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Rock Werchter 2022 : Naufrage des Red Hot Chili Peppers et déception pour The Killers

Rock Werchter 2022 : Naufrage des Red Hot Chili Peppers et déception pour The Killers

Anthony Kiedis des Red Hot Chili Peppers. | © Belga Image

Musique

En cette dernière journée de Rock Werchter 2022, on s’est demandé : est-ce que les tubes suffisent à faire un bon concert ? Et la réponse est non.

 

Cette quatrième et dernière journée de Rock Werchter nous aura laissé un goût amer. La programmation nous vendait du rêve, et on avait envie de passer la journée entière à profiter de la scène principale où s’enchainaient Keane, Balthazar, Royal Blood, The Killers et les Red Hot Chili Peppers. Un line-up de rêve.

Et l’après-midi avait pourtant superbement commencé avec une machine à tubes : Keane. Tom Chaplin a gardé son incroyable voix aiguë et puissante, et ça fait plaisir à entendre. Le groupe enchaine parfaitement entre ses tubes (repris à l’unisson par le public) et ses plus récentes ou plus confidentielles. Le groupe joue avec bonne humeur et partage sincèrement avec le public. L’après-midi continue tout aussi bien avec Balthazar et Royal Blood, ce qui laisse présager le meilleur pour les deux têtes d’affiches du soir.

La voix faiblarde de The Killers

Hot Fuss est l’album qui a nourri toute mon adolescence. C’est le CD qui était dans la voiture de mes parents et que l’on écoutait en boucle jusqu’à en connaître toutes les paroles et la moindre note. Voir The Killers sur scène 18 ans après, j’avais forcément beaucoup d’attente.

 

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Le groupe a enchainé tous les tubes que le public attendait, et l’ambiance était plutôt bonne, mais la voix de Brandon Flowers ne suit plus. Dès la troisième chanson, on entend qu’il force et tire sur sa voix. De plus, les chansons sont jouées exactement comme la version de l’album : pas de solos endiablés malgré les incroyables musiciens sur scène.

Autre point faible : la scénographie. Deux immenses blocs rectangulaires (avec au milieu le signe infini et le clavier de Brandon) séparent le groupe du public. Bien que le chanteur saute souvent dessus pour chanter vers la foule, cette délimitation coupe la symbiose qui peut avoir entre le groupe et le public.

Et pour ne rien arranger, The Killers finit quinze minutes avant l’horaire annoncé et de manière assez brute : Brandon part alors que ses musiciens finissent de jouer. Et malgré les acclamations du public, les techniciens commencent déjà à enlever les câbles et les instruments : il n’y aura pas de rappel.

Un très beau moment est tout de même à souligner. Dans un concert (un peu trop) millimétré, Brandon Flowers va jusqu’à faire monter sur scène un jeune batteur du public qui tenait une pancarte demandant de jouer « For Reasons Unknown ». Le jeune homme n’en revient pas, et il assure le show malgré l’impressionnante foule qui doit se trouver devant lui.

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Le naufrage des Red Hot Chili Peppers

The Killers terminant un quart d’heure plus tôt, la foule doit maintenant attendre plus d’une heure l’arrivée des Red Hot Chili Peppers. Une attente qui multipliera peut-être à la déception du public.

Quand les lumières s’éteignent et que le groupe arrive sur scène, le public est littéralement en transe ! J’ai rarement entendu des cris aussi nourris pour une entrée sur scène. Flea, Chad et John commencent par des riffs de guitare endiablés et une batterie qui soutient le rythme. Une entrée en matière qui s’annonce prometteuse.

 

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Seulement la sauce ne prend pas du tout. Entre chaque chanson, Anthony (le chanteur) et Flea discutent tous les deux, laissant le public totalement circonspect, ne comprenant pas vraiment ce qui se passe. Les quatre membres parlent parfois seulement entre eux, comme s’ils allaient décider du titre de la prochaine chanson, créant un gros blanc dans l’assistance. À un moment, Anthony commencera même à chanter une chanson, avant de s’arrêter net, parler avec le groupe, et finalement recommencer une autre. Un déroulé brouillon pour le groupe le plus attendu de cette édition et qui clôture le festival.

Les chansons s’enchainent, mais il y en a beaucoup du nouvel album et le public écoute sans vraiment participer. Au bout d’une heure de concert, certaines personnes – qui tenaient pourtant leurs places de pieds ferment devant les barrières – demandent à la sécurité de pouvoir sortir (et non pas parce qu’elles se sentaient mal…).

Après une heure et quart de concert, j’ai rarement vu un appel aussi triste. Alors que le groupe part de scène, la foule a du mal à être enthousiaste à l’idée de le faire revenir car la principale question était de se dire « C’est déjà fini ? »  (et pas dans le bon sens du terme). Un rappel est censé être une demande du public qui en veut encore tellement le groupe a été incroyable… mais là, ce n’était clairement pas le cas. Les gens dans la fosse sont plutôt incrédules, et les applaudissements ont du mal à être nourris. Le groupe californien revient finalement pour « Under The Bridge » et « By the Way ».

Les tubes ne suffisent pas à faire un bon concert

Ce naufrage m’a fait me poser de nombreuses questions, alors même que j’assistais au concert (c’est dire l’engouement). Est-ce que les tubes suffisent à faire un bon concert ? La réponse est clairement non.

Quand on va à un concert, on n’y va pas juste pour les chansons, mais pour l’ambiance. Et la popularité du groupe ne fait pas tout : s’ils ne convainquent pas la foule, l’ambiance reste plate. Le public était pourtant gonflé à bloc au début, mais le groupe n’a pas réussi à garder cette énergie dans l’assistance. Si c’est juste pour écouter les chansons qu’on adore, on prend la playlist Spotify des Red Hot Chili Peppers et on l’écoute en boucle. En live, on veut voir l’artiste se donner à fond et communier entièrement avec le public. Un simple exemple : tous les riffs de guitare des Red Hot étaient faits entre eux, en se regardant les uns les autres. À aucun moment ils ne sont venus vers le public ou ne se sont avancés sur la plateforme. Le public aime voir les musiciens jouer comme ça entre eux… mais pas à chaque chanson. Car là, clairement, on avait l’impression d’assister à leurs répétitions dans un garage, pas à un concert devant 80 000 personnes.

Certains diront que c’est la nonchalance légendaire du groupe et qu’on les aime aussi pour ça. Mais force est de constater que ça ne fonctionne pas vraiment, et ça se remarque encore plus en festival. Durant ces quatre jours, on a vu des scènes et des publics beaucoup plus restreints avec une ambiance de folie. Le public était incroyablement calme en ce dimanche soir, entre déception et frustration, et on ne peut pas lui en vouloir. La foule était simple spectateur, et le pire, c’est qu’on ne leur demandait même pas de participer. Les festivaliers ont donc assisté à un concert sans relief, où même le feu d’artifice a été tiré après la fin du concert et du discours de clôture du festival.

Pour cette dernière journée de festival, j’aurais mieux fait d’aller écouter Lost Frequencies en live et Meute, la fanfare techno allemande. Pour consoler la nostalgie de mon adolescence, je vais me cantonner aux CD et éviter les Red Hot (et The Killers aussi finalement) en concerts.

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