Paris Match Belgique

Damso, d’artiste clivant à roi du streaming : Décryptage du phénomène

damso musique streaming

Décliner les tons du Nwaar à l'infini. | © LA PROVENCE / Antoine TOMASELLI.

Musique

Auréolé ce jeudi du Ultratop Streaming Award, prix qui récompense l’artiste belge le plus streamé en 2021, le Dems n’en finit plus de dominer le rap belge et francophone depuis sept ans. Passé par de nombreuses polémiques pour ses paroles parfois jugées trop crues ou sexistes, le rappeur a semble-t-il fait taire les dernières critiques qui le visaient.

 

Le 7 mars 2018, face à la polémique qui entourait le choix de Damso pour entonner l’hymne des Diables Rouges pour la Coupe du monde en Russie, notre actuel Premier ministre Alexander De Croo se fendait d’un tweet sans équivoque : « On peut chanter ce que l’on veut, mais pas marquer des buts de cette façon. » Cette « façon » à laquelle faisait référence l’homme politique, ce sont les paroles parfois crues autour de la gent féminine et du sexe trouvées ici et là dans les titres du Dems. Réponse cinglante de l’intéressé face aux réactions des politiques belges, toujours sur Twitter : « S’ils utilisaient toutes les ressources médiatiques pour promouvoir plusieurs artistes belges plutôt que d’en critiquer un seul, la Belgique ne serait plus la même. » Malgré sa zénitude et les envies d’apaisement, le rappeur sera évincé du deal avec l’Union belge, pressée comme un citron par la bien-pensance des politiques et des sponsors (jouer en Russie ou au Qatar cette année, par contre, aucun problème pour eux).

Lire aussi > L’Union belge avoue les pressions subies dans le dossier Damso

Maturité et détachement, les clés de la longévité

Quatre ans plus tard, quelque chose a-t-il changé dans la perception du public face au génie d’un artiste acclamé ? Ce jeudi, Damso a en tous cas remporté le prestigieux Ultratop Streaming Award, qui récompense l’artiste belge le plus écouté en ligne en 2021. Une récompense glanée pour la quatrième fois (après 2017, 2018 et 2020) par le natif de Kinshasa, alors que le prix n’existe que depuis sept ans. Vous avez dit roi ?

3 chiffres clés : 

2021 : 47,3 millions de streams en Belgique
2021 : QUALF Infinity album le plus streamé en France
1,7 million d’albums vendus en France depuis ses débuts

Pour comprendre le succès du Dems, il faut lui reconnaître une qualité indéniable : il sait écouter son époque et les critiques, et a parfaitement fait évoluer son projet musical en fonction de celles-ci (peut-on en dire autant de nos chers hommes politiques qui se plaisent à le critiquer ?). En janvier 2021, William Kalubi Mwamba de son vrai nom déclarait au journal Le Monde : « Quand la polémique a eu lieu, la première chose qui m’est venue à l’esprit, c’est que, si un raciste vient me dire ‘ce que je dis, ce n’est pas raciste’ cela va m’énerver. Alors si on me dit que ce que je rappe est sexiste, je vais faire la démarche de comprendre ce que l’on me reproche ». Une belle preuve de maturité pour un homme qui, rappelons-le, fête seulement ses 30 printemps le 10 mai.

De son premier opus Batterie faible à son dernier coup d’éclat QALF Infinity, le Belgo-Congolais a travaillé encore et encore pour polir son diamant noir, à force d’ « acharnement », comme il l’a confié au JT de la RTBF ce jeudi. Un bosseur né qui a décliné les tons du Nwaar à l’infini, et qui n’hésite pas à partager ses talents avec d’autres pointures pour créer l’événement. Angèle, Orelsan, Aya Nakamura, Disiz, Selah Sue… Une liste assez jolie qui traduit les envies du rappeur d’aller voir d’autres horizons tout en restant fidèle au rap.

Signe de son immense popularité, le Dems est arrivé à remplir quatre Accord Arena à Paris (en décembre prochain) sans la moindre promo. Sa tournée, qui le verra passer par Les Ardentes cet été, devrait s’achever en cette fin d’année avant une pause bien méritée. Mais le rappeur s’est déjà muté en créateur de talents avec la création de son label TheVie, qui vient de signer sa première pépite en la personne de Kobo, le rappeur bruxellois déjà adoubé par son grand frère (voir le morceau ci-dessus).

Lire aussi > Lire aussi > « Zombi Child » de Bertrand Bonello : À la croisée du vaudou et de Damso

Autre preuve de la maturité de notre fierté bruxelloise devenu héros national, son envie de faire une longue pause et ne pas créer dans le vide. Un détachement par rapport à la gloire qui a sûrement mené Damso là ou il est. On est déjà impatient du come-back.

Mots-clés:
Musique streaming rap damso
CIM Internet