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Les tranformations de Mustii

Mustii parle d'une époque où on n’a jamais autant parlé de santé mentale, un sujet qui n’est heureusement plus tabou, notamment chez les jeunes. | © DR & Daniil Lavrovsky

Musique

Thomas Mustin côté écran, Mustii côté musique. Deux faces complémentaires pour un même artiste. Pour l’heure, place à l’auteur-compositeur à la voix puissante dont le deuxième album, véritable claque émotionnelle et rythmique, impose ses couleurs rock.

 

Chaque titre agit comme une pulsation vibrant au plus profond de nous. Mustii ne se complaît jamais dans la facilité. Lui qui jongle entre les succès, au théâtre dans « Hamlet », pari fou et amplement réussi, et à la télévision dans « L’île aux 30 cercueils », se consacre à présent à la tournée qui accompagnera un album à la thématique troublante : la schizophrénie dont a souffert son oncle et l’empreinte laissée dans la famille. Pourtant, les onze titres nous emportent vers nos propres questionnements et donnent plutôt envie de danser, de s’enlacer plutôt que de sombrer.

Paris Match. La page Hamlet est définitivement tournée. Un cap difficile ?
Mustii. Oui, surtout humainement. Et c’est là que je me rends compte que ce métier peut être psychologiquement violent car ponctué de séparations, de petits deuils à faire. Or je déteste les étapes de transition et d’abandon. D’autant que cette expérience n’a fait que confirmer ma passion pour le théâtre, plus contraignant en termes d’agenda mais qui reste la base de l’apprentissage et de la rigueur. J’y vis pleinement le moment présent, un sentiment que je retrouve en concert. La barre était tellement haute avec « Hamlet » qu’il va me falloir du temps pour digérer cette incroyable aventure. Je dois de toute façon me concentrer directement sur la musique avec la préparation de mes concerts. C’est à la fais une difficulté et une chance mais totalement à l’image de ce qu’est ma vie puisque je jongle entre scène, tournages et studio.

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Comment vivez-vous cette dualité entre l’aspect sombre et dramatique de vos chansons comme de vos rôles et votre côté jovial et chaleureux ? Quelle est la part de tragique en vous ?
Une part importante, je ressens une inquiétude permanente mais avec le désir de transformer une énergie noire en quelque chose de plus solaire sur scène. Quand vous voyez les rôles qu’on me propose, ils se révèlent toujours névrosés, tourmentés. À moi d’apporter de la nuance dans la tragédie. Je lutte contre ma part sombre et j’ai besoin de m’extérioriser par la générosité et l’exubérance. Et s’il y a bien un domaine qui me permette de vivre mes émotions beaucoup plus intensément, c’est celui du jeu et de la musique. Hasard ou coïncidence, on m’a proposé de jouer dans « L’île aux 30 cercueils » un personnage très borderline alors que j’étais en train d’écrire mon album sur mon oncle et la schizophrénie. Et ce, à une époque où on n’a jamais autant parlé de santé mentale, un sujet qui n’est heureusement plus tabou, notamment chez les jeunes. Cet album représente une porte d’entrée me permettant de parler d’identité, de différence et de la façon de trouver sa place dans le monde. Comment donner du sens quand nous vivons des événements actuels avec le sentiment de n’avoir aucune prise sur rien ? La musique a cette faculté de pouvoir repenser les choses tout en divertissant.

« Je lutte contre ma part sombre et j’ai besoin de m’extérioriser par la générosité et l’exubérance. »

Il est où l’espoir ?
Dans le partage et l’action, dans le mouvement, le fait de ressentir qu’on est vivant. Cet album est à la fois très rock et années 80. La vie s’exprime dans les contrastes, de la névrose à la joie. Nous vivons parfois des moments de déprime mais l’important est de les transformer et d’affirmer notre envie d’exister.

Le stylisme occupe une place importante dans vos concerts et vidéos. Une façon d’endosser un personnage, de vous transcender ?
Je travaille avec Tom Eerebout qui collabore notamment beaucoup avec Lady Gaga. J’ai envie d’aller vers un univers plus « roots », sans esbrouffe, pour que la musique occupe vraiment toute la place. Je vais proposer une scénographie épurée, moins glam, dans des clubs typés, pour être près des gens. Je compte bien aller chercher un nouveau public notamment à l’international, séduire la France autrement que par le biais de la fiction TV. Mustii c’est moi exposant 10, grossi à la loupe ! Je livre une émotion juste mais amplifiée. La scène vous met en éveil extrême. La transformation me fascine. J’arrive encore à étonner mes proches, sur écran comme sur scène. Je leur ai encore montré une autre facette de moi avec Hamlet. J’aime l’idée d’être comme de la pâte à modeler et façonner mes rôles tout en ayant une vision précise de ce que je veux proposer.

Mustii, It’s Happening Now, Warner Music
En concert le 8 juin à l’AB à Bruxelles et, entre autres, le 20 juillet aux Francofolies de Spa, le 7 août au Ronquières Festival, le 28 août à Scène sur Sambre….
https://www.mustiimusic.com/

 

©DR

 

 

 

 

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