier qu’il ne soutienne pas non plus une utilisation de son titre pour une cause à des années-lumière de son message original et de ses valeurs. L’artiste belge a peut-être là de quoi se consoler : au cours des dernières décennies, il est loin d’avoir été le seul exemple de la récupération politique d’un tube, qui n’avait pourtant aucune vocation à se retrouver dans des manifestations – à l’inverse du toujours très aimé « La France emmerde le front national » des Bérurier noir.

© Marlene Awaad – Dimanche dernier, les anti-IVG marchaient à nouveau à Paris.

« We Are The Champions »

En la matière, les États-Unis semblent être les champions toutes catégories de la recontextualisation musicale. Toujours très « show », il n’y a pas un meeting américain qui ne débute sans avoir préalablement chauffé la foule avec, mettons, tout à fait « au hasard », « Born in the USA ». L’ironie à peine masquée tient à l’utilisation quasiment compulsive du morceau aux accents si patriotiques. En 1984, Ronald Reagan en fait même le hit de son ascension à la présidence, oubliant par la même occasion que la chanson traite… du trauma de la guerre de Vietnam.

Quatre ans plus tard, Bush Senior choisit « Don’t Worry Be Happy » de Bobby McFerrin comme hymne à la joie de sa campagne. C’est sans compter sur le refus catégorique de l’artiste de soutenir, même musicalement, sa présidence. Le candidat républicain tente alors le tout pour le tout : il invite McFerrin à dîner, pour le faire changer d’avis… Sans succès.

Mais les républicains ne sont pas les seuls à aimer saupoudrer leur campagne de bon son, que son utilisation soit consentie ou pas. Barack Obama himself s’est vu rappelé à l’ordre par la formation Sam and Dave, dont il utilisait le tube « Hold On, I’m Comin’ ». Pas rancunier pour un sou, le ténor du duo à l’origine du coup de gueule, Samuel Moore, a joué plus tard au bal d’investiture de l’ex-président.

Plus récemment, Trump s’avançait face à la foule, confiant, au son de « We Are The Champions ». Une audace que le groupe britannique Queen n’a pas particulièrement appréciée, et ils n’étaient pas les seuls : à leurs cotés, ou du moins dans les speakers des meetings du président en devenir, on retrouvait également Neil Young, les Rolling Stones, Aerosmith ou encore la chanteuse Adele. Tous ont manifesté leur agacement d’être réutilisés à la sauce Donald Trump.

De quoi commencer à chauffer sérieusement les artistes US, qui se sont fendus d’un nouveau titre original, en juillet 2016. Dans « Don’t use our song » (« N’utilisez pas notre chanson »), Usher, Cindy Lauper, Sheryl Crow et d’autres chanteurs chantent leur mécontentement. « N’utilisez pas nos chansons – Parce que vous le ferez mal – Ça peut avoir l’air attirant – Mais vous ne faites que nous voler » , peut-on y entendre. Le morceau n’est peut-être pas devenu un tube, mais il semble qu’il ait été efficace auprès de la classe politique américaine.

« Artiste inconnu »

Notons qu’il ne faut pas être forcément Américain pour s’attirer les foudres musicales des artistes. Côté français, les équipes de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande et du FN ont tenté d’épater la galerie grâce à leurs goûts musicaux résolument modernes. Le premier, en fêtant sa victoire contre Jean-Marie Le Pen avec « One More Time » des Daft Punk, alors que le groupe avait indiqué explicitement qu’il ne souhaitait pas que ses chansons soient utilisées en politique.

Sarkozy s’était quant à lui arrogé le soutien du groupe américain MGMT. Lorsque les auteurs de « Kids » l’ont menacé de poursuites en justice, l’ex-président a assuré avoir utilisé le morceau par accident et leur a proposé un euro symbolique, en compensation.

Au rayon diplomatie, il convient aussi de rappeler l’élan d’intérêt du Front national pour « Midnight City », un morceau du groupe M83. Le parti avait utilisé sans aucune autorisation le titre phare du groupe dans un clip de campagne, en créditant au passage la chanson « artiste inconnu ».

« Tous ces rêves que nous tenions de si près, semblent partir en fumée » : a priori, les paroles de « Angie », des Rolling Stones, n’annoncent rien de bon, quand il s’agit de battre campagne. En 2005, la future chancelière allemande Angela Merkel décide pourtant de sortir le morceau des tiroirs pour le mettre au profit de sa phase de séduction des électeurs. S’il s’agit en effet du diminutif de Merkel, cela n’aura pas suffit à apaiser la colère du groupe, qui annonce que, si on le lui avait demandé, ils auraient refusé tout net que la cheffe du CDU utilise leur morceau.

And the winner is…

La palme de la récupération politico-musicale revient néanmoins à la faction croate de « la manif’ pour tous », qui a jugé bon d’utiliser un morceau du groupe The XX pour un clip de promotion. Choix étonnant – et contesté par le trio anglais -, lorsqu’on sait que la chanteuse Romy Croft a annoncé il y a peu son mariage à venir avec sa petite amie, Hannah Marshall.


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