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Delv!s, soulman mélancolique : « Les artistes créent pour échapper à la réalité »

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Niels Delvaux, l'homme ténébreux derrière le projet Delv!s. | © Guy Kokken.

Musique

La pépite groovy de la scène belge signe son retour avec Blablablue, projet qui réinvente la musique d’antan à la sauce 2.0. en convoquant Nina Simone, Billie Holiday ou encore James Brown. Rencontre avec un artiste discret et à l’ancienne qui aurait aimé vivre à l’époque de ses idoles.

 

Il fait partie de ces éternels rêveurs pour qui la vie n’est qu’un chemin semé d’interrogations, de quête de soi et d’imaginaires à gogo. Biberonné à la soul et au gospel dés son enfance, le Belge Niels Delvaux aka Delv!s nous avoue volontiers être un grand nostalgique : « Je suis un grand rêveur, si je le pouvais je rêverais tout le temps ! » Un état d’esprit, un spleen, qui façonne sa musique depuis aussi loin qu’il s’en souvienne : « Je pense que dans son processus de création, chaque artiste essaie de reconstruire un rêve, un imaginaire propre à son interprétation du monde. Les artistes créent pour échapper à la réalité, non ? »

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Mis sur orbite en 2017 avec son EP No Ending, le chanteur et beatmaker envoie coup sur coup deux tubes pop très efficaces, « Come my way » et « Brother », et s’arroge une célébrité soudaine qui va au-delà de nos frontières. Un statut qui colle mal à la peau de Niels, l’artiste préférant rester un artisan, loin des projecteurs et du rôle de « star » – d’où l’utilisation de sa marionnette dans ses clips, comme pour se cacher derrière un avatar. Pukkelpop, Eurosonic, MaMa Festival, Delv!s foule des scènes réputées, se fait un nom et prend son pied. Une pandémie plus tard, le jeune homme – qui avait bossé avec le songwriter Maxime Tribèche sur son EP précédent – veut trouver son second souffle comme un grand, en solo dans son processus créatif : « J’avais besoin de travailler seul, contrairement aux précédents projets, où je collaborais avec d’autres, pour grandir, faire des erreurs et encore m’améliorer. »

Entre nostalgie et sens de la vibe, un projet musical unique

Niels travaille alors d’arrache-pied pour mettre tout ce qu’il a de plus intime dans son Blablablue, délaissant le côté pop des débuts pour aller vers la soul, son genre de cœur. « J’avais pas envie, sur ce projet, de chercher à tout prix un hit, mais plutôt d’exprimer ce que j’ai de plus intime au fond de moi », confie-t-il, avouant s’être largement inspiré du musicien Shuggie Otis et son légendaire album Inspiration Information : « La première fois que je l’ai entendu, c’était lors d’une super belle soirée il y a cinq ans, et j’ai appris plus tard qu’il avait quasi tout fait tout seul sur cet album, ce qui m’a soufflé. J’aime le mood, le groove qui ressort de sa musique. Son énergie est incroyable. »

Et Delv!s s’emploie avec brio à trouver le groove parfait, ce petit truc qui nous emmène dans son univers, son imagination. Sur le très réussi « Walk Alone », titre soyeux à la vibe entraînante et taillé pour l’été, c’est le son inaugural d’un magnétophone qui nous invite à nous replonger vers le passé, et imaginer en même temps un futur plus radieux. Tourné vers le temps d’avant Delv!s ? Peut-être, mais il se veut aussi être un optimiste qui cherche l’amour de soi : « Avant de donner son amour aux autres, il faut savoir s’aimer soi-même », professe-t-il. Blablablue n’est autre qu’un miroir de cette quête, « Walk Alone » en tête.

Niels voit dans son projet musical l’occasion de dépeindre son chemin de vie et d’affronter ses peurs, ce qu’il a de plus intime, comme sur « Baby Blue », où l’artiste joue avec sa mélancolie pour tenter de s’en extirper : « Dans ‘Baby Blue’, je me regarde dans le miroir et je me dis à moi-même que je dois m’éloigner un peu de la mélancolie, relever la tête », nous confesse-t-il clairvoyant. Mais ne vous y méprenez pas : si Delv!s a bel et bien le blues, il est aussi un merveilleux producteur de bonnes vibes, parvenant à mêler funk, soul et électro subtilement. Que ce soit sur le très radiophonique « Human Trumpet », l’entêtant « Money » ou le vrombissant « Punika », le producteur et sa voix un brin cassée nous fournissent une bonne dose de sérotonine.

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Entre sa nostalgie et son sens de la vibe, Delv!s nous propose un projet musical unique, façonné à partir de ses idoles : Nina Simone, James Brown, Ella Fitzgerald,… Et en premier lieu Billie Holiday, « la sainteté incarnée dans l’histoire de la musique. » Quand on lui demande de citer des noms plus actuels, Niels se confond en admiration pour les francophones de Robbing Millions et leurs « sons tropicaux parfaits. » Mais s’il y a bien une étoile belge pour qui il a une énorme sympathie, c’est son amie Selah Sue, qui l’avait repéré en 2011, et avec qui il « rêverait » de collaborer sur un morceau. Nous, on se met dés lors à fantasmer sur un tel duo.

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