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De Bruxelles à Belgrade, comment Balkan Trafik tisse la toile d’une culture foisonnante (2/2)

balkan trafik festival

À gauche : Goran Bregović. À droite : le jazzman belge Nathan Daems. | © BELGA / DR.

Musique

Programmé le dernier week-end d’avril sur la place De Brouckère, le festival culte Balkan Trafik est bien plus qu’un simple rassemblement musical. Immersion en Serbie, à Belgrade et au-delà, à la rencontre de ceux qui vont faire exploser le centre de notre capitale, aidés par une organisation hyper créative qui a mis les petits plats dans les grands.

 

Il se cache derrière ses lunettes fumées, échange quelques mots en serbe avec des musiciens et, si on ne savait qui il était, Goran Bregović passerait quasi incognito. Dans l’antre du Bitef Café, club très prisé où le meilleur de la musique serbe et internationale vient se produire à Belgrade, le maestro arrive sans l’air d’y toucher. Connu pour avoir écrit et composé la bande originale du film Le Temps de Gitans, chef d’œuvre de Kusturica, « Brega » est une superstar ici, un Dieu vivant, celui qui a contribué au sacre de la musique gitane sur le devant de la scène mondiale. « Je joue avec les gitans depuis toujours, et à chaque fois il y a un petit miracle. Est-ce que Dieu leur a donné ce rôle là dans notre monde ? Peut-être. Ils ont un talent inexpliquable. Ils sont très éclectiques. Pas parce que c’est moderne, mais parce qu’ils doivent survivre avec la musique », confie l’artiste pour expliquer la recette du son gipsy.

De l’importance de la folie

« Il y a quelque chose de punk dans la musique gitane. Ils ne produisent pas de la musique, ils produisent de la folie. Personne n’avait fait ça avant. Parce qu’initialement, les orchestres amateurs ne sont pas capables d’accorder des guitares. Et en réalité, leurs instruments ne sont jamais parfaitement accordés. C’est ça qui crée de la folie tout le temps. » Ce tourbillon, cette danse si particulière, Goran Bregović est honoré d’en être devenu le porte-drapeau : « Aujourd’hui, le plus grand compliment c’est de savoir que des orchestres gitans jouent mes chansons le week-end », avoue-t-il en toute humilité. Quand Bojan Krstic ou l’Orchestre Kadrievi reprennent ses plus grands tubes, le maître s’émeut, lui qui n’a eu de cesse de casser les barrières. La musique des Balkans a-t-elle réellement des frontières, existe-t-il vraiment des différences entre les musiciens serbes et macédoniens par exemple ? Goran n’y croit pas vraiment, lui qui s’autoproclame comme un « Frankenstein de la musique ». Certes, des petites choses changent entre les pays, « mais c’est toujours cette même folie qui prime ! ».

Goran Bregović
Goran Bregović. © Rosie Photography.

Cette folie, « Brega » va la transposer le temps d’un week-end (le 28 avril d’abord à Namur, le 29 à Bruxelles) sur la place De Brouckère en reprenant ses plus grands classiques, aidé par son « Wedding and Funeral Big Band », un brass band qui mêle percussions, cuivres tziganes, polyphonies bulgares… Un condensé de ce que l’artiste nous dit plus haut, un mélange de cultures qui ne font plus qu’une, et que Nicolas Wieërs et son Balkan Trafik s’évertuent à nous partager.

On joue tous la même mélodie au final, non ? Celle des Balkans va du local au planétaire, nos cultures s’entremêlent

Changement de style. Le Bitef Café prend en cette fin d’après-midi pluvieuse des tons plus jazzy. Des musicens répètent, les cuivres résonnent, les tambours se font de plus en plus rythmés… Le Balkan Jazzovic Quintet, encore une idée de Nicolas, ajuste ses notes. Cette création « Balkan Trafik » n’est autre que la fusion entre le jazzman belge Nathan Daems et le pianiste virtuose Vasil Hadzimanov, qui joue ici dans sa ville. On se croise entre deux réglages, et les deux hommes confient leur excitation autour de ce projet. L’idée est simple, reprendre les sonorités des Balkans à leur compte en y ajoutant une dimension contemporaine et jazz. « Tout le challenge est là : créer une mélodie jazz à partir d’une compo de Vasil et de sonorités balkaniques. Avec les autres musiciens qui nous accompagnent sur scène, on essaie de trouver une nouvelle énergie, on part à la recherche d’un son inconnu », détaille avec passion Nathan, visiblement conquis par la récente collaboration.

Une même passion qui va faire vibrer Bruxelles

Et aux deux musiciens de s’accorder sur l’amour du risque, de se mettre en danger pour tirer de nouvelles choses imprévisibles. « C’est dingue de voir qu’avec nos backgrounds différents, nos univers qui ne sont pas les mêmes, on arrive sur scène à trouver une harmonie nouvelle. On joue à partir de règles qui nous ont été introduites, et peu à peu avec ce genre de projets, on arrive à déconstruire ces diktats, pour naturellement arriver à un son génial », s’extasie Vasil.

Comme un pont vers ce que narrait « Brego », Vasil insiste sur cette musique des Balkans qui n’a pas de frontières. « Nos sonorités ont été influencées par les Turcs et les Arabes, de nombreuses chansons venant de l’ouest ont aussi inspiré nos ancêtres. On joue tous la même mélodie au final, non ? Celle des Balkans va du local au planétaire, nos cultures s’entremêlent », clame encore Vasil en se tourant vers Nathan qui acquiesce.

L’idée de Nicolas Wieërs n’était-elle pas là ? Mixer les cultures, les genres, des Balkans et d’ailleurs finalement, pour nous dire que les différences n’existent pas. Briser les stéréotypes au travers de créations artistiques, en amenant cette folie douce du « temps des gitans », en revisitant des classiques et en les sublimant. Ce contrat passionné semble rempli, et il est à découvrir le week-end prochain dans le centre du Bruxelles. Pour une édition qui s’annonce déjà mémorable.

Balkan Trafik, à Namur le 28 avril et à Bruxelles du 29 avril au 1er mai

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