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Putain, putain… Arno est mort

Orphelins de celui que la génération de Stromae appelait affectueusement 'Tonton', il nous reste à nous repencher sur la quinzaine de disques solos d'Arno. | © BELGA PHOTO KURT DESPLENTER

Musique

Un billet de Laurent Depré

Le premier souvenir d’Arno remonte à la moitié des années 80. Dans un vestiaire de foot, en catégorie d’âge, on se souvient de ce petit coéquipier flamand hilare perché sur la banquette qui chantait à tue-tête « Putain putain, c’est vachement bien… On est quand même tous des Européens ! ». D’où pouvait bien venir cette chanson aux paroles bizarres ?

Le second souvenir qui nous revient en tête est la sortie de l’album À la Francaise paru une bonne dizaine d’années après. Et les très nombreuses écoutes de la cassette dans le « double deck » de la chaîne stéréo ou l’autoradio. Avec ce couplet introductif qui résonne particulièrement en ce mauvais jour… « Il y a des serpents dans mes bottes. Il y a des chiens qui frappent à ma porte. Les étoiles chantent au ciel noir. La lune me regarde comme un chat noir… »  

La vision est en effet cauchemardesque. Arno est mort. La Belgique a perdu l’un de ses plus grands artistes ainsi qu’un « performer » emmenant chaque fois avec lui un public conquis. Si le musicien et chanteur a donné des concerts dans le monde entier, la ‘Belgitude’ d’Arno était bien réelle. Lui, l’Ostendais aux racines anglaise et française, vivait à Bruxelles depuis trente ans. Il chantait en anglais, en français et en flamand, enfin plutôt en ostendais.

Le troisième souvenir repose sur une interview magique et totalement décalée avec un Arno en grande forme début des années 2 000 dans le cadre du festival Couleur Café… Quelle rencontre, quel impérissable moment !

Arno avait cet esprit de chez nous… Celui de ne pas se prendre au sérieux, de se tourner en dérision avec le sens de la formule et du surréalisme. En évoquant ses problèmes de bégaiement dans le passé, il disait « je parlais comme un vieux monsieur qui a des soucis de prostate… »  En évoquant sa maladie, il y a quelques semaines à peine, Arno déclarait pudiquement à la radio flamande Een : « Je suis comme dans un film de cow-boy: tout est possible et tout peut changer très vite… »

Orphelins à présent de celui que la génération de Stromae appelait affectueusement ‘Tonton’, il nous reste à nous repencher sur la quinzaine de disques solos et la poignée d’albums de l’ère TC Matic qu’il nous a légué. Sans oublier les années 70 et le duo très blues Tjens-Couter. Réécoutez le très Stonien « Asking Myself All Day » pour vous donner un coup de boost. Car avant d’incarner tout ce qu’Arno incarnait, il était surtout un magnifique artiste. « La musique m’a sauvé », répétait-il à l’envi… À sa musique d’en faire autant avec nous maintenant.

Adieu ventje !

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