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Juliette Armanet, la petite amie au piano

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Elle n’a qu’un album à son actif mais déjà toutes les critiques à ses pieds. Avec Petite Amie, Juliette Armanet a imposé sa voix, ses textes et son univers avec l’élégance de ceux qui ne doivent pas forcer le trait pour être aimés.

 

Lorsqu’elle remporte en 2014 le prix « Les Inrock Lab », Juliette Armanet est toujours journaliste pour la chaine Arte et n’a qu’un morceau officiellement sorti : « L’amour en solitaire », morceau chargé de synthés et terriblement eighties à l’image de cette scène française qui prend le lead depuis quelques années dans une ambiance revival qui fait revivre Jacno, les Rita Mitsouko et redonne une nouvelle chanson à Laurent Voulzy, Alain Souchon ou France Gall.

Trois ans plus tard, un duo sur l’album de Julien Doré à son actif, Juliette Armanet a sorti Petite Amie – essentiellement piano-voix – avec quelques morceaux plus dansants qui invitent Véronique Sanson dans une édition imaginaire de « Champs Elysées », version 2017.

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Notre rendez-vous a lieu dans l’une des boules de l’Atomium, un des seuls jours pluvieux d’un mois de juin torride. Le soir même, Juliette Armanet jouera pour la Fiftyfifty Session, en apesanteur au-dessus de la capitale belge. Et sa présence à cet événement du microcosme branché bruxellois n’est en rien une surprise ou une incongruité : comme la Fiftyfifty Session, Juliette Armanet s’est rapidement imposée comme une évidence pour ceux qui aiment les « nouveaux sons francophones ». Elle fait partie de cette vague féminine – même si elle déteste qu’on catégorise par genres – composée d’univers, comme ceux de Cléa Vincent, Clara Luciani ou Minuit.

La jolie solitude de la chanteuse au piano

Pour être efficace, pour capturer l’attention et se faire aimer, il est rarement nécessaire d’en faire trop, de rajouter de la chantilly sur un gateau déjà bien appétissant. Et cela, Juliette Armanet l’a bien compris ou l’a exprimé de façon naturelle. Un piano, une voix et des textes d’une précision chirurgicale font évidemment penser à Véronique Sanson, William Sheller ou Laurent Voulzy, sa plus grande idole. « J’ai croisé Laurent Voulzy. J’avais peur d’être déçue car croiser des gens qu’on admire peut être un choc négatif. Ici, que du contraire. Il était comme il est : souriant, avec sa chemise à jabot, son petit pardessus avec des mouettes et ses cheveux gominés. Il était super ».

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Juliette Armanet ne se raconte pas. « C’est de l’introspection, de la fiction. Je crée un personnage. Je peux être femme, je peux être homme. Donc ce ne sont pas que mes histoires personnelles ». Un fil rouge pourtant se dégage de cet album : c’est la présence quasi-continue de la solitude. « Pendant très longtemps, j’ai eu sans doute extrêmement peur de ma solitude. Mais par la force des choses, j’ai dû l’apprivoiser. Et c’est grâce à cette solitude que j’ai pu faire de la musique et plonger en moi-même ».

En finir avec les genres

Par contre, ne lui parlez pas de « chanteuses françaises ». Lors de sa récente reprise du tube de The Weeknd « I Feel it Coming », elle s’est vue catégorisée de « chanteuse à la sexualité joyeuse ». Elle s’en agace un peu : « Je n’aime pas qu’on classifie toujours par genres et qu’on rassemble les chanteuses d’un côté, les chanteurs de l’autre, parce que je ne me considère ni homme ni femme. Je me considère comme un individu. Les genres, c’est un truc de l’ancien temps. Peut-être qu’il faudrait un peu se secouer le prunier là-dessus. Ce sont de vieux réflexes ».

Prix, reconnaissance de la presse, public qui commence à la reconnaître, radios qui la programment, Juliette Armanet est-elle dès lors devenue en quelques mois la nouvelle tête de proue de la chanson française ? « Je ne pense pas être une référence. Il faut relativiser. En dehors de Paris, très peu de gens me connaissent. Je dois encore rencontrer mon public. Le trouver. Je partirai en tournée dès cet automne. Tout est encore à faire. Le chemin est encore long ».

Juliette Armanet sera au Botanique (Bruxelles) le 18 octobre prochain.

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