Paris Match Belgique

Vendredi sur Mer : « Cet album est hyper fort, avec du caractère, et en même temps, il est très fragile et intime »

Vendredi sur Mer : « Cet album est hyper fort, avec du caractère, et en même temps, il est très fragile et intime »

"J’étais juste trop heureuse de retourner en studio et de bosser avec des gens incroyables. C’était une vraie partie de plaisir de faire cet album." | © DR

Musique

Ce second opus Métamorphose porte bien son nom, puisque Charline s’affirme et ne se cache plus derrière son personnage.

 

Après un premier album pop, léger et coloré – popularisé en particulier par « Écoute chérie » – Vendredi sur Mer revient avec un second opus plus techno, intime, et ancré dans le présent. Métamorphose porte bien son nom, puisque Charline s’affirme et ne se cache plus derrière son personnage. La musique est toujours aussi dansante, les textes sont francs. En se forçant à sortir de sa zone de confort, Vendredi sur Mer se dévoile avec un album sincère et délicat. Rencontre avec une personnalité pétillante que l’on a hâte de découvrir sur scène le 11 mai au Botanique.

Vendredi sur Mer : « Cet album est hyper fort, avec du caractère, et en même temps, il est très fragile et intime »
© DR

Comment s’est passé la création de ce second album ?

Très bien, il a été très rapide à faire. Quand j’ai commencé à réfléchir à ce deuxième album, j’avais envie de bosser avec quelqu’un qui vienne de la techno. J’avais envie de quelque chose d’un peu plus brut, un peu plus frontal. On m’a parlé de Sam Tiba, on s’est rencontrés et ça a matché tout de suite. On est partis de zéro et on a construit l’album ensemble.

Votre premier album Premiers émois a très bien marché. C’était une pression pour ce second opus ?

Je ne me suis pas mis du tout de pression. Pour moi, c’est comme si c’était mon premier album. J’ai vraiment tenu les rênes de celui-là, j’ai fait beaucoup de choix moi-même… ça a été un tout autre processus. Je ne me suis pas du tout mis la pression, j’étais juste trop heureuse de retourner en studio et de bosser avec des gens incroyables. C’était une vraie partie de plaisir de faire cet album.

« Je me suis juste écoutée et j’ai fait ce que j’avais envie de faire. »

Avec le confinement, je suppose que c’était en effet un soulagement et réjouissant de refaire de la musique.

Complètement. Et puis je venais de terminer ma tournée du premier album quand il y a eu le confinement, donc le premier confinement m’a permis d’avoir le temps de me poser des questions et de savoir ce que je voulais faire. Quand on était dedans, je me disais que je perdais mon temps, c’était frustrant ; mais avec le recul, je me dis tant mieux parce que ça m’a permis de me poser, de savoir où je voulais aller. J’ai pris des chemins hypers différents de ceux que j’avais pris avant. Je me suis juste écoutée et j’ai fait ce que j’avais envie de faire.

Cette pause vous a permis de trouver l’inspiration ? Parce que ça peut être à double tranchant…

Non, je n’avais pas du tout d’inspiration. Je n’ai écrit aucune chanson pendant le confinement. C’était le vide intersidéral. Mais je pense que ça a été bénéfique pour la suite, parce que mon cerveau a fait une pause.

Lire aussi > November Ultra : « Il ne faut pas aller chercher la perfection, mais le sentiment, le moment de magie »

C’est quoi qui vous a inspiré pour repartir ?

La première fois que je suis allée en studio avec Sam, j’étais très stressée. Et en fait, dès le premier jour on a fait « Comment tu vas finir ». Moi qui suis assez réservée, je me suis dit : « t’as réussi à sortir ce morceau, qui est hyper intime, hyper cru, et très cul »… Grâce à cet album, je me sens un peu plus légitime de chanter, et je me suis dit que Sam était la bonne personne.
Après, on a vraiment bossé main dans la main. J’avais envie de faire un piano-voix, et on a fait « S’il est ». Après, j’avais envie de m’amuser, donc j’ai fait un titre très pop qui est « Monochrome »… Donc ça s’est cousu suivant mes envies. Et Sam m’a poussé à aller plus loin que ce que je pouvais imaginer.
Dans le texte, c’est un album très ancré dans le présent. Là où mon premier album était plus une rétrospective de ma vie d’ado, là c’est vraiment un album plus intime et très ancré.

Dans la chanson « Mâle à l’aise », vous parlez du machisme qu’il y a dans le milieu de la musique. Vous en avez souffert ?

Oui, j’en ai beaucoup souffert parce qu’entre mes deux albums, j’ai dû reconstruire toutes mes équipes. J’étais assez seule, donc ça aussi, ça a été très dur. Et je me suis dit : « tu as deux choix : soit tout arrêter, soit leur montrer que tu t’en sors très bien sans eux ». Du coup en cherchant des nouvelles personnes, tu te retrouves face à des paroles qu’on te dit… Ce n’est pas méchant, mais tu sais qu’on ne le dira pas à un homme. On te ramène toujours à ton passé, on te dit « oui mais sans eux, tu n’es rien »… Mais si, en fait ! Et donc j’ai écrit cette chanson à ce moment-là, où il y avait des situations aberrantes. En fait, quand je l’ai écrite, ce n’était pas une chanson engagée. C’était juste une réponse sur le moment. Mais avec le recul, oui évidemment c’est engagé et tant mieux.

Par rapport à vos équipes, vous avez essayé de vous entourer de plus de femmes, justement ?

Non, je ne raisonne pas du tout comme ça. Je mets du temps à avoir confiance en quelqu’un, par contre, je laisse sa chance à n’importe qui, qui est volontaire et engagé. Par contre, c’est vrai que je suis bizarrement entourée pratiquement que de femmes, et c’est cool. Ça change beaucoup dans la relation… Il y a plein de choses qu’il n’y a même pas besoin d’expliquer, parce qu’elles ont vécu ou vivent la même chose. Il y a moins besoin de gueuler, c’est plus fluide. C’est un hasard et c’est très bien comme ça. Si ces mêmes personnes étaient des hommes et bossaient aussi bien, ce serait très bien aussi.

Vous avez plus confiance en vous maintenant par rapport à votre premier album ?

Sur mon album, il y a la case des remerciements et j’ai fait un petit texte qui résume très bien ce que j’ai vécu. Je me suis retrouvée au fond du gouffre, et je dis cette métaphore : « tu ne vois pas les rayons du soleil traverser l’eau ». Et comme les plongeurs qui descendent par pallier, je ne pouvais pas remonter à la surface d’un coup sinon je mourrais. Et le temps de remonter tous ces paliers, je me suis dit : « je vais me faire confiance dans le chant, je vais casser toutes les peurs que j’ai, je vais bosser avec plein de gens, je vais aller en studio… ».

Mon rapport à l’image a beaucoup changé aussi. Je me suis forcée à jouer dans mes clips. « Le Lac », c’est un clip où j’ai décidé du scénario, où j’ai décidé d’être en jogging, pas maquillée, pleine de boue, parce que j’avais envie de ça. Quand j’ai vu le premier montage, je savais que j’allais me détester. Ça a été très dur pour moi car finalement tu dévoiles quelque chose où tu ne te sens pas à l’aise du tout, mais je me suis dit que ce n’était que dans ma tête et que si je ne le faisais pas, je ne le ferais jamais. Et maintenant que j’ai réussi à faire ce clip, où je suis allée au maximum et je me trouvais horrible, maintenant je peux faire tous les clips. Ça a été un vrai travail, et petit à petit, j’ai un peu plus confiance en moi.
Même dans la manière dont je parle de cet album. Je l’adore, je suis trop fière d’en parler. C’est très différent du premier, et c’est logique parce que je commençais, mais là j’adore vraiment en parler et je pense que ça se ressent.

Vous disiez qu’avant, vous vous cachiez derrière le personnage de « Vendredi sur mer ». Est-ce que maintenant vous vous assumez plus en tant que Charline ?

Oui, et ça passe par ce que je raconte dans mes chansons. Dans « S’il est », je dis tout ce que je pense de moi, et ce n’est pas hyper glorieux. C’est toutes mes faiblesses que j’ai voulu mettre dans cette chanson. C’est tellement plus intime. Cet album est hyper fort, avec du caractère, et en même temps, il est très fragile. J’avais envie de parler aussi de mes fragilités parce que j’avais envie qu’il soit sincère.

• L’album Métamorphose en deux-deux … •

Quelle est la chanson la plus rythmée ?
« Monochrome »

Quelle est la plus joyeuse ?
Il est quand même assez sombre en fait, je me suis dit a posteriori (rires). Peut-être « Déçue » car c’est plutôt jolie, ou « Monochrome ».

Quelle est la plus profonde et personnelle ?
« S’il est », sans hésiter.

Quelle est celle que vous avez hâte de jouer en concert ?
Les musiques technos : « Désabusée » et « Comment tu vas finir ? », mais un peu toutes franchement.

Quelle est la chanson que vous préférez dans votre album ?
Il y en a deux : « S’il est » et « Silence ». Il n’y a pas de texte, mais ce sont des chansons que j’ai beaucoup écoutées, même après que l’album soit terminé.

Quelle est la chanson dont vous êtes le plus fier ?
Je pense que c’est « S’il est » car je me suis mise en danger dans le chant, je suis allée puiser au fond de moi en me disant « tu es capable de chanter juste et haut », et c’était difficile au début. Je ne me pensais pas capable, donc je suis fière de moi.

CIM Internet