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L’album à redécouvrir : « Moon Safari » de Air, voyage en apesanteur

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La pochette très rétro d'un classique de la French touch. | © Virgin Records.

Musique

En 1998, le duo français sortait son premier disque devenu pilier de l’électro downtempo. Flottant dans l’espace, bijou de précision, ce safari lunaire s’est imposé comme une référence de la très cool French touch, naviguant entre perles instrumentales et morceaux hyper sensuels. Embarquement immédiat.

 

Installez-vous confortablement dans un profond fauteuil et fermez les yeux. Pas besoin de mettre sa ceinture, tant la navette spatiale vous conduira en toute tranquillité vers les astres. Le décollage est imminent pour le Moon Safari de la compagnie Air, space trip planant et relaxant, sorte de session de méditation musicale millimétrée.

Depuis 1998, nombreux sont ceux à avoir fait le voyage avec le premier disque du duo parisien. Devenu un modèle d’électro downtempo, ce genre musical similaire à l’ambient et qu’on qualifiera d’ « atmosphérique », l’album est signé Jean-Benoît Dunckel et Nicolas Godin. Les deux Versaillais ont été bercés par une multitude de genres, mais leur influence première reste indubitablement les Pink Floyd, qu’ils écoutaient adolescents, rêvant d’une carrière de rock star.

Jean-Benoît Dunckel et Nicolas Godin
Jean-Benoît Dunckel et Nicolas Godin, en 2016. © LE PARISIEN / ARNAUD DUMONTIER.

La recherche de la plénitude

C’est finalement vers une scène électronique métamorphosée que les deux amis vont se diriger, portés par ce genre en pleine ébullition en Europe. En 1997, The Prodigy, The Chemical Brothers et Fatboy Slim dominent le british game à coups de rythmes effrénés. Chez nos voisins français, Daft Punk va tout aussi vite dans ses beats et met tout le monde d’accord avec Homework. Dunckel et Godin vont de leur côté sensiblement ralentir les mélodies pour proposer des pièces langoureuses et ondulantes.

Le titre Moon Safari n’a rien de hasardeux tant d’un côté le duo fait étalage de nombreuses inspirations, tel un zoo musical qu’on peut contempler à l’écoute de l’album, qui lui confèrent un charme rétro fabuleux. De l’autre, le lent voyage vers et autour de la lune semble sonner comme une évidence. Sort alors en janvier 1998 ce disque à contre-courant, un pari osé qui s’ouvre en plus sur un morceau instrumental long de 7 minutes, le divin « La femme d’argent ».

Une pluie d’été crépite, des lignes de basse pleine de chaleur apparaissent au loin, depuis le clavier des notes célestes venues d’un paradis perdu finissent par créer une douce mélodie enchanteresse. La référence à peine dissimulée à Cymande, un des plus grands groupes de funk des seventies, paraît incontestable. Air y va tout de même de son empreinte plus moderne, monte dans les tours et les beats tournoient plus vite. Quasi le trip parfait pour s’envoler.

Le duo prouve dés le deuxième titre qu’il n’est pas là pour faire de la figuration. Le tubesque et ultra chaud « Sexy Boy », sa basse ronflante et cette voix si sensuelle deviennent instantanément une pièce de pop culture qui sera reprise à foison. La température redescend un peu pour laisser place à un titre plus folk et porté par la sublime voix de Beth Hirsch. Air vient ici lorgner sans complexe du côté de Portishead, et le fait magnifiquement bien.

Comme le décrit si bien Godin, l’alchimie du disque s’appuie sur un piano Fender Rhodes, « des riffs de basse et des nappes de Solina string ensemble. Et pour lier le tout, des vagues de synthés monophoniques passées dans des delays analogiques […] sans oublier le vocoder Korg DVP1 ». Du très pop « Kelly Watch the Stars » au dreamy « Ce matin-là », tout n’est que travail d’orfèvre mêlant tous ces outils. « Le Voyage de Pénélope » vient conclure le périple sur des tons jazzy, laissant notre imaginaire comblé.

Moon Safari hissera le duo au sommet, le menant à jouer aux quatre coins du monde, à créer la bande originale culte du Virgin Suicides de Sofia Coppola, et aura surtout une influence majeure sur toute une génération de musiciens et d’artistes, portés par cette recherche de la plénitude totale en toute élégance. « La simplicité est la sophistication suprême », disait de Vinci. Une maxime qui colle à merveille à ce safari lunaire.

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