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Doowy : « C’est un travail de tous les jours d’arriver à s’accepter, de faire la paix avec son passé »

Doowy présente aujourd'hui son premier EP Contre-Nuit. Six titres frais, énergiques et qui donnent à réfléchir.

Doowy sera au Botanique le 22 juin prochain. | © DR

Musique

Doowy présente aujourd’hui son premier EP Contre-Nuit. Six titres frais, énergiques et qui donnent à réfléchir.

 

Après avoir collaboré avec Lost Frequencies et Mustii, le bruxellois Thibaud Demey se lance maintenant dans un projet solo. Doowy dévoile ce 25 mars son premier EP Contre-Nuit ; une musique solaire, disco, pop et funky. Les mélodies sont dansantes alors que les textes donnent à réfléchir. Une manière d’aborder des sujets sérieux – comme le deuil ou la masculinité toxique – avec une dérision et une certaine positivité. Rencontre.

Paris Match Belgique. Votre EP s’appelle Contre-Nuit, pour « contrer les moments d’ombres par des morceaux solaires », vous expliquez. C’est une philosophie de vie ?

Contre-Nuit, c’est comment lutter contre cette part d’ombre que l’on a en nous, des traumas, ou des choses qui se sont passées (bien ou pas), et faire la paix avec son passé. Quand tu approches de la trentaine, tu regardes en arrière et tu fais un espèce de premier bilan. Tu remarques certaines choses qui t’ont fait évoluer, et j’aimais bien cette idée de faire la paix avec des événements du passé. Je parle aussi de la mort, mais je la vois de façon « bienveillante ». J’essaye d’alléger la chose, de la représenter de manière poétique.

Et vous y arrivez dans votre vie quotidienne ?

C’est un travail de tous les jours d’arriver à s’accepter, de faire la paix avec son passé. Il faut se dire que ça a formé la personne que je suis, et que ça me permet d’avancer aujourd’hui.

Bien que ce soit de la musique pop actuelle, on reconnaît des influences de la variété française. Ça vient d’où ?

Quand j’étais petit, ma mère écoutait beaucoup de chansons françaises. Et quand tu es ado, tu as tendance à rejeter ce que tes parents écoutent, en les traitants de ringards. Et puis à un moment, dans un brin de nostalgique, et je me suis réintéressé à ce qu’elle écoutait. Je me suis reconnu dans plein d’artistes.
Et puis j’ai découvert des artistes comme Gainsbourg, que ma mère n’appréciait pas vraiment mais que moi j’adore. Mais ça a fait écho à tout ce qu’elle écoutait : Balavoine, Françoise Hardy, tous des artistes de l’époque qui restent, au final, des classiques de la chanson française.

Qu’est ce qui vous inspire en particulier chez eux ?

Je dirai leur personnalité, leur style, et leur écriture. Je vais pas mal puiser dans les sonorités de l’époque, et dans la façon d’écrire. Par contre, j’aborde des thématiques liées à des choses de ma génération. Je peux parler de masculinité et de différents thèmes plus actuels aujourd’hui.

 

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Vous parlez justement de l’image que l’on a de la masculinité dans « L’eau du bain » et « Fragile ». C’est un sujet important pour vous ?

Pour « Fragile », j’avais envie de tourner en dérision des propos que j’ai pu entendre sur les bancs de l’école. Je n’ai jamais vraiment correspondu aux archétypes de « ce que devrait-être un homme », et je ne satisfaisais pas vraiment les codes de l’époque. Souvent, on pensait que j’étais homosexuel parce que je portais des couleurs, que je me teignais les cheveux ou que je portais des boucles d’oreilles. Il y avait un écart avec ce que l’on attendait un peu d’un homme.
Aujourd’hui, avec le féminisme, ça a vachement libéré la parole chez les femmes, et à juste titre. Et chez les hommes, ça commence aussi petit à petit à s’ouvrir. C’est important d’en parler, de libérer la parole, et de déconstruire ensemble ces clichés sur la masculinité. Dans ma musique, j’aime bien déconstruire tout ça à ma manière, avec de l’autodérision à la belge. J’aime bien ce concept de ne pas brandir ou se victimiser, mais tout simplement tourner en ridicule des propos comme dans « Fragile ».

Vous en avez souffert quand vous étiez enfant de la masculinité toxique ?

J’en ai souffert, mais j’ai été aussi pas mal témoin. Quand tu tombes à neuf ans et qu’on te dit « ne pleure pas comme une fille », comme si pleurer c’était un truc de fille… C’est quelque chose qui m’a toujours déplu car tu t’interdis de pleurer devant les gens et d’avoir des émotions. C’est important de parler de ces comportements parce que ça peut créer des blocages… et des gros connards aussi !

Eddy de Pretto parlait déjà de la masculinité toxique dans sa chanson « Kid ». Ça vous a inspiré ?

J’aime beaucoup ce qu’il fait, mais ça ne m’a pas spécialement inspiré. Aujourd’hui, dans l’inconscient collectif, il y a un peu l’idée de se dire que si tu es homosexuel, « ça passe ». C’est horrible, mais c’est le cas. Par contre, si tu dis : je suis un homme, je suis hétéro, j’aime les couleurs, et ça m’arrive de porter du vernis à ongle, là les gens se disent « c’est bizarre ». Comme si on n’arrivait pas à te ranger dans une case.
Quand j’ai sorti « L’eau du bain », pas mal de connaissances m’ont dit « ah mais t’es pas homo en fait ? » Et c’est ça qui m’a un peu mis la puce à l’oreille : il y a encore du travail. Je voulais dire que tu peux être un homme, tu peux avoir des goûts différents et pas spécialement une étiquette derrière laquelle te ranger. C’est un message réellement important pour moi et que j’avais envie de partager à ma manière, avec une touche d’humour.

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On parlait de l’épreuve de deuil, c’est le thème de votre chanson « Mon étoile »…

Le jour où j’ai appris le décès de ma mère, j’ai écrit beaucoup de chansons tristes pour me « décharger », mais j’avais juste envie de retenir quelque chose de beau en fait. C’est pour cela que je parle de la montée au ciel – pas du tout de manière christique, car je ne suis pas religieux – mais plutôt l’imaginer devenir une étoile, un astre qui me guide pour le reste de ma vie. On dit souvent qu’on revoit les êtres chers perdus en rêve, et j’aime bien cette idée. J’aime voir ça comme quelque chose de doux, de beau, de poétique, de positif dans un certain sens.

Doowy sera à Louvain-la-Neuve le 21 avril, à l’Ancienne Belgique le 28 avril (en première partie de Konoba), et au Botanique le 22 juin.

Mots-clés:
pop musique belge Doowy
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